la peinture est d' Antoinette Deley
Les cheveux de l’amour
Lorsqu’elle a vu ses cheveux s’allonger outre mesure, elle
fut un peu étonnée. Peut-être cela a-t-il une relation avec la saison, se
dit-elle. La saison des fleurs, de la montée des sèves. Peu-être un effet de
l’âge, de la jeunesse, le temps des roses, des éclosions.
Au début, elle
n’essayait même pas de comprendre, c’est
après qu’elle devenait de plus en plus curieuse, de plus en plus
perplexe, et commençait à se surveillait
plus attentivement.
Entre temps sa
chevelure ne cessait de rallonger visiblement.
Elle s’observait
alors soigneusement, minutieusement : son comportement, son humeur, ses
émotions, ses relations, sa nourriture, son sommeil. Elle passait tout à la loupe.
Il devait absolument y avoir une raison, une explication à ces poussées
soudaines de cheveux.
Tout cela ne
l’alarmait pas , ne lui déplaisait pas plus que ça, mais l’intriguait plutôt,
et puis à ce rythme où irait- elle ?
__ On peut toujours en couper , se dit-elle. Rien n’est bien
grave.
Après des
observations de plus en plus approfondies, elle finit par comprendre qu’il y
avait un lien étroit entre ses élans de cœur
et ses élans de cheveux, comme si ça fleurissait en elle,, comme si elle
prospérait de l’intérieur, et ses cheveux extériorisaient cet épanouissement. Et
chaque nouvel amoureux offrait son surcroit d’abondance chevelue.
Elle comprit la
relation de cause à effet qui se manifestait depuis longtemps chez elle, mais à
petites doses . C’est que ses amours, elles aussi, étaient petites. C’est
avec Ahmed que le phénomène prit une ampleur sans précédent.
__ C’est peut-être le grand amour, se dit-elle en
dissimulant un sourire.
Ahmed, elle l’aimait
bien, mais pas plus. Elle le craignait et avait peur de trop s’engager. C’était
un homme à femmes qui glanait partout. Elle refusait d’être une étape parmi tant d’autres.
Seulement, ses
cheveux la trahissaient.
Un beau matin, après
une flagrante infidélité enrobée de mensonges de la part d’Ahmed, elle se leva
de pieds fermes et se dirigea précipitamment chez le coiffeur et se fit couper
les cheveux très court, très très courts. Ahmed sortit alors définitivement de
sa vie, et pour toujours.
Ahmed ne revint plus.
Il détestait les cheveux très courts, et ne pouvait attendre une nouvelle
poussée, attendre un peu. Il ne savait pas qu’il lui suffirait d’un peu d’amour
sincère.
Naima Benabdelali

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