samedi 13 août 2011

rêve N°11

Rêve N°11

Le rêve de Cendrillon

Malgré tout, Cendrillon était au fond d’elle-même une fille espiègle et spirituelle ,et il lui arrivait de bien s’amuser en rêve !!!

Cendrillon est sur une colline. Debout regardant le paysage. Comment a-t-elle fait pour s’évader de ses multiples tâches ménagères ?. Une question tapie au fond de sa conscience  mais qu’elle n’évoque point, occupée à autre chose. La colline bouge sans s’ébranler. Elle aspire vers le ciel et se re-sculpte en spirale. Cendrillon est presque au sommet. Elle se met à grimper de plus belle, prévoyant une surprise à l’arrivée. La pente est douce et ses pieds agiles, chantant entre les cailloux qui les caressent et les chatouillent.

Arrivée à la crête, qu’est-ce qu’elle voit ? Une multitude de chaussures,,des centaines, que dis-je, des milliers, et encore plus. Tous plus beaux les uns que les autres. Des chaussures de princesses, peut-être, ou de fées ??? Des chaussures qui bougent comme pour miroiter et se faire admirer. Des hautes, des plates, des moins plates ou plus hautes,,des pointues ou plus pointues encore,,de toute forme et matière. Aucune chaussure ne ressemble à l’autre . Des modèles d’une variété vertigineuse. Elle loue au fond d’elle-même l’imagination fertile des créateurs.
Toutes les chaussures paraissent de la même taille : la pointure des pieds de Cendrillon. Elle se met à les essayer et leur beauté à son pied se révèle encore plus resplendissante. Elle s’amuse à mettre et enlever,,encore et encore,,,mais lorsqu’elle désire essayer les deux pieds en même temps, elle ne trouve pas la paire correspondante. En effet tous ces souliers magnifiques  sont du pied gauche, aucune n’est du pied droit.

Chaque chaussure doit représenter un prince, se dit-elle amusée. Et voilà, comme obéissant à ses pensées, une nuée de princes, beaux comme il se doit, costumés comme il se doit, s’avance vers elle, ou plutôt vers le tas de souliers à ses pieds, chacun tenant une seule chaussure à la main, tous se mettent en besogne de rechercher celle qui correspond à la sienne. Et les voilà tous agenouillés en train de fouiller dans cet amas reluisant.
Les princes fouillent, fouillent,,,encore et encore, inlassablement, méticuleusement, comme si leur vie en dépendait. Ils ont une éternité de recherche se dit-elle,,,peut-être c’est ici le Paradis des princes. A cette pensée, Cendrillon part d’un grand éclat de rire irrésistible. Un rire à faire trembler la fragilité de cette tour en spirale. Un rire qui fait voltiger les vents et brouiller les nuages entre eux. Cependant, les princes trop occupés par leur fouille ne remarquent pas ce bel éclat. Seraient-ils sourds, à ce point. Ne sentent-ils pas le sol qui s’ébranle sous leurs genoux d’hilarité contagieuse,,
Cela l’attriste un peu. A quoi servent tous ces princes que le rire d’une jeune fille et son écho cosmique laissent indifférent.
Elle se lève. Fait quelques pas en arrière pour mesurer la réaction des ces jeunes gens trop absorbés. Recule encore tout en les observant. Aucun ne tourne la tête, aucun ne la regarde,,aucun ne la retient. Tous, comme des automates, comparent chaussures  après chaussures, rapidement, frénétiquement , comme dans un concours,,avec une idée fixe : trouver l’autre.
Cendrillon jette un dernier regard à ces fouineurs, et un coup d’œil malicieux à ses deux pieds nus et se dit : mes pieds sont encore plus beaux  sans chaussures.
Elle rebrousse chemin, redescend la colline en colimaçon. A sa grandes surprise et à sa joie trépidante, elle aperçoit derrière elle, le tas de chaussures qui se met lui aussi en marche, l’une après l’autre, en tapant sur le sol une musique de souliers . La colline elle-même commence à se dandiner, heureuse des tous ces scintillements.
Et les princes ?
Ils traversent un petit instant  son esprit, puis s’évanouissent avec leur chaussure à la main, derrière l’interminable lignée de babouches joyeuses qu’ils tentent de poursuivre ,,,

Naima Benabdelali

Reve N°16

Rêve N° 16

Le rêve de la Belle au Bois Dormant

Elle avait dormi très longtemps. Le grand sommeil. Peut-être le plus grand de tout les temps réels et imaginaires. Paradoxalement, elle n’a pas fait beaucoup de rêves. Non, non ! Un seul rêve capta tout son grand sommeil et l’occupa pendant une éternité de temps.

Elle était assise dans le vaste jardin du palais paternel, à même la pelouse. Dans cet infini, tout lui semblait sans bornes, même son propre corps. Sa robe blanche formant comme une large fleur contrastant délicatement avec l’intensité de la verdure du gazon.
Elle ne regardait rien et respirait tout .Contente d’être, d’être là. Unique, singulière et ne faisant qu’un avec l’immensité ambiante. Et voilà qu’elle vit près d’elle quelque chose d’étincelant. Une petite chose, minuscule à se fondre dans l’herbe. Une aiguille. Une aiguille sans fil. Et qui bouge, s’achemine vers l’ailleurs. Elle n’était pas seule ; mais suivie par une autre, puis une autre…encore et encore. Des dizaines, des centaines, des milliers d’aiguilles en queue leu leu, debout sur le gazon, se dandinant. D’abord en ligne droite, puis en ronds parallèles, puis se mettent à exécuter des figures, des scènes, des performances magiques, en cadence , comme obéissant à une musique interne, inaudible. Le spectacle était fascinant, digne des plus grandioses comédies musicales.
Une danse pétillante, vive, alerte, légère, amusante, cocasse, en harmonie avec les reflets du soleil sur les corps agiles des petites aiguilles qui leur conféraient des jeux d’ombre et de lumière de l’ordre du vertige.
Danses lancinante, douces et languissantes à la fois. Pleines d’énergie et de mouvements. Se couchant sur l’herbe puis surgissant comme des jets d’eau confondant verticalité et horizontalité, courbes et lignes brisées.
Les scènes incarnaient les vents errant vers les cieux, les vagues grimpant en concours, les houles en réserve de lumière, des iles innocentes et endormies, des ouragans moqueurs, des volcans rieurs, des soleils en majesté, des lunes en nudité. Tout cela s’éparpillait, éclatait et se regroupait, en ordre- désordre aspirant à une fraternité avec les étoiles.
La Belle ne pouvait en détacher les yeux. Elle s’était même oubliée ; Il lui semblait devenir une aiguille elle aussi. Intégrée. Absorbée. Complètement bue. Avalée par ces tourbillons de scintillements aux cadences paradisiaques et infernales.
Hallucinée, illuminée, entrainée, elle tendit la main , prit une aiguille, la déposa dans le creux de sa paume et la contempla en disant : Quelle innocence de fourmi solitaire. L’aiguille sauta sur son doigt et le piqua.
Ce fut comme un signal à toutes les autres. Et chacune y alla de sa petite piqure. Une piqure des bouts des lèvres, comme un baiser furtif, comme une révérence. La révérence d’une épine.
Quelques gouttes de sang sur la blancheur immaculée de la robe.
La Belle resta ahurie. Comme pétrifiée. Ne cria pas, n’appela pas, et se laissa enchainée par cette immense orgie de petits viols.

Les aiguilles s’affairaient machinalement, comme obéissant à un ordre interne, puis tombèrent épuisées, l’une après l’autre, formant comme un tapis ivre aux pieds de la princesse. Sorte de cadavres scintillants, abattus, comme vidés de leurs substance, comme si elles avaient donné jusqu’à leur essence.
La Belle déchira alors un large pan de sa robe, l’étendit sur la pelouse et se mit en devoir de ramasser ces petits corps inertes, totalement soumis à sa volonté. Elle ramassa, ramassa, entassa, regroupa, déposa sur la soie tendue….et elle ramasse encore. Cela dura longtemps, longtemps. Un long rêve pour un long sommeil…à tel point qu’il lui semblait que plus elle en ramassait, plus il y en avait, plus elles surgissaient, d’ici, de là, de là-bas, d’ailleurs et de nulle part …
Et dire qu’on voulait justement la préserver des piqures d’aiguilles !!!

Naima Benabdelali

Reve N° 7

Rêve N° 7

Le rêve de Nabiha

Elle regardait la mer. Trop de scintillement. Elle ne distinguait ni vagues, ni houle, ni bateaux, ni rien. Aucune couleur, sauf cette éblouissante blancheur qui miroitait, miroitait, et lui cachait l’horizon.
Petit-à-petit, ses yeux commençaient à s’habituer, et voilà que l’horizon ondulait. Elle ne pouvait dire si cette ligne sinusoïdale venait du ciel, de l’océan ou d’autre chose : un animal marin, un poisson géant, un serpent de mer, un navire en plastique fluide, une lignée d’escargots-dragons,,,,Diffici​le à discerner. Cela éveillait en elle plus de curiosité que de peur.
Encore et toujours intriguée, elle scrutait la ligne lointaine de toute l’énergie de son regard, qu’elle voudrait perçant.. Et la voilà qui se mit à zoomer des yeux. Oui, comme un appareil photo..Zoomer, et zoomer jusqu’à se sentir à califourchon sur les ondulations proches-lointaines. Une jambe de chaque côté et l’horizon à ses pieds. Un horizon moitié ciel moitié eau. Elle n’en faisait plus qu’un avec tous ces éléments indistincts. Rien ne bougeait. Calme et blancheur.
Elle se dit à elle-même : c’est peut-être cela l’éternité,, et sourit,,,et sourit encore lorsque, entrouvrant les yeux, elle aperçut ses deux bras croisés sur son front.

Naima Benabdelali