nouvelles et contes à ma façon

mercredi 19 août 2020

reves 17

Rêve N°17



Le rêve de la marâtre de Blanche-Neige



Comme à son habitude, chaque matin, la belle reine se dirige vers son miroir fidèle et lui demande :

_ Quelle est la plus belle femme au monde ?

Le miroir ne répond pas cette fois. Elle se penche vers lui, et encore plus près, plus attentivement, n’en croyant pas ses yeux. Qu’est-ce qu’elle y voit ? Non, non pas son reflet à elle, non, non !

Elle y voit un prince charmant, ensorcelant, tout en blanc, sur un cheval blanc, les rênes dorées flottant négligemment entre ses mains.

Quelle beauté, quelle fierté, quelle dignité souveraine, quelle distinction !!!!

Il ne faisait qu’un avec son cheval, dans l’élégance, la noblesse, la majesté et la puissance. Un vrai prince, se dit-elle, venu d’une contrée lointaine pour la ravir, l’enlever sur son destrier. Elle se sent déjà, à ses côtés sur la belle monture qui remue les pattes comme pour l’inviter au plus beau rapt de sa vie.

Elle regarde le prince attentivement, le fixant encore et encore, comme par peur qu’il se détourne ou regarde autre chose. Elle est subjuguée, fascinée. Le prince descend lentement de son cheval, avance, avance vers elle comme en dansant, en flottant, toutes ailes dehors. Il sort du miroir et lui tend une main tendre, pleine de sollicitude et de prières.

Elle comprend d’un coup, comme par révélation soudaine, que ce n’est pas Blanche-Neige qui la préoccupe , mais le blanc prince. Finie la rivalité. Finie la jalousie. Finis les enfantillages, Finis les concours fallacieux de beauté. Son prince est là, à sa portée , et le voilà qui s’agenouille à ses pieds et qui délicatement dépose un baiser sur les bouts de ses doigts si effilés. C’était donc pour lui qu’elle voulait être la plus belle !!

Quel enchantement, quelle extase, quel vertige, quelles voltiges. La reine est déjà au septième ciel, enveloppée du sourire tendre de son bien-aimé. Ses prunelles, écarquillées restant collées à sa personne, comme le dévorant, l’avalant. Elle voudrait bien se fondre en lui, être lui. Ses yeux étincellent, ses lèvres palpitent, se joues se chauffent,. Elle ressent son bonheur jusque dans les battements de ses cils, aux fourmillements imperceptibles de ses bouts de doigts. Son cœur est là,, bien dans sa poitrine. Elle n’en avait jamais senti la présence,,,Et c’est alors que le prince la prend par la taille, comme la sentant défaillir, un fétu de paille dans ses bras. Il la maintient, la soutient, toute légère, aérienne.

Elle s’abandonne à son pouvoir, à sa magie ensorceleuse. Elle n’est plus que sensations et harmonie. Cette excitation interne lui est très agréable.

Elle oublie le monde, son monde banal, quotidien, ordinaire. Elle oublie ses fuites matinales vers le miroir et sa Blanche-Neige. Elle est comblée. Elle rejoint l’envol du prince et pénètre dans le miroir en sa compagnie. Il l’installe devant lui et elle savoure son rapt et sa manière de laisser flotter derrière elle sa vaporeuse robe rouge et sa chevelure qui lui sert d’ailes.

Le cheval s’agite, se rebiffe, tape le sol, en avant, en arrière, puis se lance dans un saut vertigineux emportant sa proie vers l’inconnu du mystère, vers une mort à ce monde, de l’autre côté,, là où on n’arrive point.

Ce voyage dans le vide dure, dure , peut-être une éternité et un peu plus,,,,la reine caresse les anges.


Elle ouvre les yeux, étend les bras, s’étire, puis s’étire. Elle revient, et de loin. A ses côtés, elle entend son vieux roi qui ronfle, à bouche ouverte, le ventre en accordéon, joufflu , moustachu , sourcillé à gogo, carré sur tous les plans, abruti de satisfaction animale. Elle lui jette un coup d’œil voleur, se détourne, se lève et se dirige vers son miroir. Elle ne désire plus savoir si elle est belle . Elle l'est redevenue . Elle le sait .


Naima Benabdelali

 

Publié par Naima Benabdelali à 01:56 Aucun commentaire:
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samedi 15 août 2020

pour une nouvelle en moi

 

Pour une nouvelle en moi
J'avais lu sur le Net, il y a quelques années une nouvelle littéraire, écrite par un auteur chinois. D'une délicatesse infinie que seuls les asiatiques savent manifester . Un récit très original . Bref , concis , pur , dépouillé, harmonieux , et si savoureux , si savoureux . Depuis que je l'ai lu, il n’arrêtait pas de trottiner dans ma tête avec ses petites semelles en soie , dans une atmosphère de peinture chinoise , dans ces sites où se dressent vers le ciel , ça et là , des monts doucement arrondis , d'inégales hauteurs , émergeant d'une eau endormie sous un brouillard mouvant , qui renforce le mystère déjà flânant dans le récit et dans les arcanes de la réminiscence .
C'était une histoire d'amour , qui ne disait pas son nom. Tout était dans le flou ..
Un homme, une femme . Ils étaient voisins . Séparés par un mur commun . Timides et discrets . Drapés de sentiments inavoués . En filigrane et en puissance . Couverts , couvés .
Tout cela était banal . L'amour est souvent incubé dans le secret de ses silences . Cela arrive couramment et partout . Seulement l'auteur donnait une chute à la nouvelle qui renversait tout et lui conférait une force et une pertinence impénétrables . Cela lui a permis de lever quelques voiles sur les arcanes et faux couloirs des êtres humains lorsqu'ils entrent dans des rapports qui se trament à l'insu de tous : des personnages, des événements , du décors et accessoires . Cette chute donnait un sens inattendu , comme si l'histoire bifurquait, qu'elle allait son petit bonhomme de chemin et d'un coup prenait un virage, et on se surprend en train de relire pour comprendre le cheminement vers cette fin .
Et voilà ! Cette chute qui attribuait son sens à toute l'histoire , je l'ai oubliée . Je ne me rappelle que d'une armoire, adossée au mur commun , du côté du garçon, sur laquelle il avait déposé un vase qu'il garnissait de fleurs , tous les jours . Parfois il me semblait que c'était juste un décor peint sur le mur . Je perdais la réalité du souvenir .
Cette fin se manifesta au moment du départ de l'un des deux . Il me semble que c'était celui du garçon . Il me semble que tout le récit tournait autour de ce décor . C'était le décor qui devait révéler les sentiments qu'éprouvait le garçon , et qu'il confiait chaque jour à ces fleurs . Il y avait un mystère quelque part , dans mon imagination , dans mes oublis, ou dans leur amour abrité . Peut-être que l'auteur voulait-il nous dire que cet amour traversait le mur et faisait communiquer les deux chambres entre elles ,implicitement, par ce vase rempli de fleurs . Je ne me rappelle pas . Une énigme . C'était très subtile . Surtout que l'auteur laissait entendre et ne dévoilait pas directement . Il jouait sur cette subtilité qui donnait richesse et intensité à son écrit . Il y a de quoi dérouter mêmes les meilleures des mémoires .
C'était très frustrant pour moi de perdre le nœud qui faisait toute la saveur de la nouvelle . Il me manquait quelque chose , la saveur d'un certain vertige .
Je me rappelle que cette nouvelle m'avait tellement affectée que je l'avais enregistrée sur plusieurs supports et à plusieurs endroits . Je voulais la garder pour y retourner, pour m'y ressourcer , mais pour mon malheur, je n'arrivais plus à la dénicher . Pour elle j'ai renversé ciel et terre , sans savoir où elle se terre . Cela fait quand-même des années, et plusieurs bouleversements et heurts dans mon décor .
Je n'ai jamais cessé de la chercher , encore et encore . Et plus je la cherchais plus je la voulais . Elle m'habitait. Elle squattait une portion de mon âme . Je voulais juste lire la fin , la véritable fin , à tout prix . Le prix , c'était le temps, le temps passé à fouiller sur le Net et parmi mes téléchargements .
Hier, j'étais un peu déprimée, je ne pouvais rien faire d'intéressant . J'ai sorti un de mes anciens disques durs externes . Et que fait le récit tant réclamé, le fugitif, l’infidèle,le traître? Il me saute dessus , comme avec une volupté narquoise , avec une ruse ironique.
Je ne vous décrit pas ma joie, après tant de séparation . Le voilà, mon chéri !! Il me revient , à moi. Je le possède et le dévore . Je lis, lis, ou plutôt relis goulûment pour lui donner une nouvelle naissance , lui qui avait tant séjourné dans mon ventre .
Ce que je n'aurais jamais dû faire , car ce bébé n'était pas le mien ,. Il était déformé, sans vie , décoloré .
Je voulais tout jeter et rejeter. Tout nier et renier . Ce bâtard n'était pas à moi . J'avais l'impression d'avoir lu quelque chose de fondamentalement étranger à moi, quelque chose d'inconnu, de fade, d'inconsistant , mais pas un écrit nourri en moi, de ma propre sève, par tant de souvenirs cultivés, arrosés, brodées comme une dentelle précieuse . Celui qui était en moi , je l'avais créé et récréé . Il cheminait à mes côtés comme un amoureux qui me prenait tendrement par l'épaule et susurrait les mots que je voulais entendre , dans mon intimité la plus profonde, la plus secrète et pendant longtemps . S'il était en papier , je l'aurais déchiré en mille morceaux , pour le tuer en moi et faire rendre gorge à ma déception . Lessivée de l'intérieur , je sors me promener , respirer . Non en moi, mais en dehors de moi .
Mon récit à moi, était argenté, délicieux, cousu de mes méandres, allaité dans mes recoins . J'avais tout enjolivé , créé une atmosphère , un environnement intérieur . J'avais mis des couleurs, des ornements, de l'eau dans le vase et des dessins sur les murs , des parfums . Les parfums ! Voilà ce qui manquait au récit chinois et que mes corps successifs, à travers le temps, imbibaient à mon souvenir . L'écrit n'a pas d'odeur . La mémoire en a , et même elle en invente .
Certaines choses sont comme des êtres humains. Quand elles vous déçoivent, elles vous creusent , vous vident, vous enlèvent cette belle impression de sécurité inconsciente , cette douceur familière de savoir où on en est , de pouvoir s'orienter automatiquement au contact charmant d'un quotidien bien réel .
J'avais dans mon souvenir créé mon propre paysage , avec mes terres et mes eaux, un paysage interne . A la température de mon corps , aux vibrations de mon âme . Je ne retrouvais plus rien de tout cela dans l'écrit de l'auteur . Rien qu'un squelette sans os .Terrifiant !!
Quel est le vrai auteur de nos textes . Le lecteur ou l’écrivain . En tout cas, moi , dans ma mémoire faussée , j'avais inventé l'essence de ce que l'auteur voulait dire .
Peu importe ce que l'auteur ait écrit. Ce qui compte , c'est ce que mon corps a retenu . C'est l'empreinte en moi , et que j'ai forgée, sculptée dans le secret de mon bleu . La trace, c'est moi qui l'ai déposée et elle m'a hantée comme un spectre .
Naima Benabdelali
9 commentaires

Commentaires

Rabah Boukhemis
Une lecture .. et la naissance d’un chef d’œuvre .
L’archer de Gibran.’
Merci Naima.
3


  • Publié par Naima Benabdelali à 12:32 Aucun commentaire:
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    Le rêve de Cendrillon

    Rêve N°11
    Le rêve de Cendrillon
    Malgré tout, Cendrillon était au fond d’elle-même une fille espiègle et spirituelle ,et il lui arrivait de bien s’amuser en rêve !!!
    Cendrillon est sur une colline. Debout regardant le paysage. Comment a-t-elle fait pour s’évader de ses multiples tâches ménagères ?. Une question tapie au fond de sa conscience mais qu’elle n’évoque point, occupée à autre chose. La colline bouge sans s’ébranler. Elle aspire vers le ciel et se re-sculpte en spirale. Cendrillon est presque au sommet. Elle se met à grimper de plus belle, prévoyant une surprise à l’arrivée. La pente est douce et ses pieds agiles, chantant entre les cailloux qui les caressent et les chatouillent.
    Arrivée à la crête, qu’est-ce qu’elle voit ? Une multitude de chaussures,,des centaines, que dis-je, des milliers, et encore plus. Tous plus beaux les uns que les autres. Des chaussures de princesses, peut-être, ou de fées ??? Des chaussures qui bougent comme pour miroiter et se faire admirer. Des hautes, des plates, des moins plates ou plus hautes,,des pointues ou plus pointues encore,,de toute forme et matière. Aucune chaussure ne ressemble à l’autre . Des modèles d’une variété vertigineuse. Elle loue au fond d’elle-même l’imagination fertile des créateurs.
    Toutes les chaussures paraissent de la même taille : la pointure des pieds de Cendrillon. Elle se met à les essayer et leur beauté à son pied se révèle encore plus resplendissante. Elle s’amuse à mettre et enlever,,encore et encore,,,mais lorsqu’elle désire essayer les deux pieds en même temps, elle ne trouve pas la paire correspondante.
    En effet tous ces souliers magnifiques sont du pied gauche, aucune n’est du pied droit.
    Chaque chaussure doit représenter un prince, se dit-elle amusée. Et voilà, comme obéissant à ses pensées, une nuée de princes, beaux comme il se doit, costumés comme il se doit, s’avance vers elle, ou plutôt vers le tas de souliers à ses pieds, chacun tenant une seule chaussure à la main et se met en besogne de rechercher celle qui correspond à la sienne. Et les voilà tous agenouillés en train de fouiller dans cet amas reluisant.
    Les princes fouillent,,,encore et encore, inlassablement, méticuleusement, comme si leur vie en dépendait. Ils ont une éternité de recherche se dit-elle,,,peut-être c’est ici le Paradis des princes. A cette pensée, Cendrillon part d’un grand éclat de rire irrésistible. Un rire à faire trembler la fragilité de cette tour en spirale. Un rire qui fait voltiger les vents et brouiller les nuages entre eux. Cependant, les princes trop occupés par leur fouille ne remarquent pas ce bel éclat. Seraient-ils sourds, à ce point. Ne sentent-ils pas le sol qui s’ébranle sous leurs genoux d’hilarité contagieuse,,
    Cela l’attriste un peu. A quoi servent tous ces princes que le rire d’une jeune fille et son écho cosmique laissent indifférents.
    Elle se lève. Fait quelques pas en arrière pour mesurer la réaction des ces jeunes gens trop absorbés. Recule encore tout en les observant. Aucun ne tourne la tête, aucun ne la regarde,,aucun ne la retient. Tous, comme des automates, comparent chaussures après chaussures, rapidement, frénétiquement , comme dans un concours,,avec une idée fixe : trouver l’autre.
    Cendrillon jette un dernier regard à ces fouineurs, et un coup d’œil malicieux à ses deux pieds nus et se dit : mes pieds sont encore plus beaux sans chaussures.
    Elle rebrousse chemin, redescend la colline en colimaçon. A sa grandes surprise et à sa joie trépidante, elle aperçoit derrière elle, le tas de chaussures qui se met lui aussi en marche, l’une après l’autre, en tapant sur le sol une musique de souliers . La colline elle-même commence à se dandiner, heureuse des tous ces scintillements dansant .
    Et les princes ?
    Ils traversent un petit instant son esprit, puis s’évanouissent avec leur chaussure à la main, derrière l’interminable lignée de babouches joyeuses qu’ils tentent de poursuivre ,,,
    Naima Benabdelali

     

    Publié par Naima Benabdelali à 12:23 Aucun commentaire:
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    Rêve N°3

     

    N°3
    Le rêve d’Achille
    Entre deux combats, Achille, aux pieds de Troie, fait un petit somme pour récupérer.
    Iphigénie revient et lui tend quelque chose de sa main gauche. Elle garde la main droite derrière le dos. Qu’est-ce qu’elle lui présente ? Il n’arrive pas à distinguer. C’est entouré d’un halo de lumière. Il se dit : c’est peut-être une boisson rafraichissante, un filtre revigorant, le sésame de la victoire. Il réfléchit, réfléchit et n’arrive pas à deviner.
    Il lui sourit et lui demande : qu’est-ce tu as dans ta main, je ne vois pas bien ce que c’est ?
    Elle sourit à son tour et ne dit rien.
    M’a-t-elle apporté quelque chose d’outre –tombe : le mystère de l’éternité, la clé de la gloire, le diadème de la renommée, l’enduit du prestige, l’anneau de la puissance, le baume de l’espoir,, ????
    Devinant ses pensées, Iphigénie sourit encore, comme pour l’encourager à réfléchir, à poursuivre son jeu de devinettes.
    Il lui balance un tas d’autres possibilités, sans trop y croire : le secret des vents et des tempêtes, la bienveillance des dieux, le chemin du paradis, le couvercle du temps , l’ouverture de l’espace,,,,,,,le revirement des saisons,,,,son avenir à lui ,, ???
    La jeune femme continue à sourire, avec toutefois moins de conviction.
    Il s’avance vers elle, les bras en éventail, l’enlace, l’embrasse .
    Avec un trémolo dans la voix, elle finit par dire :
    _ Il n’y a rien dans ma main. Les dieux ont exaucé mon vœu de revenir vers toi. Ce que je t’ai apporté , c’est moi , seulement moi, en personne . Je croyais que c’était beaucoup. Cependant, tu penses à autre chose. Alors je m’en vais. Et elle se retourne et derrière son dos, il aperçoit l’autre main, à moitié ouverte, avec un talon en émail indestructible pour couvrir la vulnérabilité du sien.
    Iphigénie s’évanouit dans une brume qui passait par là. Il court pour la rattraper. Trop tard. Il la perd encore une fois. Heureusement que c’est seulement en rêve, car il n’aurait pu supporter, se dit-il avec un clin d’œil à son épée ,,,
    Naima Benabdelali


    Publié par Naima Benabdelali à 12:18 Aucun commentaire:
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    mercredi 12 août 2020

    Rêve N° 16 Le rêve de la Belle au Bois Dormant

    Rêve N° 16
    Le rêve de la Belle au Bois Dormant
    Elle avait dormi très longtemps. Le grand sommeil. Peut-être le plus
    grand de tous les temps réels et imaginaires. Paradoxalement, elle n'a
    pas fait beaucoup de rêves. Non, non ! Un seul rêve capta tout son
    grand sommeil et l’occupait pendant une éternité de temps.
    Elle était assise dans le vaste jardin du palais paternel, à même la
    pelouse. Dans cet infini, tout lui semblait sans bornes, même son
    propre corps. Sa robe blanche formant comme une large fleur
    contrastant délicatement avec l'intensité de la verdure du gazon.
    Elle ne regardait rien et respirait tout .Contente d'être, d'être là.
    Unique, singulière et ne faisant qu'un avec l’immensité ambiante. Et
    voilà qu’elle vit près d’elle quelque chose d’étincelant. Une petite
    chose, minuscule à se fondre dans l’herbe. Une aiguille. Une aiguille
    sans fil. Et qui bougeait, s’acheminant vers l’ailleurs. Elle n’était
    pas seule ; mais suivie par une autre, puis une autre…encore et
    encore. Des dizaines, des centaines, des milliers d’aiguilles en queue
    leu leu, debout sur le gazon, se dandinant. D’abord en ligne droite,
    puis en ronds parallèles, puis se mettant à exécuter des figures, des
    scènes, des performances magiques, en cadence , comme obéissant à une
    musique interne, inaudible. Le spectacle était fascinant, digne des
    plus grandioses comédies musicales.
    Une danse pétillante, , alerte, légère, amusante, cocasse, en harmonie
    avec les reflets du soleil sur les corps agiles des petites aiguilles
    qui leur conféraient des jeux d’ombre et de lumière ,de l’ordre du
    vertige.
    Danses lancinante, douces et languissantes . Et pleines d’énergie et
    de mouvements à la fois. Se couchant sur l’herbe puis surgissant comme
    des jets d’eau confondant verticalité et horizontalité, courbes et
    lignes brisées.
    Les scènes incarnaient les vents errant vers les cieux, les vagues
    grimpant en concours, les houles en réserve de lumière, des îles
    innocentes et endormies, des ouragans moqueurs, des volcans rieurs,
    des soleils en majesté, des lunes en nudité. Tout cela s’éparpillait,
    éclatait et se regroupait, en ordre- désordre aspirant à une
    fraternité avec les étoiles.
    La Belle ne pouvait en détacher les yeux. Elle s’était même oubliée .
    Il lui semblait devenir une aiguille elle aussi. Intégrée. Absorbée.
    Complètement bue. Avalée par ces tourbillons de scintillements aux
    cadences paradisiaques et infernales. Par cette danse de séduction .
    Hallucinée, illuminée, entrainée, elle tendit la main , prit une
    aiguille, la déposa dans le creux de sa paume et la contempla en
    disant : Quelle innocence de fourmi solitaire. L’aiguille sauta sur
    son doigt et le piqua.
    Ce fut comme un signal à toutes les autres. Et chacune y alla de sa
    petite piqure. Une piqûre des bouts des lèvres, comme un baiser
    furtif, comme une révérence. La révérence d’une épine.
    Quelques gouttes de sang sur la blancheur immaculée de la robe.
    La Belle resta ahurie. Comme pétrifiée. Ne cria pas, n’appela pas, et
    se laissa enchainée par cette immense orgie de petits viols.
    Les aiguilles s’affairaient machinalement, comme obéissant à un ordre
    interne, puis tombèrent épuisées, l’une après l’autre, formant comme
    un tapis ivre aux pieds de la princesse. Sorte de cadavres
    scintillants, abattus, comme vidés de leurs substance, comme si elles
    avaient donné jusqu'à leur essence.
    La Belle déchira alors un large pan de sa robe, l’étendit sur la
    pelouse et se mit en devoir de ramasser ces petits corps inertes,
    totalement soumis à sa volonté. Elle ramassa, entassa, regroupa,
    déposa sur la soie tendue….et elle ramasse encore. Cela dura
    longtemps, longtemps. Un long rêve pour un long sommeil…à tel point
    qu’il lui semblait que plus elle en ramassait, plus il y en avait,
    plus elles surgissaient, d’ici, de là, de là-bas, d’ailleurs et de
    nulle part …
    Et dire qu’on voulait justement la préserver des piqures d’aiguilles !!!
    Naima Benabdelali
    16 commentaires





     

    Publié par Naima Benabdelali à 01:45 Aucun commentaire:
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    mardi 11 août 2020

    le rêve de Nabiha

     

    Amis

    Rêve N° 7
     
     
    Le rêve de Nabiha
     
     
    Elle regardait la mer. Trop de scintillement. Elle ne distinguait ni vagues, ni houle, ni bateaux, ni rien. Aucune couleur, sauf cette éblouissante blancheur qui miroitait, miroitait, et lui cachait l’horizon.
    Petit-à-petit, ses yeux commençaient à s’habituer, et voilà que l’horizon ondulait. Elle ne pouvait dire si cette ligne sinusoïdale venait du ciel, de l’océan ou d’autre chose : un animal marin, un poisson géant, un serpent de mer, un navire en plastique fluide, une lignée d’escargots-dragons,,,,Difficile à discerner. Cela éveillait en elle plus de curiosité que de peur.
     
     
    Encore et toujours intriguée, elle scrutait la ligne lointaine de toute l’énergie de son regard, qu’elle voudrait perçant.. Et la voilà qui se mit à zoomer des yeux. Oui, comme un appareil photo..Zoomer, et zoomer jusqu’à se sentir à califourchon sur les ondulations proches-lointaines. Une jambe de chaque côté et l’horizon sous un pied . Un horizon moitié ciel moitié eau. Elle n’en faisait plus qu’un avec tous ces éléments indistincts. Rien ne bougeait. Calme et blancheur.
     
     
    Elle se dit à elle-même : c’est peut-être cela l’éternité,, et sourit,,,et sourit encore lorsque, entrouvrant les yeux, elle aperçut ses deux bras perdus dans les ondulations des draps .
    ٍ Sur la table de nuit , une lampe restée allumée .

    l'éternité , c'est lorsqu'on transporte en soi-même sa lampe allumée.


    Naima Benabdelali
    Publié par Naima Benabdelali à 10:53 Aucun commentaire:
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    samedi 8 août 2020

    le mur du son

    Amis

    Les murs du son
    L’assassin a encore le couteau dans la main, tout dégoulinant du sang de ses victimes. On entend des HO, des HA, de HOOO, des HAAA, des HAHOHA,,Bref des condamnations de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel : les blessés, condamnent, les morts condamnent, les murs, le sol, un rayon de lumière qui passe par là, les nuages noirs, les nuages rouges, les nuages bleus, tout le monde condamne, et même les assistants, les proches et les lointains,,ça en fait beaucoup !!!!
    Alors l’assassin lève les bras et prend son haut-parleur, car l’assassin a toujours un haut-parleur à sa portée :
    __ Je vais faire une enquête, dit-il solennellement.
    Tout le monde baisse la tête et attend.
    L’assassin prend tout son temps. Une enquête, c’est sérieux. Il ne s’agit pas de la bâcler.
    A la fin des fins, il se ramène avec un haut-parleur encore plus puissant :
    __ Après avoir mené une enquête minutieuse, juste et dans les règles de notre droit, nous sommes arrivés à la conclusion que ce sont les victimes qui sont coupables, car elles se sont présentées au couteau de l’assassin. C’est comme qui dirait qu’elles ont frappé sa main avec leurs joues, à tour de rôle,, et en file indienne,,,après une longue queue,,,Elles arrivent avec une méchanceté terrifiante dans la joue, et elles la colle à la pauvre main de l’assassin, et elles succombent à leurs blessures exprès.
    Et son puissant haut-parleur se voit relayer par d’autres puissants haut-parleurs. On entend des échos de partout..partout..partout et cela arrive jusqu’aux oreilles des morts, six pieds sous terre, sauf que cette fois, ce n’était pas six, mais beaucoup plus, à cause des gravats.
    Et on entend des HO, des HA, des HOO, des HOHA de soulagement. Tout le monde a la conscience tranquille maintenant, car l’assassin n’est pas l’assassin. Il n’est jamais l’assassin. C’est la nouvelle Vérité que tous les échos du monde libre répètent, répètent, répètent jusqu’en Arizona, jusque dans le ventre des baleines non encore nées.
    Naima Benabdelali

     

    Publié par Naima Benabdelali à 23:57 Aucun commentaire:
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    vendredi 7 août 2020


    Pour une nouvelle en moi On n'écrit bien que ce qu'on est


    J'avais lu sur le Net, il y a quelques années une nouvelle littéraire, écrite par un auteur chinois. D'une délicatesse infinie que seuls les asiatiques savent manifester . Un récit très original . Bref , concis  , pur , dépouillé, harmonieux , et si savoureux , si savoureux . Depuis que je l'ai lu, il n’arrêtait pas de me trotter dans la tête avec ses petites semelles en soie , dans une atmosphère de peinture chinoise , dans ces sites où se dressent vers le ciel , ça et là , des monts doucement arrondis , d'inégales hauteurs , émergeant d'une eau endormie sous un brouillard mouvant , qui renforce le mystère déjà flânant dans le récit et dans les arcanes de la réminiscence .


    C'était une histoire d'amour , qui ne disait pas son nom. Tout était dans le flou ..

    Un homme, une femme . Ils étaient voisins . Séparés par un mur commun . Timides et discrets . Drapés de sentiments inavoués . En filigrane et en puissance . Couverts , couvés .


    Tout cela était banal . L'amour est souvent incubé dans le secret de ses silences . Cela arrive couramment et partout . Seulement l'auteur donnait une chute à la nouvelle qui renversait tout et lui conférait une force et une pertinence impénétrables . Cela lui a permis de lever quelques voiles sur les arcanes et faux couloirs des êtres humains lorsqu'ils entrent dans des rapports qui se trament à l'insu de tous : des personnages, des événements , du décors et accessoires . Cette chute donnait un sens inattendu , comme si l'histoire bifurquait, qu'elle allait son petit bonhomme de chemin et d'un coup prenait un virage, et on se surprend en train de relire pour comprendre le cheminement vers cette fin .


    Et voilà ! Cette chute qui attribuait son sens à toute l'histoire , je l'ai oubliée . Je ne me rappelle que d'une armoire, adossée au mur commun , du côté du garçon, sur laquelle il avait déposé un vase qu'il garnissait de fleurs , tous les jours . Parfois il me semblait que c'était juste un décor peint sur le mur . Je perdais la réalité du souvenir .

    Cette fin se manifesta au moment du départ de l'un des deux . Il me semble que c'était celui du garçon . Il me semble que tout le récit tournait autour de ce décor . C'était le décor qui devait révéler les sentiments qu'éprouvait le garçon , et qu'il confiait chaque jour à ces fleurs . Il y avait un mystère quelque part , dans mon imagination , dans mes oublis, ou dans leur amour abrité . Peut-être que l'auteur voulait-il nous dire que cet amour traversait le mur et faisait communiquer les deux chambres entre elles,implicitement, par ce vase rempli de fleurs . Je ne me rappelle pas . Une énigme . C'était très subtile . Surtout que l'auteur laissait entendre et ne dévoilait pas directement . Il jouait sur cette subtilité qui donnait richesse et intensité à son écrit . Il y a de quoi dérouter mêmes les meilleures des mémoires .


    C'était très frustrant pour moi de perdre le nœud qui faisait toute la saveur de la nouvelle . Il me manquait quelque chose , la saveur d'un certain vertige .

    Je me rappelle que cette nouvelle m'avait tellement affectée que je l'avais enregistrée sur plusieurs supports et à plusieurs endroits . Je voulais la garder pour y retourner, pour m'y ressourcer , mais pour mon malheur, je n'arrivais plus à la dénicher . Pour elle j'ai renversé ciel et terre , sans savoir où elle se terre . Cela fait quand-même des années, et plusieurs bouleversements et heurts dans mon décor .

    Je n'ai jamais cessé de la chercher , encore et encore . Et plus je la cherchais plus je la voulais . Elle m'habitait. Elle squattait une portion de mon âme . Je voulais juste lire la fin , la véritable fin , à tout prix . Le prix , c'était le temps, le temps passé à fouiller sur le Net et parmi mes téléchargements .


    Hier, j'étais un peu déprimée, je ne pouvais rien faire d'intéressant . J'ai sorti un de mes anciens disques durs externes . Et que fait le récit tant réclamé, le fugitif, l’infidèle,le traître? Il me saute dessus , comme avec une volupté narquoise , avec une ruse ironique.

    Je ne vous décrit pas ma joie, après tant de séparation . Le voilà, mon chéri !! Il me revient , à moi. Je le possède et le dévore . Je lis, lis, ou plutôt relis goulûment pour lui donner une nouvelle naissance , lui qui avait tant séjourné dans mon ventre .


    Ce que je n'aurais jamais dû faire , car ce bébé n'était pas le mien ,. Il était déformé, sans vie , décoloré .

    Je voulais tout jeter et rejeter. Tout nier et renier . Ce bâtard n'était pas à moi . J'avais l'impression d'avoir lu quelque chose de fondamentalement étranger à moi, quelque chose d'inconnu, de fade, d'inconsistant , mais pas un écrit nourri en moi, de ma propre sève, par tant de souvenirs cultivés, arrosés, brodées comme une dentelle précieuse . Celui qui était en moi , je l'avais créé et récréé . Il cheminait à mes côtés comme un amoureux qui me prenait tendrement par l'épaule et susurrait les mots que je voulais entendre , dans mon intimité la plus profonde, la plus secrète et pendant longtemps . S'il était en papier , je l'aurais déchiré en mille morceaux , pour le tuer en moi et faire rendre gorge à ma déception . Lessivée de l'intérieur , je sors me promener , respirer . Non en moi, mais en dehors de moi .


    Mon récit à moi, était argenté, délicieux, cousu de mes méandres, allaité dans mes recoins . J'avais tout enjolivé  , créé une atmosphère , un environnement intérieur . J'avais mis des couleurs, des ornements, de l'eau dans le vase et des dessins sur les murs , des parfums  . Les parfums ! Voilà ce qui manquait au récit chinois et que mes corps successifs, à travers le temps, imbibaient à mon souvenir . L'écrit n'a pas d'odeur . La mémoire en a , et même elle en invente .


    Certaines choses sont comme des êtres humains. Quand elles vous déçoivent, elles vous creusent , vous vident, vous enlèvent cette belle impression de sécurité inconsciente , cette douceur familière de savoir où on en est , de pouvoir s'orienter automatiquement au contact charmant d'un quotidien bien réel .



    J'avais dans mon souvenir créé mon propre paysage , avec mes terres et mes eaux, un paysage interne . A la température de mon corps , aux vibrations de mon âme . Je ne retrouvais plus rien de tout cela dans l'écrit de l'auteur . Rien qu'un squelette sans os .Terrifiant !!


    Quel est le vrai auteur de nos textes . Le lecteur ou l’écrivain . En tout cas, moi , dans ma mémoire faussée , j'avais inventé l'essence de ce que l'auteur voulait dire .

    Peu importe ce que l'auteur ait écrit. Ce qui compte , c'est ce que mon corps a retenu . C'est l'empreinte en moi , et que j'ai forgée, sculptée dans le secret de mon bleu . La trace, c'est moi qui l'ai déposée et elle m'a hantée comme un spectre .


    Naima Benabdelali

     

    Publié par Naima Benabdelali à 12:34 Aucun commentaire:
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    mardi 4 août 2020

    l'enchanteresse ivre


    L’enchanteresse ivre


    Il y a quelques années j'ai fait la connaissance sur Facebook d'une Libanaise. Joli brin de fille .Elle aime se prendre en photo, et sait le faire admirablement . Chaque jour elle nous gratifie d'un portrait. Elle a l'art de se mettre en valeur par des maquillages, des coiffures, des accessoires appropriés . Elle joue de son rouge à lèvres comme de ses cheveux de façon aguichante , séduisante, rehaussée d'un sourire à plein dents, à vous fendre l'écran . Elle a de grands yeux , sans douceur . Des yeux qui essaient de pénétrer en vous par un regard insistant, dévorant, vorace , sauvage et hallucinant , qui voudrait engloutir ses alentours . Elle est belle, belle, vraiment belle, comme seule une sorcière pourrait l'être.


    Ce que j'apprécie en elle , ce n'est pas l’esthétisme de ses photos, mais celui de ses mots . C'est une poétesse . Une vraie . Elle fait danser la langue arabe . Des danses variées, opposées, antagonistes . Cela va du Gnawa au tango en passant par la valse , une valse à l'orientale . Elle avoisine des mots sans aucun cousinage . Elle leur fait subir des acrobaties vertigineuses . Elle les entortille, les fait soumettre à des accolades et des rejets entre eux , les jette vers le ciel et les rattrape en tombant , en les brusquant, les brisant par des enjambées glissantes, pour les remettre debout fiers et hautains , dans une extase digne d'un Rûmî . Elle vous surprend par la place qu'elle réserve aux métaphores, aux allitérations , aux consonances, à la répétition , grâce auxquelles elle s 'amuse à troubler toute harmonie. Elle a conscience que c'est un certain désordre qui fait la force de ses écrits . Elle happe par un délicieux cahots oscillant . J'avoue qu'il m'est difficile de faire palper l’envoûtement de ces poèmes .


    Poèmes courts . Des petites histoires tronquées, sans début ni fin , allusives , aux bords déchiquetés comme en proie aux feux .



    Vous vous en doutez bien, avec ses atouts physiques et intellectuels, cette jeune dame, provoque chaque jour , un tollé d'admirations . Sa liste de fans n'en finit pas de finir . Des commentaires élogieux débordent de sa page et atteignent les pages des voisins . Des bravo, des cœurs, des applaudissements, et des mots qui dans leur élan dithyrambique confondent corps et âme : portrait et poème , avec bravoure et délicatesse . Le déchaînement quotidien épuise toute la panoplie des symboles et des couleurs que fb met à disposition .


    Et elle, elle trône majestueuse au milieu de la foule virtuelle comme une fée qui traîne sa magie savoureuse derrière elle , avec des pas de velours, de velours carmin , car le carmin , c'est sa couleur de feu , des lèvres aux cheveux , et aux robes , aux sangs des martyrs qui irriguent ses mots en filigrane .


    Elle répond à tout le monde. Quelques mots. Les banalités les plus navrantes , mais elle se fait un honneur de répondre , malgré la très longue liste des commentaires . Elle doit passer une bonne part de sa matinée à exécuter ce devoir .


    Elle est encore sur fb. J'aime passer la saluer pour me ressourcer de son grand sourire, de sa photo du jour, et surtout, surtout de ses petits bijoux de poèmes . Je l'appelle ma reine cramoisie et elle me répond par des mots sans importance .


    Sur Fb, les gens sont souvent discrets sur leur vie privée . Ils ne veulent montrer qu'une part d'eux-mêmes, et c'est déjà beaucoup . Il me semble qu'elle ne se reconnaîtra pas dans ce portrait que je dessine, moi . Elle doit se voir autrement . On perd l'image qu'on donne de soi, chacun en prend un bout . Le bout qui correspond à son humeur .


    Un jour je vous raconterai la suite .

    Publié par Naima Benabdelali à 13:31 Aucun commentaire:
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    dimanche 2 août 2020

    Un jeu sans conséquences

    --------------------------------------------Un jeu sans conséquences
    Assise sur une chaise longue , sous un parasol .Une ribambelle de cousins et cousines papotant autour d'elle . Un chapeau large. Des lunettes qu'elle ne cessait d'enlever et de remettre , pour scruter l’horizon et les environs ,quand elle n'était pas absorbée dans sa lecture .
    Elle sentait une présence . Une présence qui pesait sur elle comme une ombre . Il y a des ondes qu'on ressent avant d'en distinguer la source . Elle se retourna et vit furtivement une tête inversée.
    Se retourna encore et la tête devint homme . Un homme au front dégarni , une barbe de quelques jours , un regard appuyé et un livre sur la cuisse . Il la regardait comme on regarderait, dans un musée , un tableau qu'on a du mal à s'approprier , à faire entrer dans son univers .
    __Cela ne se fait pas de regarder les gens comme ça, se dit-elle .
    Il détourna les yeux , se voulant plus discret , puis comme obnubilé , il revint à la charge .
    Elle remit ses lunettes , replongea en elle-même , puis tourna la tête vers lui encore une fois . Elle pensa à la Mona Lisa et esquissa un sourire . Il lui rendit son sourire et dit :
    __ On m'appelle Ali .
    __ On m'appelle Sissi .
    __C'est un nom de plage ?
    __Non, un nom de Facebook.
    __Alors tu es impératrice .
    __Oui ! Cela me donne une impression de grandeur .
    __Attention ! Elle a fini mal .
    __ Non, c'était une belle fin . Dans les bras de l'amour .
    __O que non !!
    __ Moi , je préfère le penser ainsi .
    __Parce que c'est romantique ?
    __Non, simplement parce que ça fait parler .
    __ Et Ali, ça fait parler ?
    __ Cela dépend des cultures. Avec des muscles et des poings … En français, je le trouve squelettique . Ce n'est pas bon de dénuder les voyelles dans un prénom .
    __ Et en arabe ?
    __ En arabe, au contraire , il ouvre bien bouche et avec douceur . C'est plus étoffé , plus sympathique .
    Encore quelques mots, quelques sourires, quelques rires et chacun replongea dans son livre .
    Elle enleva ses lunettes et promena son regard circulaire, comme au début , c'est alors qu'il lui proposa d 'aller prendre des glaces .
    __Quel parfum ? Demanda le garçon .
    Au lieu de dire « amande », elle dit amante .
    Rires encore !!
    Il lui suggéra de continuer leur marche tout le long de la plage.
    __ Quand tu as dit « amante », , c'était un lapsus ou bien c'était exprès ?
    __ A ton avis ?
    __ Vu ton air amusé, je pense que c'était intentionnel .
    __C'est ma cousine qui a inventé ce truc et moi bêtement, je le répète .

    Après quelques pas, il lui demanda:
    __Tout à l'heure, tu as dit « Moi, je le préfère le penser ainsi ». Tu crois que cela changerait quelque chose au cours de l'Histoire .
    __ Oui . L'Histoire, ce n'est que ce qu'on en pense .
    __ ..et le statut du réel alors ?
    __ Le vrai du vrai ?
    __Oui !
    __Il n'est écrit nulle part .
    __A quoi tu crois alors ?
    __A la vie .
    __ Tu ne trouves pas que c'est trop vaste ?
    __ C'est justement pour ça que j'y crois . On peut étendre les bras de tout côté ..
    __ C'est une réflexion de vacancière .
    __Exactement  acquiesça-t-elle avec un large sourire .

    Quand les ombres commençaient à souligner les petites dunes du sable, ils rebroussèrent chemin.Le calme de la plage avait quelque chose de captivant. On dirait que la mer préparait sa couche . Les vagues languissaient , s'étendaient et venaient paresser en léchant la terre, embrassant encore et encore la douceur du sable chaud .
    La marche du duo ralentissait imperceptiblement dans une certaine torpeur enveloppante et contagieuse .


    En voulant l'aider à plier sa chaise, sa main frôla son épaule..et ce fut une seconde d'arrêt . Une onde frissonnante parcourut son corps et alla se loger dans un coin de son ventre . Elle ne leva pas la
    tête de peur de trahir un éventuel émoi . A ce moment-là, elle ne savait pas encore que c'était son unique souvenir de vacances .


    Le lendemain, il ne revint pas .
    Elle n'a pas maudit ce sort ironique . Elle ne lui en n'a pas voulu, ni excusé , ni pardonné . Ce n'était pas le proverbe français « les absents ont tort » qui exprimerait son sentiment, mais plutôt celui de sa grand-mère qui disait : « l 'absent transporte avec lui ses motivations » . C'était comme ça et ça devait être comme ça .


    Malgré tout , elle avait du mal à avaler, littéralement .C'est resté comme un petit nœud dans sa gorge , qu'elle a dû balader pendant de longues journées .
    Elle se disait : C'était rien . Une longue marche d'un fin d'après-midi d'été , avec quelques éléments naturels comme complices. Quelques phrases banales, quelques rires, quelques sourires,, C'était ça son aventure . Si elle devait la raconter , qu'est-ce qu'elle dirait . Rien .Aucun événement, aucune péripétie, aucun détour , aucune perspective . Le plat . Le plat . L'eau , le ciel clair, trop clair .


    Qu'ont-ils pu dire ? Ils n'ont pas discuté. Ils n'ont pas conversé . Ils ont simplement bavardé , plongé, bavardé, puis replongé..et la mer les accueillait et les vagues les caressaient, et la brise taquinait leur peau , ses cheveux venant parfois lisser ses muscles avec une impertinence tolérée ..


    Pourtant elle l'a espéré pendant trois jours , l'a recherché des yeux et des pieds , l'a confondu avec d'autres,,


    le congé était fini et tout finit avec , ou presque . Dans son esprit rode encore le titre du livre qu'il tenait , titre qu'elle avait remarqué avant la tête renversée : « Pendant que j'agonise ».


    C'est cela les petites rencontres des vacances . Brèves et incisives . Elles vous laissent l'emprunte d'un frôlement distrait. Elles profitent d'une disponibilité du corps et de l'esprit, de l’abondance du temps et de l'espace , pour planter une graine qu'elles oublient d'arroser .
    Naima Benabdelali
    26 comment

    Publié par Naima Benabdelali à 04:42 Aucun commentaire:
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