jeudi 29 décembre 2011

les cheveux de l'amour

la peinture est d' Antoinette Deley


Les cheveux de l’amour

Lorsqu’elle a vu ses cheveux s’allonger outre mesure, elle fut un peu étonnée. Peut-être cela a-t-il une relation avec la saison, se dit-elle. La saison des fleurs, de la montée des sèves. Peu-être un effet de l’âge, de la jeunesse, le temps des roses, des éclosions.
 Au début, elle n’essayait même pas de comprendre, c’est  après qu’elle devenait de plus en plus curieuse, de plus en plus perplexe, et commençait à se surveillait  plus attentivement.
 Entre temps sa chevelure ne cessait de rallonger visiblement.
 Elle s’observait alors soigneusement, minutieusement : son comportement, son humeur, ses émotions, ses relations, sa nourriture, son sommeil. Elle passait tout à la loupe. Il devait absolument y avoir une raison, une explication à ces poussées soudaines de cheveux.
  Tout cela ne l’alarmait pas , ne lui déplaisait pas plus que ça, mais l’intriguait plutôt, et puis à ce rythme où irait- elle ?
__ On peut toujours en couper , se dit-elle. Rien n’est bien grave.
 Après des observations de plus en plus approfondies, elle finit par comprendre qu’il y avait un lien étroit  entre ses élans de cœur et ses élans de cheveux, comme si ça fleurissait en elle,, comme si elle prospérait de l’intérieur, et ses cheveux extériorisaient cet épanouissement. Et chaque nouvel amoureux offrait son surcroit d’abondance chevelue.
  Elle comprit la relation de cause à effet qui se manifestait depuis longtemps chez elle, mais à petites doses . C’est que ses amours, elles aussi, étaient petites. C’est avec Ahmed que le phénomène prit une ampleur sans précédent.
__ C’est peut-être le grand amour, se dit-elle en dissimulant un sourire.
 Ahmed, elle l’aimait bien, mais pas plus. Elle le craignait et avait peur de trop s’engager. C’était un homme à femmes qui glanait partout. Elle refusait d’être une étape  parmi tant d’autres.
 Seulement, ses cheveux la trahissaient.
 Un beau matin, après une flagrante infidélité enrobée de mensonges de la part d’Ahmed, elle se leva de pieds fermes et se dirigea précipitamment chez le coiffeur et se fit couper les cheveux très court, très très courts. Ahmed sortit alors définitivement de sa vie, et pour toujours.
 Ahmed ne revint plus. Il détestait les cheveux très courts, et ne pouvait attendre une nouvelle poussée, attendre un peu. Il ne savait pas qu’il lui suffirait d’un peu d’amour sincère.

Naima Benabdelali

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