mercredi 26 février 2020

El mehraz

  • Le mortier
    Parmi les objets qui délimitait l'espace vital des mères d'antan, on peut citer le mortier, mehraz . Ustensile simple, quotidien dont le son rythmait les jours et les saisons . Objet modeste, sans prétention , discret, humble et terne , pratique . Récipient cylindrique servant à la trituration .
    Souvent
    oublié dans un coin , tant qu'il ne servait pas . Les mortiers étaient en cuivre . Certains décorés par des sculptures ou des inscriptions . Quelques uns portaient des sortes d'oreilles, ou des rondelles sur les côtés pour faciliter leur transport .
    Taq ztaq , taq ztaq , encore et encore...Tous les jours , pendant un certain temps , plus ou moins longtemps selon la nature des graines à broyer : Épices, céréales, fines herbes pour en extraire le jus, ails, herbes aromatiques .On était assise dans un coin de la douira , cuisine sans potager , sans levier , sur une hidoura , toison de mouton, posée à même le sol , tenant le mortier de la main gauche , avec les doigts écartés pour bien le maintenir, et calant de la paume pour empêcher la matière de s'échapper . La main droite tenait le pilon, et taq ztaq, taq ztaq...sur les mêmes notes ou presque . Sous le mehraz, on disposait un tissu plié pour le stabiliser et pour amortir le bruit . Moi, j'aimais bien quand dada faisait tinter le pilon sur les bords du mortier, cela faisait des driiiiiiiiiin, driiin driiin. . . Je croyais que c'était juste pour s'amuser . En fait c'était une manière de secouer , à la fois , le pilon et les bords internes du mortier qui lâchaient ainsi ce qui y adhérait sous les coups répétés .
    Les mortiers servaient également comme moyen de communication implicite . Leurs échos avivaient les matinées des maisons . A un moment donné les mehraz du quartier se répondaient et chaque ménagère pouvait deviner où on en était de l'autre côté de la rue et la nature de la substance broyée.
    Le mortier était un des rares ustensiles que les ménagères ne se prêtaient pas . En effet presque tout s'échangeait entre voisines , manière de se dépanner mutuellement . Tout passait de porte à porte : les épices, le pain , les escabeaux, les les assiettes, les planches à pains , les moules à gâteaux ..etc mais pas le mehraz . Les prêts toujours renouvelés et qu'on espérait jamais rendre, se faisaient par l'intermédiaire des petites filles . Peut-être estimait-on que c'était un ustensile trop lourd pour faire l'objet d'une circulation à travers rues . En plus c'était un accessoire indispensable dont aucune cuisine ne pouvait se passer .
    Comme tout ce qui concernait la famille, le mehraz a également ses entrées des le domaine des légendes, des proverbes, des interprétations des rêves . Dans les contes, c'était un objet complice et magique . Il jouait le rôle d'avertisseur du danger en produisant un gros tapage.
    On retrouve notre ami le mehraz même dans les vieilles chansons , comme celle des années de guerre quand on manquait de tout et « même el mehraz est monté se plaindre car il n'y avait pas de poivre à moudre » .
    On racontait une anecdote qui sautait de maison à maison, peut-être , par les toits, le chemin le plus court, en ces temps-là . Une voisine a trouvé une petite souris dans son mortier . Contrairement à ce qu'on pourrait penser , ce ne fut pas l'alerte générale .Pas de cris . Pas de sauts hystériques sur les armoires . Rien , parce que dans ces temps-là , les souris étaient les hôtes habituels de presque toutes les maisons . Elles avaient leurs trous cachés quelque part . On s'en débarrassait grâce aux chats . L'autre hôte prestigieux , familier et choyé . On disait que sa seule odeur faisait fuir les souris . « l’empiétement des chats est préférable à l'envahissement des souris », pensait-on .
    La prochaine fois je vous conterai l'histoire de la souris fouineuse ...
    Naima Benabdelali
    Commentaires
    • Said Ben La veille du ramadan et de aid elkbir... Quel concert 😉 Les mehraz de tout l'7ouma et derb se donnaient la réplique.
      1
  • Said Ben Histoire de la soufi rouineuse 😊😊
  • Mohamed Hajji Je revois ta dada s’en servir ma chère cousine , c’était une virtuose du mahraz.
    Il avait aussi un rôle masculin , il remplaçait le marteau aussi .
    J’attends avec impatience l’histoire de ta souris fouineuse !
    Voir plus
    1
  • Mohsen Bensassi Au moment où il n'y avait pas de bouteilles en plastique , on devait soit remettre une bouteille vide , soit payer une consigne récupérable lorsqu'on remet à l'épicier le contenant vidé ! Certains confiaient à l'épicier le pilon du mortier en guise de consigne !!!!!( années 50/60)
    1

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire