jeudi 28 mai 2020

le fou rire du fkih 2


Amis
Le fou rire du fqih
Durant nos randonnées buissonnières, nous passions, Myriam ma copine, et moi, près d’un grand mur. Un mur vieux comme le temps, sinon plus. Un mur de pierres, de grosses pierres disposées en quinconce, agglomérées à l’aide d’argile rouge, un mur d’au moins un mètre d’épaisseur. Eaux et vents jouant leurs jeux, ils dénudèrent les blocs çà et là, à tel point que par endroits, on distinguait plus les trous que les pierres.
C’était notre mur. On s’y adossait pour raconter les choses et les êtres. Bavardages infinis de petites filles plus naïves qu’espiègles.
Ce qui nous intriguait, nous fascinait, nous charmait dans ce mur, c’était les papiers soigneusement pliés ou carrément froissés qui peuplaient ses trous. A chaque occasion, on inventait une explication à ces bouts de papier. Un jour c’était des vœux qu’on y inscrivait et qu’on confiait au mur pour les exaucer. Le lendemain c’était des incantations ou des prières...
Myriam disait parfois, sans le penser vraiment(en ces temps-là, nous deux , on pensait rien de vraiment. Tout était en suspens), que le mur était la demeure des revenants. Moi, juste pour la contredire, j’affirmais dur comme fer qu’il était habité par une sorcière, la fameuse sorcière des grands chemins.
___ Ha! Ha ! Ha !
___ Pourquoi tu ris comme la fille de l'Ogresse ?
___Parce qu'une sorcière de grands chemins ne se balade pas dans nos ruelles sinueuses.
___Peut-être, mais les Revenants non plus . D'ailleurs les revenants n'existent pas dans nos traditions.
___Comment ça ?
___ Ils n'existent pas . D'ailleurs as-tu déjà vu une vénérable grand-mère se promener dans nos vieilles demeures le "qub" de son Djellaba sur la tête ?
___Ha ! Ha ! Ha!
Par un bel après-midi, nous nous miment d’accord que c’était la taverne du diable et de ses enfants. C’était la raison pour laquelle il était craint et vénéré et qu’on glissait des secrets dans ses trous. Tout le monde sait qu’il existe des secrets qu’on ne confie qu’au Diable ou à sa femme.
Plus tard, Myriam m’assurait que c’était impossible.
__ Pourquoi impossible ?
__ Car le diable ne sait pas lire, répondit-elle l’air triomphant.
__ Ses enfants le savent, eux.
__ Non ! Pas d’école pour les diablotins.
__ Les diables sont malins. Ils n’ont pas besoin d’étudier.
__ Ce ne sont pas les diables qui sont malins mais les djinns.
__ Non, les Djinns ne sont que des serviteurs bébêtes. Ils ne savent qu’obéir aux ordres automatiquement. Si tu avais une bague magique, ils satisferaient tes désirs sans réfléchir.
__ Si j’avais une bague magique, je rentrerais dans ce mur pour dénicher ses secrets.
__ Tu sais, pas besoin de bague pour ça. Il nous suffirait de déplier ces papiers et de lire, lire, lire…
__ Et on saurait ce qui se trame dans notre petite cité cachotière, pleine de chuchotements et de cris étouffés.
___Ha ! Ha! Ha!
On rigolait. Il n’était nullement question pour nous de déloger le moindre petit bout de feuille, sinon quelque chose nous tomberait sur la tête. Trop d’enchantement enveloppait ce mur à nos yeux.
__ Ces papiers sont des talismans. C’est pour se protéger ou protéger ses enfants contre une maladie, un échec, un retour de fortune...
__ Ou pour détourner un mari d’une maitresse trop belle.
__Ha ! Ha ! Ha !!!
__ Ou bien ce sont des mauvais sorts, des envoûtements…
__Non, les envoutements ne circulent pas par écrit.
__Comment alors ?
__par voie orale, ou bien par un habit, des chaussures… En plus il faut une baguette.
__Ha ! Ha ! Ha !!
De jour en jour nos explications se superposaient sans s’exclure. On a fini par attribuer tous les qualificatifs à notre mur et tour à tour, il devient méchant, gentil, hargneux, vaniteux, envieux, vindicatif, tolérant, bienveillant, insolent, secourable…Tout cela ne nous empêchait nullement de nous y accouder, mais sans jamais effleurer ses écritures saintes.
__Je vais te dire quelque chose : ces papiers qui ornent ces vieilles pierres, c’est juste pour leur donner un peu de vie, une certaine chaleur, une compagnie.
__Alors, je te propose quelque chose.
__ Je parie que c’est encore une de tes idées bizarroïdes.
__ Oui !! Je te propose de faire du collage sur le mur. On va déchirer des magazines et recouvrir le mur de photos.
__Puisque le mur aime les papiers, on lui en donnera, jusqu’à saturation.
__ Tu crois que c’est faisable ?
__ Non, bien sûr
__Pourquoi ?
__ Dans les magazines, il y a parfois des images plus ou moins osées.
__ Ha ! Ha ! Ha !!
__On scandalisera la petite Médina traditionaliste et renfrognée.
__ Il y en a qui vont aimer.
__Ha ! Ha ! Ha !
__On collera juste les papiers des trous. On les étalera au grand jour. Finis les cachotteries !
__ Ha ! Ha !
__ le mur serait donc un mur à messages, le mur des amoureux…
Pendant que nous bavardions ainsi, comme à l’accoutumée, une feuille soigneusement pliée glissa de son trou et atterrit à nos pieds.
Sidérées !!
Déconcertées !!
Silence !!
Un grand silence.
Comme celui que provoquerait un pet de grand-père !!!
Puis :
Ressaisissement.
__ C’est peut-être un message pour toi.
__ Un amoureux ?
__ Un rendez-vous !!
__Ha ! Ha !
Alors que nous balancions entre la folie du rire et la majesté sanctifiée du sérieux, le fqih de la médina passa.
On l’appelait Fqih Haddad. Il était très vénéré et jouissait d’une aura et d’un grand prestige. Tout le monde respectait son immense savoir. On le consultait en matière de droit canonique, surtout dans le domaine du mariage et des relations conjugales. Des petits malins s’amusaient à l’appeler « Si L' Fqih pas de honte en matière de religion ». Phrase qui collait à lui et qu’il ne cessait de répéter car elle lui servait de sésame qui ouvrait toutes les portes, lui permettant de répondre sereinement aux questions les plus intimes, les plus indiscrètes.
D’autres petits malins l’appelaient le fqih pantin. Ses membres étaient trop frêles et courts et il forçait la gesticulation, comme pour compenser cet handicape. On avait l’impression qu’il se dispersait en marchant, raison pour laquelle on laissait beaucoup d’espace autour de lui. Il avait un tarbouche rouge- grenat, une belgha ocre-jaune, une djellaba couleur foncée sous laquelle on distinguait une amplitude de blancheur brodée à l’ancienne et qui ne demandait qu’à flotter en l’air.
Le fqih s’est mis à nous dévisager, les yeux remplis de questions. Nous ne savions quoi répondre. Pas de mots, pas de rires, pas même de sérieux. Plus rien. J’évitais délibérément le regard de Myriam, qui à son tour fixait le vénérable pantin. A un moment, j’ai baissé les yeux vers le bout de papier à nos pieds.
__ C’est ça qui vous abasourdit.
__ Oui…
__Il est tombé d’un trou du mur.
Le fqih le prit hardiment et le déposa dans le mur.
Rien n’arriva !! Rien !!
Il n’a pas été transformé en insecte boiteux, ni en ver de terre couvert d’épines, ni en crapaud quémandant un baiser. Rien ! Il ne s’est même pas affalé par terre, ni monté au ciel. Il n’est devenu ni rouge, ni bleu, ni oranger, pas même un superhéros !!! Même ses petits membres n’ont pas poussé.
En nous regardant, en nous scrutant, le fqih partit d’un grand éclat de rire. Un rire gigantesque comme provenant d’une caverne, d’un écho et d’une tanière à la fois. Nos yeux écarquillés l’amusaient tellement, et puis notre posture d’automates en panne, puis nos cheveux qui peinaient à se hérisser, nos bras serrant trop fort nos cartables.
__ Vous savez quoi, ces bouts de papier ?
Des petits « non » sifflaient à peine, sans même l’aide de nos têtes figées.
__Je vais vous expliquer.
Et il nous expliqua, nous expliqua, longuement, patiemment, comme seul un vrai fqih sait le faire, à grand renfort de citations, de versets, de hadiths…
Des gesticulations, des mimiques, des jeux de tarbouch, des jeux de balgha, des jeux de djellaba…
On avait tout compris, ou presque. Plutôt presque que tout. On avait surtout compris qu’il n’y avait pas de quoi fouetter un chat : ces bouts de papier contenaient des écritures en arabe, langue sacrée, car langue du Coran. Chaque fois qu’un passant trouvait sur le sol une feuille avec des caractères arabes, il la ramassait, la pliait et la confiait au mur pour qu’on ne la foule pas des pieds. C’était juste par respect pour la langue, pour l’écrit et non pour leur signification. Ce qu’on vénérait, ce n’était pas le mur, mais les mots. En fait, ce n ‘était même pas les mots mais les lettres.
__ Qui pourrait nous certifier qu’il n’y a aucun lien entre les lettres et le mur, demanda Myriam toujours pas résignée de perdre un certain enchantement et un halo de mystère.
__Peut-être que pendant la nuit, elles sortent de leur trou et viennent hanter le mur et le submerger de sens.
__Ou de danses...
__Ha ! Ha ! Ha !!!
__ Tu sais, Myriam, tous ces trous dans la pierre, ce sont les lettres qui les ont creusés ...pour y loger leurs propres mots.
__ Je n'aime pas trop quand tu sembles sérieuse .
__ C'était juste pour essayer de replâtrer ce qu'a détruit le fqih..
__ Tu veux dire que nos lettres à nous sont plus fortes que les mots du fqih.
__ Oui, mais, lui, il ne le sait pas, murmurais-je dans ses cheveux.
Naima Benabdelali

jeudi 14 mai 2020

la dame en bleu


La dame en bleu
Ifrane, ce n’est pas seulement une petite ville comme tant d’autres. C’est un passé, une durée, un récit, chargé d’émotions, d’impressions gravées sur leur corps et leur cœur. C’est une présence, une enfance renouvelée ; toujours d’actualité. La ville des vacances, des loisirs et de la gaité où on redevient soi-même, où on se retrouve dans son agréable inutilité.
Il y retourne avec sa femme deux fois par ans. En été et en hiver .Ville montagne. Ville prairie. Verte ou blanche selon les saisons, mais toujours offerte.
Il décide avec sa femme de passer quelques jours. Un week-end prolongé, dans le beau froid de cet hiver.
La cité les accueille avec sa robe blanche, immaculée. Une splendeur dans son surgissement. Elle étale ses draperies tendrement enveloppantes, et se donne dans toute sa grandeur sublime. Les arbres prennent ce bel aspect fantomatique .Apparitions glacées en bandes. Une sérénité immobile. Tout est figé comme pour l’éternité. Un grand silence congelé. Les arbres squelettiques se couvrent de neige jusqu’à leurs moindres brindilles. Les autres, ceux qui ont gardé leurs feuilles, semblent s’excuser de leur surplus de beauté.
Le couple est halluciné par cette gloire enchanteresse, par tant de charme. La ville les a possédés, obsédés, dès le premier abord. Leurs yeux tous nouveaux semblent avoir du mal à enlacer cette douce émergence, cet éclat d’éternité. Ils ne disent rien. Un silence en écho au ravissement environnant.
Ils roulent jusqu’à l’hôtel.
Comment une ville familière arrive-t-elle à les éblouir chaque fois, et d’une manière neuve par sa grâce en blanc ?
Elle habite en eux. Pourtant ils ne la pratiquent pas de la même façon. Pas les mêmes souvenirs. Pas les mêmes rapports à la terre, aux cieux et aux arbres. Lui, il s’y promène en voiture, fréquente plutôt les cafés. Elle, elle a l’impression que si elle ne foule pas le sol de ses pieds, elle n’entre pas en contact direct avec la cité. Elle marche, marche. Dans la forêt. Dans la prairie. Le long de la rivière .Elle grimpe, grimpe derrière la cascade. Elle est persuadée que quand on s’abandonne un certain temps entre les arbres, ils finissent par nous communiquer leur sève, leurs énergies chtonienne et céleste.
Ils passent leurs journées chacun de son côté ; et se retrouvent en début de soirée à l’hôtel. Un arrangement qui satisfait les deux parties .Et là, ils communient leur communion .Tout nouveau l’un pour l’autre. Heureux de rencontrer dans l’autre sa propre extase, sa tendresse rechargée, une affection à redonner, un abandon.
Il prend la voiture et se dirige vers une piste de ski. Il aime cette animation. On se heurte, on se bouscule, on tombe et on se relève. Des amateurs. Des apprentis skieurs. Leur belle maladresse le divertit. Il regarde avec un sourire amusé.
Et soudain, il l’aperçoit. Il la voit. Elle le subjugue, le fascine .Il ne peut plus discerner autre chose. Le temps bascule. Le monde chavire .Il n’existe plus qu’eux deux. Elle dans ses yeux. Et le reste s’évanouit. Une femme ou un ange. En bleu clair raffiné. Un manteau qui épouse ses formes. Svelte, élancée, majestueuse. Et ce beau port de tête .Elle se ballade avec ses skis sur la piste avec une aisance puérile, contente d’elle-même, faisant des tours et des détours. Toute entière dans ce qu’elle fait, absorbée par son univers, comme aspirée vers les hauteurs. Elle saisit le monde. Volupté dans ses voltiges. Sérénité dans ses gestes. Une vraie danse aérienne, entre neige et neige. Danse ouverte, embrassant l’univers. Vertige sans vertige.
Sans s’en rendre compte, il fait quelques pas vers elle, comme pour attraper un oiseau. Et se retrouve les pieds en l’air. Il a gêné un skieur qui l’a heurté. Il se relève et ne retrouve plus le même monde. Elle n’est plus là. Volatilisée .Vers quel ciel ? Par quel souffle ? Vers quel paradis ?
Il la cherche de tous les yeux de son corps. Un manteau bleu s’est envolé. Un espoir toujours renaissant rallume en lui une étincelle qui le guide dans sa quête vers son l’infini.
La piste se vide.
Il retrouve sa femme, bavardant avec des amis rencontrés à l’hôtel. Il l’avait oubliée. Elle se lève, ahurie par son aspect, son attitude hagarde. Elle passe une main tendre et consolatrice sur son dos et sourit comme pour solliciter un sourire en retour, comme pour voir à nouveau ce visage illuminé .Elle l’attire vers elle, sent une résistance et recule.
La soirée passe sans paroles. Un silence qui tombe entre deux êtres qui s’aiment sonne le glas de leur communion ; reste plus que la traine de leur affection. Résidus appelé à se dissoudre et à les dissoudre.
Le lendemain, elle prévoit une nouvelle rencontre avec sa cascade. La fameuse cascade d’Ifran. L’attraction des grands et des petits. A moitié congelée par le froid, mais toujours resplendissante. Elle s’y rend avec ses nouveaux amis. Lui, il reprend la route de la piste. Un espoir renait en lui. Il va retrouver sa skieuse en bleu. Il va essayer de voir son visage, malgré la fourrure de sa capuche. Peut-être même va-t-il l’aborder, et lui demander d’enlever ses grosses lunettes noires. Il se sent tous les courages du monde. Il se met à siffloter. Belles perspectives !! Son imagination vagabonde, vagabonde.. jusqu’au rêve, jusqu’au délire.
La piste, elle, est sur terre. Et pour lui comme vide, car pas de manteau bleu.
Il lui reste encore un jour de congé. Demain. Ce sera demain .Car ça ne peut pas ne pas être.
Le dernier jour, sa femme rend visite à leur ancien chalet. Le chalet de son père, de son enfance,de ses souvenirs. En pleine forêt. Le chalet des arbres et des fées, aux fenêtres lumineuses. Après elle fera un tour à la prairie. La grande immensité blanche, où elle avait tant gambadé avec ses cousines et ses amies.la Prairie des jeux, pour grands et petits. Des retrouvailles.
Lui, il repart vers sa chimère. Et la déception est totale, entière. Il ne reverra plus jamais cette noblesse hallucinante. Cette aisance éolienne. Peut-être en rêve. Certainement en rêve .Un fantasme est né .En lui s’installe une hantise, une obsession. Un spectre. Et il ne l’abandonnera jamais.
Accablé, les yeux caverneux, cernés, il reprend le chemin du retour à côté de sa femme dans la voiture. Une étrangère. Encombrante, bien que gardant ses distances et respectant son silence, sa morosité et son profond malaise. Si elle pouvait se jeter par la fenêtre. Il désire tant être seul. Comme si la présence de sa femme empêchait l’autre d’être là, entravait ses pensées, les détournait de son idée fixe, gênait l’incarnation de cette vision, de cette attitude, de cette altitude, de cette silhouette, cette élégance, cette danse aspirante.
Arrivée à la maison. Le retour au quotidien, au familier, à la routine, n’arrange rien. Il reste absorbé dans un monde qu’il s’est construit, un monde où trône la dame en bleu par la force de son absence.
Sa femme ne sait quoi faire .Elle sent son éloignement, sa disparition, sa dilution. Cela lui broie le cœur. Elle aime cet homme. Son esprit. Sa manière d’être à la vie. Sa manière de la prendre sans la posséder, de la faire fantasmer, d’enchanter ses rêves. Sa manière d’enrober son intimité. Sa manière de jouer avec les mots, de tout renverser, de révéler l’absurdité des choses en quelques phrases.
Elle se dit que c’est passager. Elle ne veut pas renoncer. Un moment difficile à traverser, traverser, traverser. Elle s’accroche à ce mot en le répétant. Etre sur l’autre rive. Celle d’antan. La leur.
Dix jours après le voyage. Les valises ne sont pas défaites. Aucun des deux n’a le courage de le faire. L’ambiance est lourde. Les silences pesants. Les regards ne se croisent plus. Pénible quand on partage la même cuisine.
Un dimanche, elle se secoue .Décide de récupérer son énergie. Ne serait-ce que pour donner l’exemple. Elle entreprend de défaire les valises. Les choses se remettront en place…
Ranger, ranger, ça pourrait arranger. Ça lui occupe l’esprit.
Son mari la rejoint dans le dressing. Avait-il besoin d’une cravate, d’une chemise propre ? Tout d’un coup elle le voit transformé, métamorphosé. A-t-il vu le diable ? Les yeux sortant de leurs orbites. Les cheveux hérissés. Les mains tendues on ne sait vers quoi. La bouche grand ’ouverte. Une expression bizarre. Eveillée lucide ou hallucinée absente. Un mélange d’émotions, de sensations. Il fixe le manteau bleu qu’elle étale pour l’accrocher à son cintre. Sa tête, à lui, est traversée par un ouragan, un fleuve tumultueux. Les pensées se bousculent dans son esprit.
Il la regarde, la regarde. Lui pose quelques questions. Le manteau qu’elle est en train de déplier. Le ski. Il La scrute comme un être nouveau. Comme sortant de lui-même, comme naissant de ses propres entrailles.
La femme en bleu était donc sa femme. Sa propre épouse. Celle qui partage sa vie quotidienne. Toujours à sa portée, jusqu’à ne plus la voir, jusqu’à digérer son mystère. Toujours disponible, toujours accessible, mais jusqu’où ? se demande-t-il.
Une douleur le tenaille. Il ne sait s’il doit rire ou pleurer.
Naima Benabdelali


vendredi 1 mai 2020

Un rite de passage



  • Amis


    Les pieds dans l’eau. Les vagues présomptueuses, fantaisistes, insouciantes, viennent folâtrer avec sa peau ; puis se retirent laissant leur emprunte. Une voix incertaine, gravée en elle, par des rires brisés, lui rappelle que les pieds étaient quatre, dans un espace-temps tatoué dans son ombre intérieure.
    Elle laisse ses pieds s'enfoncer, encore et encore dans une noirceur chtonienne. le sable mouvant les absorbe tout en caresses sournoises,  et les fait glisser vers l'incertain de son corps , de son âme  . Impression agréable ? Elle ne sait . Comment apprécier ? Un abandon traitre s'insinue en elle . L'eau qui monte lui murmure des ondes entrecoupées , l'écho de ses entrailles encore chaudes . Ses yeux se referment avec langueur . Le laissé-allé engourdi se berce dans sa tête .

     Quand la fraicheur aquatique réveille son ventre, elle se secoue, essaie d'amadouer des frissons salvateurs .C'est dans le ventre que git tout palpitement, tout frémissement de la vie .
    __Non !!Non !! je ne suis pas une sirène . Je refuse d'être une sirène sacrificielle .
    __Wa !! Quel miracle ! Je retrouve la parole !! Et moi qui sentais qu'on m'avait coupé la langue .

    En s'essuyant le corps, elle se dit , de sa voix coutumière , retrouvée , vibrant de l'extérieur : 
    __Dorénavant , je me dois de considérer que les princes charmants ne sont plus de mise de nos jours . les voitures en taule froides remplacent le cheval blanc , l'unique cheval blanc des forêts et du désert , qui fait valser sa crinière de chaleur et de lumière , en retournant la tête vers ses cavaliers enlacés dans l'abandon .

    Son nouveau sourire lèche toute l'eau . Et elle replonge dans un délice flottant, bat des pieds , bat des bras , et c'est ainsi que la petite sirène devient-elle femme et apprend à apprivoiser les eaux tumultueuses des océans .


    Commentaires



    j'adore... 😉 @

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    • 10 ans


  • je ne souhaite à personne le destin de la petite sirène... même s'il rejoint un peu le conte de Naïma ;-)) @+

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    • 10 ans


  • bonsoir les amis,,,
    la petite sirène était sans voix,,sans voie,,et c'était terrible,,
    un conte écrit par un homme qui avait une vision 'sacrificielle' des femmes,,,

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    • 10 ans


  • gare aux chants envoutants des sirènes !...
    waw ! ce jeu est fou ! allez ! reprenons notre sérieux & laissons les lecteurs se focaliser sur la très belle prose de Naima... bises 🙂 @+

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    • 10 ans


  • pas Ulysse,,,Anderson ,,

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    • 10 ans


  • Ulysse, Anderson, la femme se retrouve fatalement un jour "les pieds dans l'eau", avec des "rires brisés" & la mer efface sur le sable les pas des amants désunis ../... ;-)) @