jeudi 6 octobre 2011

L'homme au banc

l'homme au banc

Parfois je l'appelle l'homme aux pigeons,ou l'homme au parapluie.Il vient d'on ne sait où;il marche droit,sans arrogance,sans solennité qu'affichent certains mâles triomphants et sûrs d'eux,,mais sans humilité non plus.Il donne l'impression d'utiliser son parapluie comme une canne,,Il se dirige directement vers son banc,toujours le même. Il sort de sa poche droite un sachet en papier cartonné;l'ouvre de la main gauche et jette des grains aux pigeons,,,,une fois le sachet vide,il le remet dans sa poche droite et reprend le chemin du retour,,,On ne fait pas attention à lui.les gens passent ,,,passent,,et lui aussi.

Pourtant à plusieurs reprises ,quelqu' enfant vient lui montrer sa toupie tourbillonnant au creux de sa paume,,un exploit qu'il voudrait partager,,une fierté qu'il voudrait communiquer. l'homme n'y jette même pas un regard,,pas le moindre petit sourire encourageant.L'enfant s'étonne et  se dit certainement, au fond de lui-même : bizarre,,,bizarre,,,
Dans ce quartier dans chaque homme sommeille une toupie,,difficile d'oublier les vibrations chatouillant la main,les petites torsions pour garder l'équilibre,la sensation de placer tout son corps dans ce jouet qui sautille,,,les autres hommes réagissent. Ils suivent la toupie des yeux;parfois se lèvent de leurs bancs comme pour saluer le beau tourbillon,,une complicité s'installent,,,
l'homme au banc,lui,ne réagit pas.Certains enfants désespèrent,d'autres deviennent plus entreprenants,et même provocants,,mais sans résultats.Les enfants se dispersent
avec des regards interrogateurs.

quelques autres sont intrigués.Vous allez me dire qu'il s'agit des pigeons,et vous aurez raison.Ils mangent goulûment;ils roucoulent,,,mais ils doivent sentir quelque chose,,,Peut-être ses gestes saccadés les dérangent,,,peut-être leur amplitude,,L'homme jette,jette,,poignée après poignée ,,sans sourire,sans triomphe,sans satisfaction,,sans ces arrêts contemplatifs,,Les pigeons sentent nos ondes ,et les répercutent,,,mais pas avec lui.Cela ne les empêche pas de venir dévorer ces grains,jour après jour.

Puis il y a le marchant de journaux.Lui aussi est étonné par son comportement.Un homme comme lui,avec un parapluie,des habitudes si régulières,n'achètent jamais le moindre journal,pas même un livret de mots fléchés ou de blagues !!! ne jette même pas un regard pressé sur les titres ou les photos !!! Le marchant ne connaît pas cette espèce-là !!!
En fait la plus intriguée de tous ,c'est moi.Je décide de connaître le fin mot de l'histoire,,ne serait-ce que pour donner une chute à mon texte,,,,j'entreprends de le suivre,discrètement d'abord ,,puis plus hardiment,,
J'emprunte son chemin.Première surprise :la grande régularité de sa démarche,,même cadence,,je suis obligée de me surveiller pour ne pas éveiller ses soupçons,,,je ne sais pas où il va,,où il me mène,,,,trop curieuse(comme disait grand'mère) ,,je continue mon jeu,,l'après-midi est printanier ,,Je regarde le parapluie qui tape sur le trottoir avec une régularité d'horlogerie,,Il lui sert certainement de troisième jambe,,l'ouvrirait-il en cas de pluie torrentielle?? certainement pas !! ,,,mon imagination vagabonde,,et je marche un oeil sur mon guide ,même si parfois je perds le rythme,,,,
Soudain ,tout s'arrête.Une voiture noire s'ouvre.Une femme en sort et aide le monsieur à monter,,,,,Je n'ai plus qu'à rebrousser chemin,,essayant d'avaler une petite déception,,demain,je recommencerais,,,
Pas seulement le lendemain,mais aussi le surlendemain,,,sans raison ,mais aussi sans résultat,,
Je décide d'utiliser les grands moyens.Je jette mon pantalon aux orties et je mets une jupe et des talons effilés,,,Au lieu de suivre le bonhomme,je le précède,,le grand jeu de la séduction,,provocation sur provocation,,,,
Tout le long du chemin ,rien n'y fait !!!! Désespérant,,irrécupérable,,peine perdue !!
Peut-être pas pour tout le monde.Arrivée à la voiture noire,,la portière s'ouvre toute grande.cette fois c'est homme qui en sort et non la femme habituelle.Il jette un regard sur mes jambes,pas discret,pas furtif,,,A l'intérieur de la voiture trônent des écrans,des lumières,des clignotants,des boutons.Matériel de téléguidage,,,
Décontenancée,je heurte le parapluie derrière moi et pour ne pas tomber je m'agrippe à son propriétaire,,C'est un robot !!!!! Les robots sont parmi nous,,en train de se balader dans nos rues,,,,
Je me dépêche de rentrer chez moi .Un pantalon,des chaussures plates et je me blottis devant ma petite machine,,j'appuie sur mes boutons,,je me connecte,,je me laisse téléguider en murmurant dans mon écran d'un air triomphant :'le monde nous appartient désormais',,,,

,,oui mais pas tant qu'un homme délaisse encore son clavier pour admirer les jambes d'une femme,,,
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Naima Benabdelali

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