jeudi 29 décembre 2011

le souhait


Le souhait
Sur la plage, après une bonne baignade, Said s’étale sur le sable, étend les bras et les jambes, dans une attitude d’abandon total, à soi et au monde.
Les yeux fermés, le corps serein, ses mains, négligemment, se jouent du sable, le soulève, le déploie, y farfouille…Et soudain, un objet métallique le heurte. Il se redresse précipitamment, en alerte. Il se met à creuser, à  creuser fébrilement autour de l’objet qui scintille.
__ Une jarre !! s’entend-il crier. Une jarre en cuivre bien scellée.
Notre candide l’ouvre immédiatement, sent, flaire, tâte, tapote, scrute des yeux, des oreilles, des doigts… Rien ! Rien de rien !
__ Le vide, dans le vide, se dit-il en jetant le récipient loin de de lui.
Après quelques minutes, comme par acquis de conscience ou un surcroit de  curiosité, il lui jette un nouveau regard, un regard hautain. Et voilà  ce regard qui devient plus grand, plus écarquillé, plus perçant, plus étonné, plus curieux, plus intéressé, plus scrutateur. Une vapeur s’échappe de la jarre, un brouillard blanchâtre qui s’épaissit, s’étend, grandit encore et encore.
__ c’est un Ifrit de Sidna Soulaymane , se dit-il en ricanant, un peu mal à l’aise et se forçant à garder son naturel.
Il ne croit pas si bien dire, un Ifrit surgit, un vrai Ifrit, en chair et en os, avec même des yeux qui lui tournent dans la tête, des bras bien musclés, et pas un poil ou un cheveu. Tout ce qu’il y a de classiquement Ifrit, authentique, dans les normes internationales, breveté.
Visiblement content de sa liberté retrouvée, il s’étire, s’étire glorieusement, victorieusement, comme seuls savent faire les Ifrit d’origine, faits de brume non polluée. Puis, il se met à se disperser, à prendre l’air,, tout l’air, tout l’espace , jusqu’au ciel, fièrement, ostensiblement, comme pour dire : maintenant, le monde m’appartient, en totalité, à moi tout seul, j’en suis le mâle dominant.
A la fin , il daigne jeter un œil à son libérateur involontaire, encore ahuri.
__  Tu m’as libéré après des milliers d’années d’emprisonnement et d’étouffement. Fais un souhait, et il sera exécuté sur le champ.
Said, n’en croit pas ses oreilles, et même ses yeux d’ailleurs. Quelle aubaine pense-t-il. Si seulement ça pouvait être vrai !!!
__ C’est vrai de vrai !! Je suis sérieux, et puis tu n’as qu’à essayer pour voir, dit le Ifrit qui semble lire dans ses pensées. Je t’accorde quelques minutes pour réfléchir, le temps que je m’accommode avec mon nouveau monde et de m’imbiber de cet air marin qui me manquait tant.
__ O toi ! Le plus sympa de tous les Ifrits de l’univers, connus et inconnus, je sais ce que je désire le plus au monde.
__ Tu n’as qu’à formuler ton vœu et tu le verras là , étalé, déroulé, déployé, étendu devant tes yeux, à portée de tes mains.
__Je voudrais m’imprégner de l’art de séduire les femmes.
__ Ah ! Ton vœu sera bel et bien réalisé, intégralement, totalement, pleinement, parfaitement sûrement, assurément, incontestablement, nécessairement, absolument. Je suis expert en la matière, ça va être facile, aisé, cool. Je vais te donner la seule clé qui existe pour ça, la plus efficace, la plus opérante, la plus agissante, la  plus active, la plus efficiente,,
__ Oui ! Oui ! Oui ! Laquelle, laquelle, dis-moi, dis-moi !!
__ L’intelligence !
__ L’intelligence ????? répond Said, incrédule,
__ Ne me regarde pas bêtement, sottement, stupidement, niaisement, naïvement !!
L’intelligence, ça englobe tout, et encore plus, beaucoup plus que tu ne crois.
Il lui donne quelques tapes sur la tête, le cœur, les membres,,,,
__ Va, mon petit bonhomme, tu seras le premier à t’étonner de tes propres performances, de tes exploits, de tes records, de tes prouesses, de tes succès,  de tes réussites, de tes triomphes, de tes victoires, de tes conquêtes….
__Comment fait-il pour garder un dictionnaire dans la bouche, après tant d’années de somnolence, se dit Said, content de lui-même,  fourrant les mains dans les poches, sifflotant, regardant les petits nuages, confiant, sûr qu’il lui suffirait d’ores et déjà de claquer des doigts pour faire le séducteur,,

Naima Benabdelali

les cheveux de l'amour

la peinture est d' Antoinette Deley


Les cheveux de l’amour

Lorsqu’elle a vu ses cheveux s’allonger outre mesure, elle fut un peu étonnée. Peut-être cela a-t-il une relation avec la saison, se dit-elle. La saison des fleurs, de la montée des sèves. Peu-être un effet de l’âge, de la jeunesse, le temps des roses, des éclosions.
 Au début, elle n’essayait même pas de comprendre, c’est  après qu’elle devenait de plus en plus curieuse, de plus en plus perplexe, et commençait à se surveillait  plus attentivement.
 Entre temps sa chevelure ne cessait de rallonger visiblement.
 Elle s’observait alors soigneusement, minutieusement : son comportement, son humeur, ses émotions, ses relations, sa nourriture, son sommeil. Elle passait tout à la loupe. Il devait absolument y avoir une raison, une explication à ces poussées soudaines de cheveux.
  Tout cela ne l’alarmait pas , ne lui déplaisait pas plus que ça, mais l’intriguait plutôt, et puis à ce rythme où irait- elle ?
__ On peut toujours en couper , se dit-elle. Rien n’est bien grave.
 Après des observations de plus en plus approfondies, elle finit par comprendre qu’il y avait un lien étroit  entre ses élans de cœur et ses élans de cheveux, comme si ça fleurissait en elle,, comme si elle prospérait de l’intérieur, et ses cheveux extériorisaient cet épanouissement. Et chaque nouvel amoureux offrait son surcroit d’abondance chevelue.
  Elle comprit la relation de cause à effet qui se manifestait depuis longtemps chez elle, mais à petites doses . C’est que ses amours, elles aussi, étaient petites. C’est avec Ahmed que le phénomène prit une ampleur sans précédent.
__ C’est peut-être le grand amour, se dit-elle en dissimulant un sourire.
 Ahmed, elle l’aimait bien, mais pas plus. Elle le craignait et avait peur de trop s’engager. C’était un homme à femmes qui glanait partout. Elle refusait d’être une étape  parmi tant d’autres.
 Seulement, ses cheveux la trahissaient.
 Un beau matin, après une flagrante infidélité enrobée de mensonges de la part d’Ahmed, elle se leva de pieds fermes et se dirigea précipitamment chez le coiffeur et se fit couper les cheveux très court, très très courts. Ahmed sortit alors définitivement de sa vie, et pour toujours.
 Ahmed ne revint plus. Il détestait les cheveux très courts, et ne pouvait attendre une nouvelle poussée, attendre un peu. Il ne savait pas qu’il lui suffirait d’un peu d’amour sincère.

Naima Benabdelali

dimanche 25 décembre 2011

le rêve de Blanche Neige



Blanche –Neige était assise sur le rebord de la fenêtre et balançait ses jambes, balançait, balançait, toujours plus haut, plus haut ; et puis se retrouva la tête en bas. Pas à l’intérieur de sa chambre, non, à l’extérieur, sur un tapis de neige qui s’étendait, s’étendait à n’en plus finir. Sur cette douceur épaisse et immaculée, elle aperçut une tache rouge. Une tache solitaire et bien visible. Intriguée, Blanche-Neige n’en détourna pas les yeux. La tache bougeait et même avançait vers elle, avec difficulté, cahin, cahin. C’était un homme qui marchait péniblement. Un vieillard qui portait une hotte sur le dos. Blanche-neige découvrit avec stupéfaction que c’était le Père Noël. Elle se sourit et se dirigea vers lui visiblement heureuse de cette rencontre fortuite.
__ Bonjour Papa Noël!!!!!!!!!!!!!!!
Le vieil homme vénérable ne dit rien. Il s’installa sur la neige, ôta sa corbeille, l’ouvrit et prit sept petits nains et les lui offrit comme cadeau de Noël.
__ Merci, Papa Noël, merci beaucoup. Comme ils sont rigolos. Ils portent des capuchons verts et de gros sabots pleins de boue. Ils ont de gros nez écarlates.
__ Tu peux les faire marcher, tourner, danser en tapotant sur les boutons qu’ils ont sur le dos.
__ Oh ! oh ! oh !,,,,, Oui, oui, oui !!!
__ Ho, Papa Noël, ils sont bien mignons, ces petits nains, mais j’ai dépassé l’âge de jouer avec.
Le spécialiste des offrandes fouille et farfouille dans sa hotte puis en sortit un petit prince bien beau sur son cheval et le présenta à la jeune fille.
__ Celui-là, tu vas l’aimer.
__ Oh ! Qu’il est charmant ! Waa ! Mais je n’aime pas tellement cet air suffisant ; puis quelle arrogance hautaine . Non ; non. Trop prétentieux pour moi. Il va exiger humilité et obéissance. Le père-Noël, refouille et trifouille dans son trésor et en délogeât un miroir.
__ Voilà ce qu’aiment les jeunes filles. Ce miroir est magique. Tu appuies sur ce bouton et tu te verras comme la plus belle fille du monde.
__ Ho, cher Papa-Noël, il est magnifique. Je le garde celui-là.
Elle s’y mira, se re-mira,s'admira , s’y contempla, encore et encore, et s’y oublia.
La voix du messager charitable lui parvint de loin.
__ Puisque tu aimes les miroirs, je vais t’en montrer un autre, mais celui-là va te faire voir ce qu’il y a à l’intérieur et non à l’extérieur.
__ Ho, Splendide ! Un iPad Apple !Je le veux, je le veux aussi !
__ Non, non ma petite, tu n’as droit qu’à un seul cadeau. Tu dois choisir entre les deux miroirs : le savoir ou la beauté.
__ Mais, papa-noël, tu me rejoues-là le coup d’Adam et Eve. Un choix cornélien. Moi je les désire tous les deux.
__ Puisque tu me parles d’Adam, je vais te donner une pomme.
__ Oh ! Une pomme entamée. Vieux loup des neiges, serais-tu la vieille sorcière qui essaie de m’empoisonner ????
__ Mais moi, je ne te présente pas une seule pomme entamée, mais trois.
__ Dans ce cas, je prends l’iPad. Il me sortira de mes rêves d’antan. J’irai visiter le monde, sans même quitter ma forêt douillette et mes sept serviteurs.
__ Tu as beau dire, jeune fille, tu gardes quand-même des goûts de princesse. Cela pourrait te jouer des tours, prends garde !
__ Merci, gardien de mes rêves !!!
Naima Benabdelali
Tiré du recueil : "Petits rêves pour les grands"

mercredi 21 décembre 2011

le mensonge



Le mensonge

__ Maman, qu’est-ce qu’un mensonge ?
__ C’est quand tu verses le pot de confiture sur la nappe et tu dis que c’est Nada qui l’a fait.
__ Et quand c’est un pot de Yaourt, c’est aussi un mensonge ?
__ Oui !!
__ Et quand c’est Nada qui le renverse ?
__ Dans ce cas non.
__ Nada, elle, elle a le droit de faire des bêtises, et moi pas ?
__ Je n’ai pas dit ça. Tu as mal compris.
__ Alors c’est quoi ?
__ Un mensonge, c’est quand tu dis une chose et tu fais le contraire.
__ Par exemple : quand je dis : je monte les escaliers alors que je suis en train de descendre.
__ Voilà, tu as tout compris.
__ Ce n’est pas grave alors. Pourquoi le mensonge est-il un mal ? Je peux monter ou descendre les escaliers  sans problème.
__ Le problème, c’est quand cela cache quelque chose derrière.
__ Qu’est-ce que cela cache ?
__ Ça cache qu’on voudrait tromper. Cela a un but. On ne ment pas comme ça.
__ Même pas pour s’amuser ?
__Si, si, on peut mentir pour se divertir.
__ le mensonge est alors un jeu, comme jouer à cache-cache ?
__ Sauf que cela ne prête pas à conséquence.
__ Pourquoi,
__ Parce qu’on n’essaie pas de détourner le cours des choses en sa faveur.
__ Si, si, car on veut gagner, et pour ça on détourne. On triche.
__ Oui, c’est vrai.
__Quand je porte un masque, c’est un mensonge ? Cela cache aussi.
__ C’est vrai, je n’y avais pas pensé.
__ Maman, les contes, c’est aussi des mensonges ?
__ C’est des inventions plaisantes.
__ Oh, c’est plein de mensonges. Il y a des animaux qui parlent, des fées qui arrivent à tout transformer, des sirènes qui dansent dans les palais, les bottes des sept lieues,,,plein, plein,,,
__ Oui, mais c’est juste pour se distraire.
__ On peut inventer, dire n’importe quoi pour s’amuser, et ce n’est pas un mensonge. On tourne en rond ou quoi ?
__ Tu sais, pour briser ce cercle vicieux où on s’est embarqué, je dirais qu’il y a plusieurs catégories de mensonges : les petits, les gros, les énormes, les divertissants, les rusés, les pertinents,,,,
__ Tu sais maman, je vais te dire ce qu’est un mensonge.
__ Vas-y, dis-moi.
__  Quand ce n’est pas pour de vrai.
__ Mais oui !! Seulement moi , je cherchais à tout prix à éviter le mot »vrai », de peur de m’engager avec toi dans un labyrinthe encore plus tortueux. Je craignais que tu me lances dans un interrogatoire sur la »vérité », et je ne saurais quoi répondre.
__ Pourquoi ?
__ Je ne sais ce que c’est.
__ Moi, je sais comment tu vas répondre, maman.
__Ah oui ! Comment ?
__ Tu vas me dire : Il y a plusieurs catégories de vérités, les petites, les grandes, les minuscules, les énormes….
__ Non, non, non. Ce n’est pas pareil.
__ Pourquoi ?
__ Je te dirais plutôt : il y a des vérités claires, sombres, brouillées, lumineuses, éclatantes, floues, dissimulées, des demies, des trois quarts, des entières…
__ C’est comme la lune alors !
__ Peut-être, sauf que la lune a une fausse clarté. Elle ne reflète que celle du soleil.
__ Le soleil est alors plus vrai que la lune.
__ Je serais tentée de penser cela ?
__ Et pourquoi il se cache la nuit alors ? Qu’est-ce qu’il veut dissimuler ?
__ Il veut se reposer des questions qui n’arrêtent pas.
__ Il ne connait pas toutes les réponses, lui non plus ?
__ C’est ça..
__ Pourquoi ?
Naima, Benabdelali

samedi 17 décembre 2011

Le temps

Le temps

__ Maman, maman, combien ça fait une semaine ?
__ Ça fait 7 jours.
__ Non, pas en jours, mais en temps ?
__ disons 7fois 24 = 168 heures.
__ Non, pas en heures, mais en temps ?
__ Quand tu étais plus petit, tu mesurais le temps en sommeils et réveils : on dort, on se réveille, puis on dort et on se réveille ,,,,,et l’événement arrive.
__ Et il arrivait ?
__ Le plus souvent, oui.
__Et les événements qui n’arrivaient pas ?
__ Ils restaient accrochés au temps, se perdaient dans le sommeil, dans les rêves,,,
__ Maman !!! Arrête de dire des bêtises !!!
__ Ce ne sont pas des bêtises. C’est juste pour te dire que le temps, on le ressent dans son corps..qui dort puis se réveille..fait des rêves. C’est des événements qui se réalisent ou pas. ..
__ C’est quand-même des bêtises.
__ Pourquoi ?
__ On tourne en rond.
__ Oui, on tourne en rond. Avec le temps, on ne peut que tourner en rond.
__ Moi, je ne tourne pas. Je reste sur place. Comme ça, je n’ai pas le vertige.
__ Oh que si !! Avec le temps on ne reste jamais sur place. Même dans le sommeil.
__ Le sommeil n’a pas de place.
__ Mais il a du temps.
__ C’est un temps qui s’efface, un temps fuyant. Il s’en va dès qu’on ouvre les yeux.
__ C’est toi qui me fais tourner en rond maintenant.
__ Dans le sommeil ?
__ ,,,et dans le temps. En plus tu as raison ; car le temps, c’est un cercle. Un cercle qui s’étale, s’étale, comme lorsqu’on jette un caillou dans un lac.
__ Le lac du temps.
__ Les anciens disent : le fleuve du temps.
__ Et ça fait combien de semaines, ça, un fleuve ?
__ On dort, on se réveille, on dort, on se réveille…Et on est tout mouillé…dans le bain,,Et sans même le savoir…
__ Maman !! Maman !! Arrête !!!
__ Arrête !!! Arrête, toi !!! Arrête de rire comme ça !!!!!
En fait, tu as raison, mon garçon, le temps, ça doit d’abord nous faire rigoler,,,
Naima Benabdelali

les pilules

Les pilules

__ Maman, qu’est-ce que c’est toutes ces petites pilules.
__ Des médicaments, des fortifiants.
__ A quoi ça sert ?
__ Chaque pilule a une fonction. Par exemple : la rouge, elle me sert à ouvrir les yeux le matin. Si j’oublie de la prendre, je ne peux écarter les paupières. Je dois m’aider de mes doigts.
__ Et la pilule verte ?
__ Celle-là, c’est pour pouvoir refermer les yeux le soir.
__Et la blanche ?
__ Les blanches, il y en a de plusieurs sortes. Par exemple : la grande, c’est contre le soleil. La moyenne, c’est contre le brouillard. La plus plate, c’est contre le vent,,etc.
___ Comment ça ?
__ C’est simple, quand je ne supporte pas le soleil, j’avale une pilule. Quand le vent perturbe mes cheveux, je prends une pilule, puis une autre contre la pluie ou quand je vais au bord de la mer,,
__ Et la marron.
__ Celle-là est vraiment magique. Elle me donne six mains. Je la prends quand je fais le ménage et la cuisine. Chaque paire de mains exécute une tache, et j’arrive à tout terminer en fin de journée.
__ Et la toute petite, la minuscule ?
__ Celle-là, elle me permet de démultiplier ma journée, en deux, trois, quatre journées : une pour le bureau, une pour la maison, une pour les enfants,,,,,Des fois j’en rajoute d’autres, soit pour les grandes courses, soit pour le grand ménage.
__Comment ça, tu rajoutes ?
__ Oui, plus je désire de journées supplémentaires, plus j’avale de pilules.
__ Arrête, arrête, tu me fais marcher là !
__ Pour marcher, j’ai une autre pilule, et pour conduire la voiture dans des embouteillages, aussi. Tu vois, c’est des pilules magiques, comme des petites fées.
___ Là, je ne marche plus !!!
__ Oui, gros bêta, je te taquine.
Ce ne sont que des boutons que je viens d’acheter pour te confectionner un petit tableau en relief, que tu accrocheras au-dessus de ta commode, là où il y a un clou qui attend tout seul.
__ Mais maman, je ne vois pas de pilule bleue. Il n’y aura pas de ciel dans mon tableau ?
__ Si, si, mais seul le septième ciel sera bleu …
Naima Benabdelali

les devinettes

__ Maman, maman, on joue aux devinettes
__ Ok. Qui commence, toi ou moi ?
__ Moi, moi. Et je vais gagner cette fois.
__ Alors , vas-y .
__Qui est-ce qui passe le plus de temps devant son miroir.
__ La marâtre de Blanche-neige.
__ Oh ! Maman, tu triches. Tu l’as connaissais, donc ça ne compte pas.
__ Tu as raison mon garçon. Non seulement je la connaissais avant, mais en plus je viens de l’inventer.
__ Maman !!
__ Quoi ?
__ On joue sérieusement.
__ je suis très sérieuse,,,en tout cas autant que je le peux.
Va pour une deuxième devinette.
__ Et tu ne triches pas.
__ Promis !!!!
__ Qui est-ce qui ne voit du chat que les yeux ?
__ Alice au pays des merveilles.
__ Tu la connaissais, celle-là aussi !!!!!!!!!!!!!!!
__ Non, je connaissais seulement Alice ,,,,,,et le chat.
__ Maman !!
__ C’est mon tour maintenant, mais comme j’aime quand tu cries comme ça « Maman ! » sur ce ton de reproches-câlins, je te laisse un nouveau tour. Vas-y.
__ Voilà : comment on fait pour danser sur la lune ?
__ On attend le 14ème jour du mois lunaire. On s’habille comme pour une fête. On sort dans son jardin. On ouvre les bras comme pour enlacer quelqu’un. On lève les yeux vers la lune qu’on regarde avec tendresse, on se met à tourner avec un rythme dans sa tête, et on tombe car on a le vertige.
__ Maman ! Arrête de te moquer de moi.
__ Je ne me moque pas de toi, j’essaie de trouver une réponse.
__ Ce n’est pas la bonne réponse.
__ Alors, je donne ma langue au chat. Je donne même mon âne.
__ Maman ! Que vient faire l’âne ici ?
__ C’est juste une expression marocaine pour dire : je ne connais pas la réponse, j’ai perdu.
__ Je ne la savais pas. C’est une expression un peu stupide.
__ Pas plus stupide que « j’ai donné ma langue au chat ». Dans le temps, l’âne était très précieux, on ne le donnait pas facilement.
__Donc tu ne sais pas ?
__ Attends que j’essaie une autre réponse. Cette fois-ci, je vais réfléchir.
__ J’attends, j’attends. Je parie que tu ne vas pas trouver. Quand tu ne trouves pas du premier coup, tu me sors une énormité de tes inventions.
__ Non ! Je n’invente jamais rien, moi.
__ Que si ! Je ne sais comment tu fais, mais tu es capable de relier une fourmi à la lune et de faire danser la lune sur la fourmi.
__ D’abord, ce n’était pas une fourmi, mais un éléphant. Tu vois que tu déformes mes inventions. Moi je n’oserais jamais faire danser même pas une petite étoile sur une fourmi.
__ Et tu n’as toujours pas répondu.
__ On peut danser sur la lune dans sa tête ? En fermant les yeux, ça peut aller ?
__ Non, non,,
__ Dans un rêve ? C’est joli ça ?
__ Non, non,,
__ On fait des montages ? Des superpositions de photos ?
__ Non, non, non,,
__ cache-moi ce sourire triomphant. Il me perturbe dans ma réflexion,,.
__ Tu sais maman, la réponse : tu fais comme Armstrong.
__ Waw, c’est si simple. Comme je suis bête.
__ Non !
__j’ai l’esprit dans la lune, pas sur terre.
__ Je vais te dire quelque chose : tu connaissais la réponse, et tu voulais me faire gagner.
__ Non !
__ Je connais tes gros « non », qui veulent dire « Oui »,des « oui » bien cachés,,,En plus tu voulais me faire gagner parce que tu n’as préparé aucune devinette.
__Les devinettes, je n’ai pas besoin de les préparer. Elles me tombent du ciel.
__ En pluie ou en neige,
__ En vapeur, et je les inspire,,je les inhale
__ Comment ça,
__ Et oui, toutes chaudes.
__ Mais la vapeur, elle monte et ne descend pas.
__ La mienne, si !
__ Maman !!
__Quoi encore ?
__ Arrête !!
__ Tu ne veux pas écouter ma devinette ? Tu as peur de perdre ?
__ C’est que je ne sais ce que tu vas me sortir de ton chapeau-vapeur.
__Moi aussi, j’aime quand c’est toi qui poses les devinettes. Moi, je ne suis pas très douée.
__ Parce que la vapeur, ça ne descend pas !!
__ C’est vrai, l’inspiration, ça monte.. …et de l’intérieur, des profondeurs.
Naima Benabdelali.

vendredi 18 novembre 2011

Pourquoi? VII



Pourquoi ? VII

__Pourquoi, maman ?
__ Arrête tes pourquoi, les enfants ne doivent pas tout savoir !
__ Et les grands ?
__ Les grands non plus !
__ Pourquoi ?
__ Car les choses ont leurs secrets.
__ et l’arbre, aussi ?
__ Oui !
__ Et le gazon aussi a son secret ?
__ Oui !
__ Et le ciel ?
__ oui, le ciel a un grand secret…et les oiseaux, et les fleurs, et le chat, et la terre, et la mer, et la rivière,,,et tout et tout !!!!!
__ et toi maman , tu as un secret, toi aussi ?
__ Oui.
__ Tu l’as caché ?
__ Je ne l’ai pas caché. Il s’est caché tout seul.
__ Où ?
__ je ne sais pas.
__Tu peux aller le voir, ton secret ?
__ Non, je ne sais pas où il est. Peut-être qu’il est enfoui, qu’il flotte dans les airs, qu’il se promène, qu’il voyage,,
__ À quoi il sert alors ?
__ A faire de moi quelqu’un de différent, d’unique
__ Moi aussi maman , je veux avoir un secret, ça s’achète au supermarché ?
__ Oh non !!!!!!! Pas encore du moins
__et comment je peux obtenir un secret, moi aussi ?
__ Mais toi aussi tu as ton secret mon garçon. Tu ne le connais pas , c’est tout. Personne ne connait son secret.
__le monde est rempli de secret alors, hi, hi hi !!!
__ Ça te fait rire, et c’est tant mieux.
__Et on ne peut pas les attraper,,hi,hi,hi !!
__Tu trouves que c’est rigolo, un secret ?
__ Oui, maman, ça ne ressemble à rien, ça existe et on ne peut les connaitre, ça existe et ça n’existe pas, hi !hi !,,C’est bizarre.
__oui, c’est étrange.
__ C’est comme les fées ?
__ Ils doivent habiter dans le même monde.
__Les secrets aussi ont des baguettes magiques ?
__ Ça c’est certain !
__pourquoi ?
__ pour nous guider,,à notre insu,,
__Qu’est-ce qu’ils nous donnent, tous ces secrets ? Du miel comme les abeilles ?
__ Oui, peut-être du miel, mais c’est un miel, imperceptible, caché,,
___Tout est caché alors, et comment savoir ?
__ par l’espoir, les motivations, l’espérance, le désir de vivre et d’avancer, le plaisir d’aimer,, de t’aimer et de bavarder  avec toi….
__ Pourquoi ?
__ parce que, finalement, c’est simple un secret, c’est juste un pas devant un autre,,
__ Pourquoi ?

Naima Benabdelali

Pourquoi? VII Pourquoi ? VII __Pourquoi, maman ? __ Arrête tes pourquoi, les enfants ne doivent pas tout savoir ! __ Et les grands ? __ Les grands non plus ! __ Pourquoi ? __ Car les choses ont leurs secrets. __ et l’arbre, aussi ? __ Oui ! __ Et le gazon aussi a son secret ? __ Oui ! __ Et le ciel ? __ oui, le ciel a un grand secret…et les oiseaux, et les fleurs, et le chat, et la terre, et la mer, et la rivière,,,et tout et tout !!!!! __ et toi maman , tu as un secret, toi aussi ? __ Oui. __ Tu l’as caché ? __ Je ne l’ai pas caché. Il s’est caché tout seul. __ Où ? __ je ne sais pas. __Tu peux aller le voir, ton secret ? __ Non, je ne sais pas où il est. Peut-être qu’il est enfoui, qu’il flotte dans les airs, qu’il se promène, qu’il voyage,, __ À quoi il sert alors ? __ A faire de moi quelqu’un de différent, d’unique __ Moi aussi maman , je veux avoir un secret, ça s’achète au supermarché ? __ Oh non !!!!!!! Pas encore du moins __et comment je peux obtenir un secret, moi aussi ? __ Mais toi aussi tu as ton secret mon garçon. Tu ne le connais pas , c’est tout. Personne ne connait son secret. __le monde est rempli de secret alors, hi, hi hi !!! __ Ça te fait rire, et c’est tant mieux. __et on ne peut pas les attraper,,hi,hi,hi !! __Tu trouves que c’est rigolo, un secret ? __ Oui, maman, ça ne ressemble à rien, ça existe et on ne peut les connaitre, ça existe et ça n’existe pas, hi !hi !,,C’est bizarre. __oui, c’est étrange. __ C’est comme les fées ? __ Ils doivent habiter dans le même monde. __Les secrets aussi ont des baguettes magiques ? __ Ça c’est certain ! __pourquoi ? __ pour nous guider,,à notre insu,, __Qu’est-ce qu’ils nous donnent, tous ces secrets ? Du miel comme les abeilles ? __ Oui, peut-être du miel, mais c’est un miel, imperceptible, caché,, ___Tout est caché alors, et comment savoir


lundi 10 octobre 2011

Parodie du Lac de Lamartine

Le Lac de Lamartine parut en 1820. Les automobiles Delage et les torpédos datent des années 1920, époque où ont dû être composées ces 13 strophes de Elle vire parodiant les 16 strophes du poète. Le pasticheur inconnu mérite des applaudissements et de laisser une trace sur notre site littéraire !
« Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux virages,
Roulant au moins à cent pour ne pas déraper,
Si j’ai douté de toi, pardonne, ô ma Delage,
Bien souvent, j’ai freiné.
Ô belle torpédo ! je t’aime et je t’admire,
Quand je vois le décor soudain se rapprocher,
Je te serre en mes bras et je murmure : « Elle vire .»
Me voilà rassuré.
[...]
Tout à coup des sursauts qui viennent de la terre
Transmirent au volant de surprenants cahots,
Et l’âme qui s’exhale d’un des pneus arrière
Laissa tomber ces mots :
Auto ! suspends ton vol ; et vous, forces motrices !
Suspendez votre cours ;
Laissez-moi respirer pendant que l’on dévisse
Une roue de secours.
[...]
Que l’agent qui rugit, le piéton qui soupire,
Que les contraventions et les chiens écrasés,
Que les noirs tourbillons de fumée qu’on respire,
Tout dise : « Ils ont gazé. » »
Parodie du Lac de Lamartine.

jeudi 6 octobre 2011

L'homme au banc

l'homme au banc

Parfois je l'appelle l'homme aux pigeons,ou l'homme au parapluie.Il vient d'on ne sait où;il marche droit,sans arrogance,sans solennité qu'affichent certains mâles triomphants et sûrs d'eux,,mais sans humilité non plus.Il donne l'impression d'utiliser son parapluie comme une canne,,Il se dirige directement vers son banc,toujours le même. Il sort de sa poche droite un sachet en papier cartonné;l'ouvre de la main gauche et jette des grains aux pigeons,,,,une fois le sachet vide,il le remet dans sa poche droite et reprend le chemin du retour,,,On ne fait pas attention à lui.les gens passent ,,,passent,,et lui aussi.

Pourtant à plusieurs reprises ,quelqu' enfant vient lui montrer sa toupie tourbillonnant au creux de sa paume,,un exploit qu'il voudrait partager,,une fierté qu'il voudrait communiquer. l'homme n'y jette même pas un regard,,pas le moindre petit sourire encourageant.L'enfant s'étonne et  se dit certainement, au fond de lui-même : bizarre,,,bizarre,,,
Dans ce quartier dans chaque homme sommeille une toupie,,difficile d'oublier les vibrations chatouillant la main,les petites torsions pour garder l'équilibre,la sensation de placer tout son corps dans ce jouet qui sautille,,,les autres hommes réagissent. Ils suivent la toupie des yeux;parfois se lèvent de leurs bancs comme pour saluer le beau tourbillon,,une complicité s'installent,,,
l'homme au banc,lui,ne réagit pas.Certains enfants désespèrent,d'autres deviennent plus entreprenants,et même provocants,,mais sans résultats.Les enfants se dispersent
avec des regards interrogateurs.

quelques autres sont intrigués.Vous allez me dire qu'il s'agit des pigeons,et vous aurez raison.Ils mangent goulûment;ils roucoulent,,,mais ils doivent sentir quelque chose,,,Peut-être ses gestes saccadés les dérangent,,,peut-être leur amplitude,,L'homme jette,jette,,poignée après poignée ,,sans sourire,sans triomphe,sans satisfaction,,sans ces arrêts contemplatifs,,Les pigeons sentent nos ondes ,et les répercutent,,,mais pas avec lui.Cela ne les empêche pas de venir dévorer ces grains,jour après jour.

Puis il y a le marchant de journaux.Lui aussi est étonné par son comportement.Un homme comme lui,avec un parapluie,des habitudes si régulières,n'achètent jamais le moindre journal,pas même un livret de mots fléchés ou de blagues !!! ne jette même pas un regard pressé sur les titres ou les photos !!! Le marchant ne connaît pas cette espèce-là !!!
En fait la plus intriguée de tous ,c'est moi.Je décide de connaître le fin mot de l'histoire,,ne serait-ce que pour donner une chute à mon texte,,,,j'entreprends de le suivre,discrètement d'abord ,,puis plus hardiment,,
J'emprunte son chemin.Première surprise :la grande régularité de sa démarche,,même cadence,,je suis obligée de me surveiller pour ne pas éveiller ses soupçons,,,je ne sais pas où il va,,où il me mène,,,,trop curieuse(comme disait grand'mère) ,,je continue mon jeu,,l'après-midi est printanier ,,Je regarde le parapluie qui tape sur le trottoir avec une régularité d'horlogerie,,Il lui sert certainement de troisième jambe,,l'ouvrirait-il en cas de pluie torrentielle?? certainement pas !! ,,,mon imagination vagabonde,,et je marche un oeil sur mon guide ,même si parfois je perds le rythme,,,,
Soudain ,tout s'arrête.Une voiture noire s'ouvre.Une femme en sort et aide le monsieur à monter,,,,,Je n'ai plus qu'à rebrousser chemin,,essayant d'avaler une petite déception,,demain,je recommencerais,,,
Pas seulement le lendemain,mais aussi le surlendemain,,,sans raison ,mais aussi sans résultat,,
Je décide d'utiliser les grands moyens.Je jette mon pantalon aux orties et je mets une jupe et des talons effilés,,,Au lieu de suivre le bonhomme,je le précède,,le grand jeu de la séduction,,provocation sur provocation,,,,
Tout le long du chemin ,rien n'y fait !!!! Désespérant,,irrécupérable,,peine perdue !!
Peut-être pas pour tout le monde.Arrivée à la voiture noire,,la portière s'ouvre toute grande.cette fois c'est homme qui en sort et non la femme habituelle.Il jette un regard sur mes jambes,pas discret,pas furtif,,,A l'intérieur de la voiture trônent des écrans,des lumières,des clignotants,des boutons.Matériel de téléguidage,,,
Décontenancée,je heurte le parapluie derrière moi et pour ne pas tomber je m'agrippe à son propriétaire,,C'est un robot !!!!! Les robots sont parmi nous,,en train de se balader dans nos rues,,,,
Je me dépêche de rentrer chez moi .Un pantalon,des chaussures plates et je me blottis devant ma petite machine,,j'appuie sur mes boutons,,je me connecte,,je me laisse téléguider en murmurant dans mon écran d'un air triomphant :'le monde nous appartient désormais',,,,

,,oui mais pas tant qu'un homme délaisse encore son clavier pour admirer les jambes d'une femme,,,
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Naima Benabdelali

lundi 3 octobre 2011

L'homme au banc

l'homme au banc

Parfois je l'appelle l'homme aux pigeons,ou l'homme au parapluie.Il vient d'on ne sait où;il marche droit,sans arrogance,sans solennité qu'affichent certains mâles triomphants et sûrs d'eux,,mais sans humilité non plus.Il donne l'impression d'utiliser son parapluie comme une canne,,Il se dirige directement vers son banc,toujours le même. Il sort de sa poche droite un sachet en papier cartonné;l'ouvre de la main gauche et jette des grains aux pigeons,,,,une fois le sachet vide,il le remet dans sa poche droite et reprend le chemin du retour,,,On ne fait pas attention à lui.les gens passent ,,,passent,,et lui aussi.

Pourtant à plusieurs reprises ,quelqu' enfant vient lui montrer sa toupie tourbillonnant au creux de sa paume,,un exploit qu'il voudrait partager,,une fierté qu'il voudrait communiquer. l'homme n'y jette même pas un regard,,pas le moindre petit sourire encourageant.L'enfant s'étonne et  se dit certainement, au fond de lui-même : bizarre,,,bizarre,,,
Dans ce quartier dans chaque homme sommeille une toupie,,difficile d'oublier les vibrations chatouillant la main,les petites torsions pour garder l'équilibre,la sensation de placer tout son corps dans ce jouet qui sautille,,,les autres hommes réagissent. Ils suivent la toupie des yeux;parfois se lèvent de leurs bancs comme pour saluer le beau tourbillon,,une complicité s'installent,,,
l'homme au banc,lui,ne réagit pas.Certains enfants désespèrent,d'autres deviennent plus entreprenants,et même provocants,,mais sans résultats.Les enfants se dispersent
avec des regards interrogateurs.

quelques autres sont intrigués.Vous allez me dire qu'il s'agit des pigeons,et vous aurez raison.Ils mangent goulûment;ils roucoulent,,,mais ils doivent sentir quelque chose,,,Peut-être ses gestes saccadés les dérangent,,,peut-être leur amplitude,,L'homme jette,jette,,poignée après poignée ,,sans sourire,sans triomphe,sans satisfaction,,sans ces arrêts contemplatifs,,Les pigeons sentent nos ondes ,et les répercutent,,,mais pas avec lui.Cela ne les empêche pas de venir dévorer ces grains,jour après jour.
Puis il y a le marchant de journaux.Lui aussi est étonné par son comportement.Un homme comme lui,avec un parapluie,des habitudes si régulières,n'achètent jamais le moindre journal,pas même un livret de mots fléchés ou de blagues !!! ne jette même pas un regard pressé sur les titres ou les photos !!! Le marchant ne connaît pas cette espèce-là !!!
En fait la plus intriguée de tous ,c'est moi.Je décide de connaître le fin mot de l'histoire,,ne serait-ce que pour donner une chute à mon texte,,,,j'entreprends de le suivre,discrètement d'abord ,,puis plus hardiment,,
J'emprunte son chemin.Première surprise :la grande régularité de sa démarche,,même cadence,,je suis obligée de me surveiller pour ne pas éveiller ses soupçons,,,je ne sais pas où il va,,où il me mène,,,,trop curieuse(comme disait grand'mère) ,,je continue mon jeu,,l'après-midi est printanier ,,Je regarde le parapluie qui tape sur le trottoir avec une régularité d'horlogerie,,Il lui sert certainement de troisième jambe,,l'ouvrirait-il en cas de pluie torrentielle?? certainement pas !! ,,,mon imagination vagabonde,,et je marche un oeil sur mon guide ,même si parfois je perds le rythme,,,,
Soudain ,tout s'arrête.Une voiture noire s'ouvre.Une femme en sort et aide le monsieur à monter,,,,,Je n'ai plus qu'à rebrousser chemin,,essayant d'avaler une petite déception,,demain,je recommencerais,,,
Pas seulement le lendemain,mais aussi le surlendemain,,,sans raison ,mais aussi sans résultat,,
Je décide d'utiliser les grands moyens.Je jette mon pantalon aux orties et je mets une jupe et des talons effilés,,,Au lieu de suivre le bonhomme,je le précède,,le grand jeu de la séduction,,provocation sur provocation,,,,
Tout le long du chemin ,rien n'y fait !!!! Désespérant,,irrécupérable,,peine perdue !!
Peut-être pas pour tout le monde.Arrivée à la voiture noire,,la portière s'ouvre toute grande.cette fois c'est homme qui en sort et non la femme habituelle.Il jette un regard sur mes jambes,pas discret,pas furtif,,,A l'intérieur de la voiture trônent des écrans,des lumières,des clignotants,des boutons.Matériel de téléguidage,,,
Décontenancée,je heurte le parapluie derrière moi et pour ne pas tomber je m'agrippe à son propriétaire,,C'est un robot !!!!! Les robots sont parmi nous,,en train de se balader dans nos rues,,,,
Je me dépêche de rentrer chez moi .Un pantalon,des chaussures plates et je me blottis devant ma petite machine,,j'appuie sur mes boutons,,je me connecte,,je me laisse téléguider en murmurant dans mon écran d'un air triomphant :'le monde nous appartient désormais',,,,

jeudi 8 septembre 2011

Le miracle


Le miracle

lui, il n'a jamais vu de miracle.
Il en a entendu parler,et même souvent. Un miracle par ci, un miracle par là, tout autour de lui. Dans la bouche des grands.
Il en a vu des choses et des choses. Beaucoup de choses.A la maison, à l'école, dans la rue, sur les routes, chez sa grand-mère,,,partout , partout, sur les murs, dans le ciel,sur les trottoirs, , le jour, la nuit,au soleil, à l'ombre. Il voit des choses et des choses, avec leurs noms, leurs formes, leurs couleurs. Des grandes. Des petites. Mais point de miracle. et personne n'a pu lui montrer un miracle; même petit.
Tout cela l'intrigue, et de plus en plus. Et devant l'impuissance des adultes, sa curiosité grandit. Parfois , cela devient une obsession.
Comment savoir?
faudrait-il marcher longtemps, aller ailleurs? explorer d'autres rues et ruelles? D'autres avenues? D'autres constructions? Aller au supermarché? au marché au puces? Chez les antiquaires? Aux souks des villes? des campagnes?
Est-ce une chose qui se vend? Se fabrique? Ou qui pousse comme l'herbe? Un fruit? un bonbon? ou quoi, ou quoi?,,,,
Il lui faut voir. Il ne connait bien que les choses qu'il voit. Et il n'a jamais vu de miracle, pas encore.
Il décide de demander à sa grand-mère.
_  Mammy chérie, je voudrais te poser une grande question.
_  Une grande question !!!Voilà comment tu parles maintenant !!  Elle rit,,puis sourit,,,et s'arrête !
_ Je voudrais une réponse vraie, vraie de vraie, mamy.
Elle rit encore, mais en elle-même. Trop sérieux tout ça, se dit-elle avec un sourire intérieur, teinté de gravité,,de perplexité peut-être.
_ Pose-là moi, cette grande question, et je te promets de faire de mon mieux.
_ Voilà : j,,je..je...He..Eh...Qu'est-ce que c'est un miracle?
_ Oh! Oh ! Oh !!!! Rien que ça !!
Puis, après un moment.
_ Tu sais mon chéri, à vrai dire, je n'en sais rien.
elle réfléchit, réfléchit...et le petit garçon regarde défiler en elle  des idées, et des idées,,des pensées,,et des pensées,,les yeux regardant vers l'intérieur, les doigts posés sur le menton, cillant légèrement , imperceptiblement. Un silence profond s'installe. Il attend, persuadé que la réponse va bientôt passer par cette vieille tête absorbée dans le vague du monde de la réflexion. Il la sent à lui, rien qu'à lui, pour ce grand moment d'intensité interne.
La vieille dame finit par dire, doucement, simplement, peut-être même avec une certaine gravité non dissimulée:
_ Un miracle, mon petit, ça doit être un don du ciel.
_ Un don du ciel. Un don du ciel..répète le gamin comme pour s'imprégner des mots.
_ Oui, mon petit, c'est ça, un don du ciel,,,et le ton devient encore plus grave.

Un certain charme opère. Le petit garçon s'interdit inconsciemment de le rompre. Comme s'il sentait qu'il tenait la vraie réponse. Une réponse qui va s'ouvrir d'elle-même , en fleur de lotus.
Il embrasse sa grand-mère et prend le chemin du retour, tout en laissant cette nouvelle idée précieuse se réfugier en lui, s'épanouir en profondeur pour éclore en temps voulu.

Tout en marchant, avec cette belle distraction propre aux enfants, il pense à tout autre chose. Il rentre dans la vie, dans l'ordinaire. Il court, puis sautille, attrape des choses, en lâche d'autres, joue des mains et des pieds, et promène son regard ave une indifférence ou une assurance qui se conjuguent, s'intercalent, se subjuguent, se substituent, caressant les petites choses, les cailloux, les brindilles, les heurtoirs des portes, les graffitis des murs, les couleurs fanées, puis quelques boutiques, çà et là,,

Il s'arrête, s'assoit sur une marche et déplace son index sur le mur à côté. Un don du ciel? c'est la pluie? La neige? La rosée? La montagne? Les nuages? La lune ? Le soleil? Ou bien tout cela à la fois ...? Il y pense un moment, puis repart vers un autre ailleurs, celui des petites choses riches de leur banalité....

Plus tard. IL est assis dans un fauteuil, son album de BD sur les genoux, complètement absorbé par les images et l'histoire. Sa maman est à côté. Elle le regarde, les yeux grand’ ouverts, un peu mouillés, scintillants. Elle le regarde, le regarde comme pour le pénétrer, ou le faire pénétrer en elle, le protéger des ailes de  ses yeux...contre toute adversité, contre le vent, la brise,, contre les marées, les petites vagues, contre un rayon de soleil...contre le temps. Elle n'arrive pas à détacher ce regard-enveloppe, plein d'espoir et de promesses. Elle finit par dire, comme à elle-même:
_ Mon petit chou, tu es un don du ciel !!!!
Il lève doucement la tête, absorbe ce visage maternel qui le caresse avec toute l'intensité de la tendresse, puis retourne à sa bande dessinée, sans lire, sans même admirer les photos. Il en est au-delà, de l'autre côté du livre, de l'autre côté de lui-même, ahuri, comme ravi, captivé, répétant comme un somnambule, avec un égarement intérieur: "tu es un don du ciel, tu es un don du ciel», donc le miracle, le miracle, c’est bien lui. Il ne le savait pas.
Il relève la tête vers sa maman, comme quelqu'un qui vient de tout comprendre. Comprendre le monde, et l'au-delà, la terre, le ciel et le reste, comprendre qu'il en fait partie,,,
Il replonge dans son album calmement, sans proférer mot, ni des lèvres, ni des cils, ni même de la position de la tête. Il lit peut-être, ou essaie, dans un va et vient entre lui et lui. Il lit et relit, notre grand malade qui l'ignore. Maintenant qu’il est sauvé, guéri, il aura le temps de côtoyer les miracles des jours, et des hommes…
Naima benabdelali.

samedi 13 août 2011

rêve N°11

Rêve N°11

Le rêve de Cendrillon

Malgré tout, Cendrillon était au fond d’elle-même une fille espiègle et spirituelle ,et il lui arrivait de bien s’amuser en rêve !!!

Cendrillon est sur une colline. Debout regardant le paysage. Comment a-t-elle fait pour s’évader de ses multiples tâches ménagères ?. Une question tapie au fond de sa conscience  mais qu’elle n’évoque point, occupée à autre chose. La colline bouge sans s’ébranler. Elle aspire vers le ciel et se re-sculpte en spirale. Cendrillon est presque au sommet. Elle se met à grimper de plus belle, prévoyant une surprise à l’arrivée. La pente est douce et ses pieds agiles, chantant entre les cailloux qui les caressent et les chatouillent.

Arrivée à la crête, qu’est-ce qu’elle voit ? Une multitude de chaussures,,des centaines, que dis-je, des milliers, et encore plus. Tous plus beaux les uns que les autres. Des chaussures de princesses, peut-être, ou de fées ??? Des chaussures qui bougent comme pour miroiter et se faire admirer. Des hautes, des plates, des moins plates ou plus hautes,,des pointues ou plus pointues encore,,de toute forme et matière. Aucune chaussure ne ressemble à l’autre . Des modèles d’une variété vertigineuse. Elle loue au fond d’elle-même l’imagination fertile des créateurs.
Toutes les chaussures paraissent de la même taille : la pointure des pieds de Cendrillon. Elle se met à les essayer et leur beauté à son pied se révèle encore plus resplendissante. Elle s’amuse à mettre et enlever,,encore et encore,,,mais lorsqu’elle désire essayer les deux pieds en même temps, elle ne trouve pas la paire correspondante. En effet tous ces souliers magnifiques  sont du pied gauche, aucune n’est du pied droit.

Chaque chaussure doit représenter un prince, se dit-elle amusée. Et voilà, comme obéissant à ses pensées, une nuée de princes, beaux comme il se doit, costumés comme il se doit, s’avance vers elle, ou plutôt vers le tas de souliers à ses pieds, chacun tenant une seule chaussure à la main, tous se mettent en besogne de rechercher celle qui correspond à la sienne. Et les voilà tous agenouillés en train de fouiller dans cet amas reluisant.
Les princes fouillent, fouillent,,,encore et encore, inlassablement, méticuleusement, comme si leur vie en dépendait. Ils ont une éternité de recherche se dit-elle,,,peut-être c’est ici le Paradis des princes. A cette pensée, Cendrillon part d’un grand éclat de rire irrésistible. Un rire à faire trembler la fragilité de cette tour en spirale. Un rire qui fait voltiger les vents et brouiller les nuages entre eux. Cependant, les princes trop occupés par leur fouille ne remarquent pas ce bel éclat. Seraient-ils sourds, à ce point. Ne sentent-ils pas le sol qui s’ébranle sous leurs genoux d’hilarité contagieuse,,
Cela l’attriste un peu. A quoi servent tous ces princes que le rire d’une jeune fille et son écho cosmique laissent indifférent.
Elle se lève. Fait quelques pas en arrière pour mesurer la réaction des ces jeunes gens trop absorbés. Recule encore tout en les observant. Aucun ne tourne la tête, aucun ne la regarde,,aucun ne la retient. Tous, comme des automates, comparent chaussures  après chaussures, rapidement, frénétiquement , comme dans un concours,,avec une idée fixe : trouver l’autre.
Cendrillon jette un dernier regard à ces fouineurs, et un coup d’œil malicieux à ses deux pieds nus et se dit : mes pieds sont encore plus beaux  sans chaussures.
Elle rebrousse chemin, redescend la colline en colimaçon. A sa grandes surprise et à sa joie trépidante, elle aperçoit derrière elle, le tas de chaussures qui se met lui aussi en marche, l’une après l’autre, en tapant sur le sol une musique de souliers . La colline elle-même commence à se dandiner, heureuse des tous ces scintillements.
Et les princes ?
Ils traversent un petit instant  son esprit, puis s’évanouissent avec leur chaussure à la main, derrière l’interminable lignée de babouches joyeuses qu’ils tentent de poursuivre ,,,

Naima Benabdelali

Reve N°16

Rêve N° 16

Le rêve de la Belle au Bois Dormant

Elle avait dormi très longtemps. Le grand sommeil. Peut-être le plus grand de tout les temps réels et imaginaires. Paradoxalement, elle n’a pas fait beaucoup de rêves. Non, non ! Un seul rêve capta tout son grand sommeil et l’occupa pendant une éternité de temps.

Elle était assise dans le vaste jardin du palais paternel, à même la pelouse. Dans cet infini, tout lui semblait sans bornes, même son propre corps. Sa robe blanche formant comme une large fleur contrastant délicatement avec l’intensité de la verdure du gazon.
Elle ne regardait rien et respirait tout .Contente d’être, d’être là. Unique, singulière et ne faisant qu’un avec l’immensité ambiante. Et voilà qu’elle vit près d’elle quelque chose d’étincelant. Une petite chose, minuscule à se fondre dans l’herbe. Une aiguille. Une aiguille sans fil. Et qui bouge, s’achemine vers l’ailleurs. Elle n’était pas seule ; mais suivie par une autre, puis une autre…encore et encore. Des dizaines, des centaines, des milliers d’aiguilles en queue leu leu, debout sur le gazon, se dandinant. D’abord en ligne droite, puis en ronds parallèles, puis se mettent à exécuter des figures, des scènes, des performances magiques, en cadence , comme obéissant à une musique interne, inaudible. Le spectacle était fascinant, digne des plus grandioses comédies musicales.
Une danse pétillante, vive, alerte, légère, amusante, cocasse, en harmonie avec les reflets du soleil sur les corps agiles des petites aiguilles qui leur conféraient des jeux d’ombre et de lumière de l’ordre du vertige.
Danses lancinante, douces et languissantes à la fois. Pleines d’énergie et de mouvements. Se couchant sur l’herbe puis surgissant comme des jets d’eau confondant verticalité et horizontalité, courbes et lignes brisées.
Les scènes incarnaient les vents errant vers les cieux, les vagues grimpant en concours, les houles en réserve de lumière, des iles innocentes et endormies, des ouragans moqueurs, des volcans rieurs, des soleils en majesté, des lunes en nudité. Tout cela s’éparpillait, éclatait et se regroupait, en ordre- désordre aspirant à une fraternité avec les étoiles.
La Belle ne pouvait en détacher les yeux. Elle s’était même oubliée ; Il lui semblait devenir une aiguille elle aussi. Intégrée. Absorbée. Complètement bue. Avalée par ces tourbillons de scintillements aux cadences paradisiaques et infernales.
Hallucinée, illuminée, entrainée, elle tendit la main , prit une aiguille, la déposa dans le creux de sa paume et la contempla en disant : Quelle innocence de fourmi solitaire. L’aiguille sauta sur son doigt et le piqua.
Ce fut comme un signal à toutes les autres. Et chacune y alla de sa petite piqure. Une piqure des bouts des lèvres, comme un baiser furtif, comme une révérence. La révérence d’une épine.
Quelques gouttes de sang sur la blancheur immaculée de la robe.
La Belle resta ahurie. Comme pétrifiée. Ne cria pas, n’appela pas, et se laissa enchainée par cette immense orgie de petits viols.

Les aiguilles s’affairaient machinalement, comme obéissant à un ordre interne, puis tombèrent épuisées, l’une après l’autre, formant comme un tapis ivre aux pieds de la princesse. Sorte de cadavres scintillants, abattus, comme vidés de leurs substance, comme si elles avaient donné jusqu’à leur essence.
La Belle déchira alors un large pan de sa robe, l’étendit sur la pelouse et se mit en devoir de ramasser ces petits corps inertes, totalement soumis à sa volonté. Elle ramassa, ramassa, entassa, regroupa, déposa sur la soie tendue….et elle ramasse encore. Cela dura longtemps, longtemps. Un long rêve pour un long sommeil…à tel point qu’il lui semblait que plus elle en ramassait, plus il y en avait, plus elles surgissaient, d’ici, de là, de là-bas, d’ailleurs et de nulle part …
Et dire qu’on voulait justement la préserver des piqures d’aiguilles !!!

Naima Benabdelali

Reve N° 7

Rêve N° 7

Le rêve de Nabiha

Elle regardait la mer. Trop de scintillement. Elle ne distinguait ni vagues, ni houle, ni bateaux, ni rien. Aucune couleur, sauf cette éblouissante blancheur qui miroitait, miroitait, et lui cachait l’horizon.
Petit-à-petit, ses yeux commençaient à s’habituer, et voilà que l’horizon ondulait. Elle ne pouvait dire si cette ligne sinusoïdale venait du ciel, de l’océan ou d’autre chose : un animal marin, un poisson géant, un serpent de mer, un navire en plastique fluide, une lignée d’escargots-dragons,,,,Diffici​le à discerner. Cela éveillait en elle plus de curiosité que de peur.
Encore et toujours intriguée, elle scrutait la ligne lointaine de toute l’énergie de son regard, qu’elle voudrait perçant.. Et la voilà qui se mit à zoomer des yeux. Oui, comme un appareil photo..Zoomer, et zoomer jusqu’à se sentir à califourchon sur les ondulations proches-lointaines. Une jambe de chaque côté et l’horizon à ses pieds. Un horizon moitié ciel moitié eau. Elle n’en faisait plus qu’un avec tous ces éléments indistincts. Rien ne bougeait. Calme et blancheur.
Elle se dit à elle-même : c’est peut-être cela l’éternité,, et sourit,,,et sourit encore lorsque, entrouvrant les yeux, elle aperçut ses deux bras croisés sur son front.

Naima Benabdelali