jeudi 29 décembre 2011

le souhait


Le souhait
Sur la plage, après une bonne baignade, Said s’étale sur le sable, étend les bras et les jambes, dans une attitude d’abandon total, à soi et au monde.
Les yeux fermés, le corps serein, ses mains, négligemment, se jouent du sable, le soulève, le déploie, y farfouille…Et soudain, un objet métallique le heurte. Il se redresse précipitamment, en alerte. Il se met à creuser, à  creuser fébrilement autour de l’objet qui scintille.
__ Une jarre !! s’entend-il crier. Une jarre en cuivre bien scellée.
Notre candide l’ouvre immédiatement, sent, flaire, tâte, tapote, scrute des yeux, des oreilles, des doigts… Rien ! Rien de rien !
__ Le vide, dans le vide, se dit-il en jetant le récipient loin de de lui.
Après quelques minutes, comme par acquis de conscience ou un surcroit de  curiosité, il lui jette un nouveau regard, un regard hautain. Et voilà  ce regard qui devient plus grand, plus écarquillé, plus perçant, plus étonné, plus curieux, plus intéressé, plus scrutateur. Une vapeur s’échappe de la jarre, un brouillard blanchâtre qui s’épaissit, s’étend, grandit encore et encore.
__ c’est un Ifrit de Sidna Soulaymane , se dit-il en ricanant, un peu mal à l’aise et se forçant à garder son naturel.
Il ne croit pas si bien dire, un Ifrit surgit, un vrai Ifrit, en chair et en os, avec même des yeux qui lui tournent dans la tête, des bras bien musclés, et pas un poil ou un cheveu. Tout ce qu’il y a de classiquement Ifrit, authentique, dans les normes internationales, breveté.
Visiblement content de sa liberté retrouvée, il s’étire, s’étire glorieusement, victorieusement, comme seuls savent faire les Ifrit d’origine, faits de brume non polluée. Puis, il se met à se disperser, à prendre l’air,, tout l’air, tout l’espace , jusqu’au ciel, fièrement, ostensiblement, comme pour dire : maintenant, le monde m’appartient, en totalité, à moi tout seul, j’en suis le mâle dominant.
A la fin , il daigne jeter un œil à son libérateur involontaire, encore ahuri.
__  Tu m’as libéré après des milliers d’années d’emprisonnement et d’étouffement. Fais un souhait, et il sera exécuté sur le champ.
Said, n’en croit pas ses oreilles, et même ses yeux d’ailleurs. Quelle aubaine pense-t-il. Si seulement ça pouvait être vrai !!!
__ C’est vrai de vrai !! Je suis sérieux, et puis tu n’as qu’à essayer pour voir, dit le Ifrit qui semble lire dans ses pensées. Je t’accorde quelques minutes pour réfléchir, le temps que je m’accommode avec mon nouveau monde et de m’imbiber de cet air marin qui me manquait tant.
__ O toi ! Le plus sympa de tous les Ifrits de l’univers, connus et inconnus, je sais ce que je désire le plus au monde.
__ Tu n’as qu’à formuler ton vœu et tu le verras là , étalé, déroulé, déployé, étendu devant tes yeux, à portée de tes mains.
__Je voudrais m’imprégner de l’art de séduire les femmes.
__ Ah ! Ton vœu sera bel et bien réalisé, intégralement, totalement, pleinement, parfaitement sûrement, assurément, incontestablement, nécessairement, absolument. Je suis expert en la matière, ça va être facile, aisé, cool. Je vais te donner la seule clé qui existe pour ça, la plus efficace, la plus opérante, la plus agissante, la  plus active, la plus efficiente,,
__ Oui ! Oui ! Oui ! Laquelle, laquelle, dis-moi, dis-moi !!
__ L’intelligence !
__ L’intelligence ????? répond Said, incrédule,
__ Ne me regarde pas bêtement, sottement, stupidement, niaisement, naïvement !!
L’intelligence, ça englobe tout, et encore plus, beaucoup plus que tu ne crois.
Il lui donne quelques tapes sur la tête, le cœur, les membres,,,,
__ Va, mon petit bonhomme, tu seras le premier à t’étonner de tes propres performances, de tes exploits, de tes records, de tes prouesses, de tes succès,  de tes réussites, de tes triomphes, de tes victoires, de tes conquêtes….
__Comment fait-il pour garder un dictionnaire dans la bouche, après tant d’années de somnolence, se dit Said, content de lui-même,  fourrant les mains dans les poches, sifflotant, regardant les petits nuages, confiant, sûr qu’il lui suffirait d’ores et déjà de claquer des doigts pour faire le séducteur,,

Naima Benabdelali

les cheveux de l'amour

la peinture est d' Antoinette Deley


Les cheveux de l’amour

Lorsqu’elle a vu ses cheveux s’allonger outre mesure, elle fut un peu étonnée. Peut-être cela a-t-il une relation avec la saison, se dit-elle. La saison des fleurs, de la montée des sèves. Peu-être un effet de l’âge, de la jeunesse, le temps des roses, des éclosions.
 Au début, elle n’essayait même pas de comprendre, c’est  après qu’elle devenait de plus en plus curieuse, de plus en plus perplexe, et commençait à se surveillait  plus attentivement.
 Entre temps sa chevelure ne cessait de rallonger visiblement.
 Elle s’observait alors soigneusement, minutieusement : son comportement, son humeur, ses émotions, ses relations, sa nourriture, son sommeil. Elle passait tout à la loupe. Il devait absolument y avoir une raison, une explication à ces poussées soudaines de cheveux.
  Tout cela ne l’alarmait pas , ne lui déplaisait pas plus que ça, mais l’intriguait plutôt, et puis à ce rythme où irait- elle ?
__ On peut toujours en couper , se dit-elle. Rien n’est bien grave.
 Après des observations de plus en plus approfondies, elle finit par comprendre qu’il y avait un lien étroit  entre ses élans de cœur et ses élans de cheveux, comme si ça fleurissait en elle,, comme si elle prospérait de l’intérieur, et ses cheveux extériorisaient cet épanouissement. Et chaque nouvel amoureux offrait son surcroit d’abondance chevelue.
  Elle comprit la relation de cause à effet qui se manifestait depuis longtemps chez elle, mais à petites doses . C’est que ses amours, elles aussi, étaient petites. C’est avec Ahmed que le phénomène prit une ampleur sans précédent.
__ C’est peut-être le grand amour, se dit-elle en dissimulant un sourire.
 Ahmed, elle l’aimait bien, mais pas plus. Elle le craignait et avait peur de trop s’engager. C’était un homme à femmes qui glanait partout. Elle refusait d’être une étape  parmi tant d’autres.
 Seulement, ses cheveux la trahissaient.
 Un beau matin, après une flagrante infidélité enrobée de mensonges de la part d’Ahmed, elle se leva de pieds fermes et se dirigea précipitamment chez le coiffeur et se fit couper les cheveux très court, très très courts. Ahmed sortit alors définitivement de sa vie, et pour toujours.
 Ahmed ne revint plus. Il détestait les cheveux très courts, et ne pouvait attendre une nouvelle poussée, attendre un peu. Il ne savait pas qu’il lui suffirait d’un peu d’amour sincère.

Naima Benabdelali

dimanche 25 décembre 2011

le rêve de Blanche Neige



Blanche –Neige était assise sur le rebord de la fenêtre et balançait ses jambes, balançait, balançait, toujours plus haut, plus haut ; et puis se retrouva la tête en bas. Pas à l’intérieur de sa chambre, non, à l’extérieur, sur un tapis de neige qui s’étendait, s’étendait à n’en plus finir. Sur cette douceur épaisse et immaculée, elle aperçut une tache rouge. Une tache solitaire et bien visible. Intriguée, Blanche-Neige n’en détourna pas les yeux. La tache bougeait et même avançait vers elle, avec difficulté, cahin, cahin. C’était un homme qui marchait péniblement. Un vieillard qui portait une hotte sur le dos. Blanche-neige découvrit avec stupéfaction que c’était le Père Noël. Elle se sourit et se dirigea vers lui visiblement heureuse de cette rencontre fortuite.
__ Bonjour Papa Noël!!!!!!!!!!!!!!!
Le vieil homme vénérable ne dit rien. Il s’installa sur la neige, ôta sa corbeille, l’ouvrit et prit sept petits nains et les lui offrit comme cadeau de Noël.
__ Merci, Papa Noël, merci beaucoup. Comme ils sont rigolos. Ils portent des capuchons verts et de gros sabots pleins de boue. Ils ont de gros nez écarlates.
__ Tu peux les faire marcher, tourner, danser en tapotant sur les boutons qu’ils ont sur le dos.
__ Oh ! oh ! oh !,,,,, Oui, oui, oui !!!
__ Ho, Papa Noël, ils sont bien mignons, ces petits nains, mais j’ai dépassé l’âge de jouer avec.
Le spécialiste des offrandes fouille et farfouille dans sa hotte puis en sortit un petit prince bien beau sur son cheval et le présenta à la jeune fille.
__ Celui-là, tu vas l’aimer.
__ Oh ! Qu’il est charmant ! Waa ! Mais je n’aime pas tellement cet air suffisant ; puis quelle arrogance hautaine . Non ; non. Trop prétentieux pour moi. Il va exiger humilité et obéissance. Le père-Noël, refouille et trifouille dans son trésor et en délogeât un miroir.
__ Voilà ce qu’aiment les jeunes filles. Ce miroir est magique. Tu appuies sur ce bouton et tu te verras comme la plus belle fille du monde.
__ Ho, cher Papa-Noël, il est magnifique. Je le garde celui-là.
Elle s’y mira, se re-mira,s'admira , s’y contempla, encore et encore, et s’y oublia.
La voix du messager charitable lui parvint de loin.
__ Puisque tu aimes les miroirs, je vais t’en montrer un autre, mais celui-là va te faire voir ce qu’il y a à l’intérieur et non à l’extérieur.
__ Ho, Splendide ! Un iPad Apple !Je le veux, je le veux aussi !
__ Non, non ma petite, tu n’as droit qu’à un seul cadeau. Tu dois choisir entre les deux miroirs : le savoir ou la beauté.
__ Mais, papa-noël, tu me rejoues-là le coup d’Adam et Eve. Un choix cornélien. Moi je les désire tous les deux.
__ Puisque tu me parles d’Adam, je vais te donner une pomme.
__ Oh ! Une pomme entamée. Vieux loup des neiges, serais-tu la vieille sorcière qui essaie de m’empoisonner ????
__ Mais moi, je ne te présente pas une seule pomme entamée, mais trois.
__ Dans ce cas, je prends l’iPad. Il me sortira de mes rêves d’antan. J’irai visiter le monde, sans même quitter ma forêt douillette et mes sept serviteurs.
__ Tu as beau dire, jeune fille, tu gardes quand-même des goûts de princesse. Cela pourrait te jouer des tours, prends garde !
__ Merci, gardien de mes rêves !!!
Naima Benabdelali
Tiré du recueil : "Petits rêves pour les grands"

mercredi 21 décembre 2011

le mensonge



Le mensonge

__ Maman, qu’est-ce qu’un mensonge ?
__ C’est quand tu verses le pot de confiture sur la nappe et tu dis que c’est Nada qui l’a fait.
__ Et quand c’est un pot de Yaourt, c’est aussi un mensonge ?
__ Oui !!
__ Et quand c’est Nada qui le renverse ?
__ Dans ce cas non.
__ Nada, elle, elle a le droit de faire des bêtises, et moi pas ?
__ Je n’ai pas dit ça. Tu as mal compris.
__ Alors c’est quoi ?
__ Un mensonge, c’est quand tu dis une chose et tu fais le contraire.
__ Par exemple : quand je dis : je monte les escaliers alors que je suis en train de descendre.
__ Voilà, tu as tout compris.
__ Ce n’est pas grave alors. Pourquoi le mensonge est-il un mal ? Je peux monter ou descendre les escaliers  sans problème.
__ Le problème, c’est quand cela cache quelque chose derrière.
__ Qu’est-ce que cela cache ?
__ Ça cache qu’on voudrait tromper. Cela a un but. On ne ment pas comme ça.
__ Même pas pour s’amuser ?
__Si, si, on peut mentir pour se divertir.
__ le mensonge est alors un jeu, comme jouer à cache-cache ?
__ Sauf que cela ne prête pas à conséquence.
__ Pourquoi,
__ Parce qu’on n’essaie pas de détourner le cours des choses en sa faveur.
__ Si, si, car on veut gagner, et pour ça on détourne. On triche.
__ Oui, c’est vrai.
__Quand je porte un masque, c’est un mensonge ? Cela cache aussi.
__ C’est vrai, je n’y avais pas pensé.
__ Maman, les contes, c’est aussi des mensonges ?
__ C’est des inventions plaisantes.
__ Oh, c’est plein de mensonges. Il y a des animaux qui parlent, des fées qui arrivent à tout transformer, des sirènes qui dansent dans les palais, les bottes des sept lieues,,,plein, plein,,,
__ Oui, mais c’est juste pour se distraire.
__ On peut inventer, dire n’importe quoi pour s’amuser, et ce n’est pas un mensonge. On tourne en rond ou quoi ?
__ Tu sais, pour briser ce cercle vicieux où on s’est embarqué, je dirais qu’il y a plusieurs catégories de mensonges : les petits, les gros, les énormes, les divertissants, les rusés, les pertinents,,,,
__ Tu sais maman, je vais te dire ce qu’est un mensonge.
__ Vas-y, dis-moi.
__  Quand ce n’est pas pour de vrai.
__ Mais oui !! Seulement moi , je cherchais à tout prix à éviter le mot »vrai », de peur de m’engager avec toi dans un labyrinthe encore plus tortueux. Je craignais que tu me lances dans un interrogatoire sur la »vérité », et je ne saurais quoi répondre.
__ Pourquoi ?
__ Je ne sais ce que c’est.
__ Moi, je sais comment tu vas répondre, maman.
__Ah oui ! Comment ?
__ Tu vas me dire : Il y a plusieurs catégories de vérités, les petites, les grandes, les minuscules, les énormes….
__ Non, non, non. Ce n’est pas pareil.
__ Pourquoi ?
__ Je te dirais plutôt : il y a des vérités claires, sombres, brouillées, lumineuses, éclatantes, floues, dissimulées, des demies, des trois quarts, des entières…
__ C’est comme la lune alors !
__ Peut-être, sauf que la lune a une fausse clarté. Elle ne reflète que celle du soleil.
__ Le soleil est alors plus vrai que la lune.
__ Je serais tentée de penser cela ?
__ Et pourquoi il se cache la nuit alors ? Qu’est-ce qu’il veut dissimuler ?
__ Il veut se reposer des questions qui n’arrêtent pas.
__ Il ne connait pas toutes les réponses, lui non plus ?
__ C’est ça..
__ Pourquoi ?
Naima, Benabdelali

samedi 17 décembre 2011

Le temps

Le temps

__ Maman, maman, combien ça fait une semaine ?
__ Ça fait 7 jours.
__ Non, pas en jours, mais en temps ?
__ disons 7fois 24 = 168 heures.
__ Non, pas en heures, mais en temps ?
__ Quand tu étais plus petit, tu mesurais le temps en sommeils et réveils : on dort, on se réveille, puis on dort et on se réveille ,,,,,et l’événement arrive.
__ Et il arrivait ?
__ Le plus souvent, oui.
__Et les événements qui n’arrivaient pas ?
__ Ils restaient accrochés au temps, se perdaient dans le sommeil, dans les rêves,,,
__ Maman !!! Arrête de dire des bêtises !!!
__ Ce ne sont pas des bêtises. C’est juste pour te dire que le temps, on le ressent dans son corps..qui dort puis se réveille..fait des rêves. C’est des événements qui se réalisent ou pas. ..
__ C’est quand-même des bêtises.
__ Pourquoi ?
__ On tourne en rond.
__ Oui, on tourne en rond. Avec le temps, on ne peut que tourner en rond.
__ Moi, je ne tourne pas. Je reste sur place. Comme ça, je n’ai pas le vertige.
__ Oh que si !! Avec le temps on ne reste jamais sur place. Même dans le sommeil.
__ Le sommeil n’a pas de place.
__ Mais il a du temps.
__ C’est un temps qui s’efface, un temps fuyant. Il s’en va dès qu’on ouvre les yeux.
__ C’est toi qui me fais tourner en rond maintenant.
__ Dans le sommeil ?
__ ,,,et dans le temps. En plus tu as raison ; car le temps, c’est un cercle. Un cercle qui s’étale, s’étale, comme lorsqu’on jette un caillou dans un lac.
__ Le lac du temps.
__ Les anciens disent : le fleuve du temps.
__ Et ça fait combien de semaines, ça, un fleuve ?
__ On dort, on se réveille, on dort, on se réveille…Et on est tout mouillé…dans le bain,,Et sans même le savoir…
__ Maman !! Maman !! Arrête !!!
__ Arrête !!! Arrête, toi !!! Arrête de rire comme ça !!!!!
En fait, tu as raison, mon garçon, le temps, ça doit d’abord nous faire rigoler,,,
Naima Benabdelali

les pilules

Les pilules

__ Maman, qu’est-ce que c’est toutes ces petites pilules.
__ Des médicaments, des fortifiants.
__ A quoi ça sert ?
__ Chaque pilule a une fonction. Par exemple : la rouge, elle me sert à ouvrir les yeux le matin. Si j’oublie de la prendre, je ne peux écarter les paupières. Je dois m’aider de mes doigts.
__ Et la pilule verte ?
__ Celle-là, c’est pour pouvoir refermer les yeux le soir.
__Et la blanche ?
__ Les blanches, il y en a de plusieurs sortes. Par exemple : la grande, c’est contre le soleil. La moyenne, c’est contre le brouillard. La plus plate, c’est contre le vent,,etc.
___ Comment ça ?
__ C’est simple, quand je ne supporte pas le soleil, j’avale une pilule. Quand le vent perturbe mes cheveux, je prends une pilule, puis une autre contre la pluie ou quand je vais au bord de la mer,,
__ Et la marron.
__ Celle-là est vraiment magique. Elle me donne six mains. Je la prends quand je fais le ménage et la cuisine. Chaque paire de mains exécute une tache, et j’arrive à tout terminer en fin de journée.
__ Et la toute petite, la minuscule ?
__ Celle-là, elle me permet de démultiplier ma journée, en deux, trois, quatre journées : une pour le bureau, une pour la maison, une pour les enfants,,,,,Des fois j’en rajoute d’autres, soit pour les grandes courses, soit pour le grand ménage.
__Comment ça, tu rajoutes ?
__ Oui, plus je désire de journées supplémentaires, plus j’avale de pilules.
__ Arrête, arrête, tu me fais marcher là !
__ Pour marcher, j’ai une autre pilule, et pour conduire la voiture dans des embouteillages, aussi. Tu vois, c’est des pilules magiques, comme des petites fées.
___ Là, je ne marche plus !!!
__ Oui, gros bêta, je te taquine.
Ce ne sont que des boutons que je viens d’acheter pour te confectionner un petit tableau en relief, que tu accrocheras au-dessus de ta commode, là où il y a un clou qui attend tout seul.
__ Mais maman, je ne vois pas de pilule bleue. Il n’y aura pas de ciel dans mon tableau ?
__ Si, si, mais seul le septième ciel sera bleu …
Naima Benabdelali

les devinettes

__ Maman, maman, on joue aux devinettes
__ Ok. Qui commence, toi ou moi ?
__ Moi, moi. Et je vais gagner cette fois.
__ Alors , vas-y .
__Qui est-ce qui passe le plus de temps devant son miroir.
__ La marâtre de Blanche-neige.
__ Oh ! Maman, tu triches. Tu l’as connaissais, donc ça ne compte pas.
__ Tu as raison mon garçon. Non seulement je la connaissais avant, mais en plus je viens de l’inventer.
__ Maman !!
__ Quoi ?
__ On joue sérieusement.
__ je suis très sérieuse,,,en tout cas autant que je le peux.
Va pour une deuxième devinette.
__ Et tu ne triches pas.
__ Promis !!!!
__ Qui est-ce qui ne voit du chat que les yeux ?
__ Alice au pays des merveilles.
__ Tu la connaissais, celle-là aussi !!!!!!!!!!!!!!!
__ Non, je connaissais seulement Alice ,,,,,,et le chat.
__ Maman !!
__ C’est mon tour maintenant, mais comme j’aime quand tu cries comme ça « Maman ! » sur ce ton de reproches-câlins, je te laisse un nouveau tour. Vas-y.
__ Voilà : comment on fait pour danser sur la lune ?
__ On attend le 14ème jour du mois lunaire. On s’habille comme pour une fête. On sort dans son jardin. On ouvre les bras comme pour enlacer quelqu’un. On lève les yeux vers la lune qu’on regarde avec tendresse, on se met à tourner avec un rythme dans sa tête, et on tombe car on a le vertige.
__ Maman ! Arrête de te moquer de moi.
__ Je ne me moque pas de toi, j’essaie de trouver une réponse.
__ Ce n’est pas la bonne réponse.
__ Alors, je donne ma langue au chat. Je donne même mon âne.
__ Maman ! Que vient faire l’âne ici ?
__ C’est juste une expression marocaine pour dire : je ne connais pas la réponse, j’ai perdu.
__ Je ne la savais pas. C’est une expression un peu stupide.
__ Pas plus stupide que « j’ai donné ma langue au chat ». Dans le temps, l’âne était très précieux, on ne le donnait pas facilement.
__Donc tu ne sais pas ?
__ Attends que j’essaie une autre réponse. Cette fois-ci, je vais réfléchir.
__ J’attends, j’attends. Je parie que tu ne vas pas trouver. Quand tu ne trouves pas du premier coup, tu me sors une énormité de tes inventions.
__ Non ! Je n’invente jamais rien, moi.
__ Que si ! Je ne sais comment tu fais, mais tu es capable de relier une fourmi à la lune et de faire danser la lune sur la fourmi.
__ D’abord, ce n’était pas une fourmi, mais un éléphant. Tu vois que tu déformes mes inventions. Moi je n’oserais jamais faire danser même pas une petite étoile sur une fourmi.
__ Et tu n’as toujours pas répondu.
__ On peut danser sur la lune dans sa tête ? En fermant les yeux, ça peut aller ?
__ Non, non,,
__ Dans un rêve ? C’est joli ça ?
__ Non, non,,
__ On fait des montages ? Des superpositions de photos ?
__ Non, non, non,,
__ cache-moi ce sourire triomphant. Il me perturbe dans ma réflexion,,.
__ Tu sais maman, la réponse : tu fais comme Armstrong.
__ Waw, c’est si simple. Comme je suis bête.
__ Non !
__j’ai l’esprit dans la lune, pas sur terre.
__ Je vais te dire quelque chose : tu connaissais la réponse, et tu voulais me faire gagner.
__ Non !
__ Je connais tes gros « non », qui veulent dire « Oui »,des « oui » bien cachés,,,En plus tu voulais me faire gagner parce que tu n’as préparé aucune devinette.
__Les devinettes, je n’ai pas besoin de les préparer. Elles me tombent du ciel.
__ En pluie ou en neige,
__ En vapeur, et je les inspire,,je les inhale
__ Comment ça,
__ Et oui, toutes chaudes.
__ Mais la vapeur, elle monte et ne descend pas.
__ La mienne, si !
__ Maman !!
__Quoi encore ?
__ Arrête !!
__ Tu ne veux pas écouter ma devinette ? Tu as peur de perdre ?
__ C’est que je ne sais ce que tu vas me sortir de ton chapeau-vapeur.
__Moi aussi, j’aime quand c’est toi qui poses les devinettes. Moi, je ne suis pas très douée.
__ Parce que la vapeur, ça ne descend pas !!
__ C’est vrai, l’inspiration, ça monte.. …et de l’intérieur, des profondeurs.
Naima Benabdelali.