dimanche 15 décembre 2019

Les devinettes
__ Maman, maman, on joue aux devinettes
__ OK. Qui commence, toi ou moi ?
__ Moi, moi. Et je vais gagner cette fois.
__ Alors , vas-y .
__Qui est-ce qui passe le plus de temps devant son miroir.
__ La marâtre de Blanche-neige.
__ Oh ! Maman, tu triches. Tu l’as connaissais, donc ça ne compte pas.
__ Tu as raison mon garçon. Non seulement je la connaissais avant, mais en plus je viens de l’inventer.
__ Maman !!
__ Quoi ?
__ On joue sérieusement.
__ je suis très sérieuse,,,en tout cas autant que je le peux.
Va pour une deuxième devinette.
__ Et tu ne triches pas.
__ Promis !!!!
__ Qui est-ce qui ne voit du chat que les yeux ?
__ Alice au pays des merveilles.
__ Tu la connaissais, celle-là aussi !!!!!!!!!!!!!!!
__ Non, je connaissais seulement Alice ,,,,,,et le chat.
__ Maman !!
__ C’est mon tour maintenant, mais comme j’aime quand tu cries comme ça « Maman ! » sur ce ton de reproches-câlins, je te laisse un nouveau tour. Vas-y.
__ Voilà : comment on fait pour danser sur la lune ?
__ On attend le 14ème jour du mois lunaire. On s’habille comme pour une fête. On sort dans son jardin. On ouvre les bras comme pour enlacer quelqu’un. On lève les yeux vers la lune qu’on regarde avec tendresse, on se met à tourner avec un rythme dans sa tête, et on tombe car on a le vertige.
__ Maman ! Arrête de te moquer de moi.
__ Je ne me moque pas de toi, j’essaie de trouver une réponse.
__ Ce n’est pas la bonne réponse.
__ Alors, je donne ma langue au chat. Je donne même mon âne.
__ Maman ! Que vient faire l’âne ici ?
__ C’est juste une expression marocaine pour dire : je ne connais pas la réponse, j’ai perdu.
__ Je ne la savais pas. C’est une expression un peu stupide.
__ Pas plus stupide que « j’ai donné ma langue au chat ». Dans le temps, l’âne était très précieux, on ne le donnait pas facilement.
__Donc tu ne sais pas ?
__ Attends que j’essaie une autre réponse. Cette fois-ci, je vais réfléchir.
__ J’attends, j’attends. Je parie que tu ne vas pas trouver. Quand tu ne trouves pas du premier coup, tu me sors une énormité de tes inventions.
__ Non ! Je n’invente jamais rien, moi.
__ Que si ! Je ne sais comment tu fais, mais tu es capable de relier une fourmi à la lune et de faire danser la lune sur la fourmi.
__ D’abord, ce n’était pas une fourmi, mais un éléphant. Tu vois que tu déformes mes inventions. Moi je n’oserais jamais faire danser même pas une petite étoile sur une fourmi.
__ Et tu n’as toujours pas répondu.
__ On peut danser sur la lune dans sa tête ? En fermant les yeux, ça peut aller ?
__ Non, non,,
__ Dans un rêve ? C’est joli ça ?
__ Non, non,,
__ On fait des montages ? Des superpositions de photos ?
__ Non, non, non,,
__ cache-moi ce sourire triomphant. Il me perturbe dans ma réflexion
.
__ Tu sais maman, la réponse : tu fais comme Armstrong.
__ Waw, c’est si simple. Comme je suis bête.
__ Non !
__j’ai l’esprit dans la lune, pas sur terre...
__ Je vais te dire quelque chose : tu connaissais la réponse, et tu voulais me faire gagner.
__ Non !
__ Je connais tes gros « non », qui veulent dire « Oui »,des « oui » bien cachés,,,En plus tu voulais me faire gagner parce que tu n’as préparé aucune devinette.
__Les devinettes, je n’ai pas besoin de les préparer. Elles me tombent du ciel.
__ En pluie ou en neige,
__ En vapeur, et je les inspire,,je les inhale
__ Comment ça,
__ Et oui, toutes chaudes.
__ Mais la vapeur, elle monte et ne descend pas.
__ La mienne, si !
__ Maman !!
__Quoi encore ?
__ Arrête !!
__ Tu ne veux pas écouter ma devinette ? Tu as peur de perdre ?
__ C’est que je ne sais ce que tu vas me sortir de ton chapeau-vapeur.
__Moi aussi, j’aime quand c’est toi qui poses les devinettes. Moi, je ne suis pas très douée.
__ Parce que la vapeur, ça ne descend pas !!
__ C’est vrai, l’inspiration, ça monte.. …et de l’intérieur, des profondeurs.
Naima Benabdelali.

la photo

La photo
Désobéissant, comme d'habitude, à sa maman, le Petit Chaperon Rouge se promenait dans le bois, glanant, sautillant...
__ Où vas-tu , mon Petit Chaperon Rouge, avec ce joli panier qui sent si bon ? Lui demanda le renard.
__ Je vais chez Mère-Grand, ne le sais-tu pas ?
__ Non!!
__ D bord, toi, tu devais être un loup et non un renard.
__Pourquoi ?
__C'est comme ça. C'est écrit. C'est dans le conte.
__..ET alors ?
__Mais comment peux-tu dévorer ma grand-mère, tout minus que tu es ?
__Je me contenterais de ses poules !
__Et comment vas-tu faire pour coucher dans son lit, porter ses lunettes et son foulard. Il faudrait absolument un loup ou quelqu'un qui lui ressemble. C'est pour la vraisemblance, vois-tu ?
__C'est pourquoi faire ?
__C'est pour les réseaux sociaux, pour mes selfies. Ce qui m'importe c'est la photo. Personne ne me croirait si je me représentais sur Facebook, allongée près d'un petit renard lui demandant « Mère-Grand, pourquoi as-tu une si grande bouche "?
__Il va falloir faire appel à un très gros chien....mais sans moi !! Je ne suis pas amateur de selfies en compagnie de gros chiens. Moi non plus, on ne me croirait pas..

C'est la raison pour laquelle nous rencontrons souvent, sur les Réseaux sociaux, des petites filles en compagnie de gros chiens, des renards ricanant, et des grands-mères en compagnie de leurs nouvelles amours....
Naima Benabdelali

le cérémonial

le cérémonial
Elle prit l'habitude de prendre son thé devant un miroir, au petit salon. Elle avait ainsi l'impression d'être en bonne compagnie.
C'était tout un rituel : même heure, même place, même théière, même tasse, même napperon...
Un jour sa nouvelle femme de ménage déplaça le miroir pour essuyer la poussière derrière. A l'heure convenue, elle n'y vit plus son reflet, ni celui de la théière ,ni celui du plateau , du napperon...Rien !! le grand RIEN !
Elle chancela, pensant perdre son univers. Un vertige ! Et la vieille dame s'affaissa sur un fauteuil, étourdie . Quand elle rouvrit les yeux, elle retrouva son reflet dans le miroir en face. Elle respira profondément, presque soulagée d'abord. Très vite, elle retomba dans sa grande perplexité car elle constata que son cérémonial de thé avait disparut du reflet. Il ne l'accompagnait pas. Où avait-il disparu ?

__Un miroir, ça englobe tout..ça gobe tout..se dit-elle. Il ne faudrait plus croire aux miroirs, comme à la télévision, dans ce monde où tout change.
Je me demande comment on boit le thé actuellement? Peut-être du goulot, glacé, comme un soda,,,,
N.B

métamorphose

Micro fiction

métamorphose


Elle se sent si légère, si légère, évanescente presque transparente. Sur ses épaules, un embryon d'ailes..et puis, et puis cette sensation de virginité à toute épreuve...
__ Mon Dieu, épargnez-moi!!! S'il vous plait mon Dieu, je ne veux pas être une Houri !!!!
N.B

samedi 14 décembre 2019

micro fictions

Micro-fictions
L'épine récalcitrante
Il vit sa bien-aimée dans son rêve. Belle, belle et évanescente!! Il lui présenta la rose rouge. Elle la lui jeta à la figure.
La douleur le réveilla et il eut beaucoup de mal à arracher l'épine de sa joue. Elle y est encore !!!

****
les bras du feu
Il se rappelait de l'incendie à l’hôtel, des clients en fuite, des cris et du brouhaha, des tables renversées, des rideaux flamboyants, d'une atmosphère incandescente, de l'odeur caractéristique, du grand bruit démoniaque, et de lui-même, qui flottait au milieu de tout cela, sans repère, confondant murs et plancher, marchant, planant comme un somnambule illuminé, et comme dansant avec le feu.
Il se rappelait de tout cela, mais il ne se rappelait pas comment les bras des flammes l'avaient transporté loin, bien loin, pour le sauver, avec un ricanement machiavélique...
Naima Benabdelali

vendredi 13 décembre 2019

une ville en moi

Une ville en moi
les fantômes n'existent pas . Tout le monde le sait. Celui que j'ai rencontré hier était même très serviable. Il tenait la lampe qui m'a aidé à parcourir le dédale des ruelles de Salé, ma ville natale. La lampe, elle, elle existait bel et bien. Elle ressemblait un peu à celle d'Aladin . Normale, dans une cité immergée dans les traditions, meublée d'affabulations, parcourue de récits, et à moitié en ruines.
Parfois, il me suivait, d'autres fois, il me précédait . Grâce à sa lumière pale, je n'ai pas trébuché une seule fois dans ces vieilles ruelles accidentées, tourmentées par un nombre infini de pas, de belghats, qui déplaçaient le poids des vies successives, le poids du temps . Le temps ici est très palpable . Il sent la sueur et les demi-sourires des salutations .
Je ne savais pas encore qu'une ville de piétons pouvait s'allumer puis s'éteindre, s'allumer puis s'éteindre, encore et encore, indéfiniment, au rythme des semelles. C'est peut-être juste une douce harmonie du passé métamorphosé par un présent rendu nostalgique, par une douleur qui a du mal à se contenir.
Le va-et-vient de la lumière accentuait les nodosités des anciens murs à moitié échaulés, qui apparaissaient encore plus vivants que du temps de mon enfance. Ils se rapprochaient jusqu'à vouloir m'écraser, puis s'éloignaient, comme pour me narguer, comme pris eux-mêmes dans un tourbillonnement vertigineux. Comme hallucinés . J'ai compris , après coup, que ce trouble leur venait des coups en sourdine des heurtoirs en forme de mains . IL paraît que les heurtoirs des anciennes médinas gardent les empruntes sonores de ces coups qui se sont répété des dizaines et des dizaines d'années durant . Les portes n'en retiennent que les échos qu'elles enfouissent dans leurs innombrables gros clous décoratifs. Les murs aussi doivent garder quelques notes plus ou moins longues ça et là. Ce qui explique quelques gonflements, par endroits, quelques aspérités, que la lumière intermittente mettait en relief, tout comme mes souvenirs hésitants et qui avaient du mal à se retenir , comme on dit d'une larme....
Naima Benabdelali