mardi 29 décembre 2020

les cheveux de l'amour

Les cheveux de l’amour
Lorsqu’elle a vu ses cheveux s’allonger outre mesure, elle fut un peu étonnée. Peut-être cela a-t-il une relation avec la saison, se dit-elle. La saison des fleurs, de la montée des sèves. Ou un effet de l’âge, de la jeunesse, le temps des roses, des éclosions.
Au début, elle n’essayait même pas de comprendre, c’est après qu’elle devenait de plus en plus curieuse, de plus en plus perplexe, et commençait à se surveillait plus attentivement.
Entre temps ses cheveux ne cessaient de rallonger visiblement.
Elle s’observait alors soigneusement, minutieusement : son comportement, son humeur, ses émotions, ses relations, sa nourriture, son sommeil. Elle passait tout à la loupe. Il devait absolument y avoir une raison, une explication à ces poussées soudaines de cheveux.
Tout cela ne l’alarmait pas , ne lui déplaisait pas plus que ça, mais l’intriguait plutôt, et puis à ce rythme où irait- elle ?
__ On peut toujours en couper , se dit-elle. Rien n’est bien grave.
Après des observations de plus en plus approfondies, elle finit par comprendre qu’il y avait un lien étroit entre ses élans de cœur et ses élans de cheveux, comme si ça fleurissait en elle,, comme si elle prospérait de l’intérieur, et ses cheveux extériorisaient cet épanouissement. Et chaque nouvel amoureux offrait son surcroit d’abondance chevelue.
Elle comprit la relation de cause à effet qui se manifestait depuis longtemps chez elle, mais à petites doses . C’est que ses amours, elles aussi, étaient petites. C’est avec Ahmed que le phénomène prit une ampleur sans précédent.
__ C’est peut-être le grand amour, se dit-elle en dissimulant un sourire.
Ahmed, elle l’aimait bien, mais pas plus. Elle le craignait et avait peur de trop s’engager. C’était un homme à femmes qui glanait partout. Elle refusait d’être une étape parmi tant d’autres.
Seulement, ses cheveux la trahissaient.
Un beau matin, après une flagrante infidélité enrobée de mensonges de la part d’Ahmed, elle se leva de pieds fermes et se dirigea précipitamment chez le coiffeur et se fit couper les cheveux très court, très très courts. Ahmed sortit alors définitivement de sa vie, et pour toujours.
Ahmed ne revint plus. Il détestait les cheveux très courts, et ne pouvait attendre une nouvelle poussée, attendre même pas un peu. Il ne savait pas qu’il lui suffisait d’un peu d’amour sincère.
Naima Benabdelali
CE JOUR-LÀ
Il y a 3 ans
29 décembre 2017 Salé 
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Une descente
Un couple de touristes se trouva égaré dans une île paradisiaque du pacifique. Éblouis par la beauté du site, l'homme et la femme y pénétrèrent profondément et se mirent à se gaver de fruits exotiques. Fruits juteux, peut-être enivrants, peut-être exaltants qui les rendent un tantinet clairvoyants. Ils s'éloignèrent du groupe et du guide, sans même s'en rendre compte, et sans prêter attention , au début,à une bande de singes joyeux et facétieux qui s'amusaient à les taquiner en leur enlevant le peu de vêtements qu'ils avaient sur eux.
__Comment allons-nous faire pour rejoindre les autres, comme ça??? S’inquiéta l'homme, avant de s'apercevoir que sa femme était déjà en train de recouvrir sa nudité à l'aide d'une peau de banane...
Est-ce qu'ils doivent incriminer les fruits, les singes ou quoi, ou qui ?
le conte dit, à la fin, que c'était la faute de la femme. L'homme n'avait fait que se faufiler derrière elle, dans le labyrinthe de la forêt enjôleuse.
CE JOUR-LÀ
Il y a 3 ans
29 décembre 2017 
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عشب,,,,,,تمرغ و مراوغة النسيم
سماء,,,,,,لون حلة البحر
نبات,,,,,,,تهادي أديم الأرض
مكان,,,,,,اكتشاف داخلي متجدد
أزرق,,,,,,لون التيه عندما يبحر…
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jeudi 24 décembre 2020

Les punitions de ghita

24 décembre 2019 
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Les punitions de Ghita
Ghita vivait dans ce genre de quartier plus ou moins bourgeois. Ces quartiers mixtes dont la ville de Salé avait le secret de reproduire à mesure que le temps passait et qu'on intégrait progressivement les nouveaux venus des alentours qui s'imbibaient des mœurs et savoir- faire de la vieille cité, pour former un mélange qui avait le génie de toujours se dépasser dans une harmonie plus ou moins acceptée, et qui gardait en filigrane, une stratification sociale assumée dans son désordre-même.
Dans ces quartiers bariolés et bricolés, vivaient les riches, « les grandes maisons » , les moins riches et les aspirants, amalgamés par des échanges de salutations et révérences, de biens, de services , de solidarités improvisées, et de jeux et disputes entre enfants.
Les enfants de Ghita étaient de tout âge. Cela s 'échelonnait des adolescents aux bébés, nés ou en route . Son mari brillait par son absence . Lorsque son spectre était tapis dans un coin du salon, son fantôme rodait et traversait les cœurs fragiles . Le père , c'était l'autorité lointaine, le dernier recours, l'épée de Damoclès à l’œil pointu , se promenant sur les épaules de toute la maisonnée . Il arrivait, toussotait, et chacun se réfugiait dans un coin où il cultivait l'invisibilité, ce qui satisfaisait grandement l'autorité occulte du prétendant petit monarque .C'était à Ghita que revenait la charge d'éduquer les enfants .
Ghita devait donc, à elle seule, faire respecter un certain ordre des choses, des mœurs, des traditions, des rituels, une discipline.. Bref, inculquer la vision du monde qui régnait dans l'ambiance citadine , les manières de vivre et de grandir dans cette société encore cloisonnée . Elle passait son temps , tout en vacant à ses devoirs journaliers, à lancer des dictons à propos de tout et de rien, à disperser des proverbes sur les êtres et les choses . Les vrais-faux hadiths, les invectives, les remarques incisives, les reproches n'arrêtaient jamais . Elle exigeait que ses paroles se fassent actes , pour sauver les apparences, pour éviter les qu'on-dira-t-on, pour envelopper tout d'une bienséance à la fois fallacieuse et à toute épreuve, auréolée de toutes les hshoumas du monde et de celles qu'elle ne cessait de toujours réinventer, s'érigeant en représentante et incarnation des convenances, base de tout l'édifice social . Ah ! Les convenances ! Ces liens qui ligotaient tout élan vers le grand air, vers l'extérieur à soi et aux siens , qui réprimaient toute aspiration à sortir des sentiers battus par les aïeuls .
Ghita, dont l'esprit fonctionnait à l'aide de cases bien étanches, réservait un traitement pour les filles et un autre pour les garçons , selon l'âge et la position dans la hiérarchie des naissances. Cet ordre surgissait en pointe lorsqu'il s'agissait de distribuer les punitions.
Les filles , il fallait en faire des naïves ignorantes aux yeux toujours baissés. L'incarnation de la hashma, la pudeur . La pudeur élevée au rang du sacerdoce. Elles ne sortaient pas de la maison depuis l'enfance . Les garçons allaient au Msid (école coranique), jouaient aux billes et au cerceau dans la rue . La fille ne devait rencontrer personne, ne s'adresser à personne, en dehors du cercle le plus familier. Même au bain, elle devait s’asseoir face au mur. La fille était d'abord la honte . Ghita se voyait très bien en sacrifier une ou deux, par mesure de protection contre toute éventualité dégradante pour le clan familial . Elle ne cessait d'invoquer la mort contre telle ou telle, à la moindre incartade : Une tache estimée mal exécutée, un oubli, une désobéissance , un regard jugé trop franc, ou trop insistant, une moue mal interprétée...Tout cela déclenchait un défilé d'invectives, d'insultes, d'injures, de dénigrement. Une tempête d'implorations, de prières, de supplications du Bon Dieu et de tous ses Saints, connus et inconnus, visibles et invisibles, charitables et cruels..Les plus impitoyables, les plus sataniques, feraient même mieux l'affaire, étant les plus efficaces pour débarrasser le monde et la mère en premier, de ce monstre de fille, de cette aberration de l'existence, de cette verrue, de ce phénomène inouï que jamais femme n'enfanta de semblable, que jamais terre ne put supporter, jamais ciel n'ait protégé , cet être unique, honni par tous les enfers du monde et de l'arrière monde ...Lorsque la tempête se déclenchait, rien ni personne ne pouvait la freiner, même pas Ghita elle-même ..Suivent les énumérations de toutes les maladies que Dieu et ses Saints feraient en sorte qu'elles tombent sur la petite tête, le défilé des humiliations , des dévalorisations , des comparaisons avec tout un bestiaire d'animaux les plus exécrables, des insectes les plus rebutants, existants ou inventés, âne, singe, rat, cafard , vipère ..tout y passait. Le plus amusant, c'était quand Ghita confondait tout, quand elle attribuait à sa fille une pièce de chaque espèce, comme la voix de l'âne, les yeux du cafard , les cheveux du porc-épique...Un fiel des plus vénéneux coulait de sa bouche, avec une richesse de vocabulaire à décourager les écrivains les plus talentueux, dans un enchaînement labyrinthique . Des flux de paroles en méandres, en circonvolutions , en sinuosités . L'intéressée , elle même, dans son élan fiévreux et inspiré, ne pouvait suivre la logique ou en comprendre l'alchimie...
Le plus comique dans l'affaire, c'est que cela se terminait en queue de poisson, par la magie du souffle . Et tout d'un coup, le ciel devint bleu. L'ouragan rétrograda au degré zéro. Zéro vent. De mer très agitée à calme plat.
Pas d'excuses, pas de réparations, rien, et tout rentrait dans l'ordre. Par un enchantement quelconque . La grâce d'un rejeton de Saint, un petit saint encore sur la liste de l'apothéose locale .
La mère et la fille semblaient tout oublier et passaient à autre chose, jusqu'à la prochaine tempête , à la fois prévisible et imprévisible, où tous les vents du Nord et du Sud, s'amuseraient à disperser les torrents d'injures et d'implorations, à la suite d'une autre broutille, comme un verre pas suffisamment bien essuyé . La routine ! Une manière de soulager un trop plein de peines, de responsabilités, d'exigences, de servitudes non reconnues et surtout ce sentiment de dispersion, de tiraillement , cet impression de ne jamais pouvoir venir à bout de ses obligations, ni d'être à la hauteur des revendications à la fois multiples et contradictoires, qui hantaient ses nuits et ses cauchemars , cauchemars dont elle ne cessait de se plaindre . Comme à son habitude Ghita les attribuait à Iblis , qu'elle appelait « le Maudit » . La fille dans sa résignation coutumière , n'était que le bouc émissaire le plus disponible .
Parfois, aux invectives , s'ajoutaient les pincements dans les parties les plus sensibles, « les racines du pipi », comme disait la mère . Et ça ! Ça se terminait par la grosse pluie, l'orage de la fille . Une réelle souffrance. Des pleurs et des pleurs , qui évacuaient le poids des acceptations accumulées . A ce gros chagrin, la mère répondait par des phrases comme :
__Pleure, pleure ma fille, tu pisseras moins ! Ou
__ Pleure, pleure, pour faire sortir les mauvaises larmes...
les injures, les invocations de la mort , avec toutes ses métaphores et ses qualificatifs pour la rendre plus vraie, plus atroce et plus imminente, paraissaient floues, irréelles à la jeune fille, des mots qui à force de répétition , perdaient leur signification, et leur efficace , des mots auxquels même la mère ne croyait pas vraiment ..Mais les coups, mais la douleur physique,leurs blessures, leurs bleus, ça passaient mal .
En tout cas, entre mère et fille, c'était souvent le paradis, et c'était souvent l'enfer . Complicité et rivalité . Intimité et rejet .
Plus les filles grandissaient, moins la Ghita mégère faisait place à la Ghita apprivoisée . C'était surtout la petite fille qui ramassait les frustrations de la mère, le souffre-douleur par excellence, comme si Ghita craignait sa libération précoce de la soumission , son émancipation fatale ,,par la force du temps qui, lui seul, dans cette société, pouvait bouleversait les relations et les hiérarchies..

 

lundi 14 décembre 2020

Micro-fictions

 

14 décembre 2019 
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Micro-fictions
L'épine récalcitrante
Il vit sa bien-aimée dans son rêve. Belle, belle et évanescente!! Il lui présenta la rose rouge. Elle la lui jeta à la figure.
La douleur le réveilla et il eut beaucoup de mal à arracher l'épine de sa joue. Elle y est encore !!!
****
les bras du feu
Il se rappelait de l'incendie à l’hôtel, des clients en fuite, des cris et du brouhaha, des tables renversées, des rideaux flamboyants, d'une atmosphère incandescente, de l'odeur caractéristique, du grand bruit démoniaque, et de lui-même, qui flottait au milieu de tout cela, sans repère, confondant murs et plancher, marchant, planant comme un somnambule illuminé, et comme dansant avec le feu.
Il se rappelait de tout cela, mais il ne se rappelait pas comment les bras des flammes l'avaient transporté loin, bien loin, pour le sauver, avec un ricanement machiavélique...
Naima Benabdelali

samedi 12 décembre 2020

Amis

Le temps
__ Maman, maman, combien ça fait une semaine ?
__ Ça fait 7 jours.
__ Non, pas en jours, mais en temps ?
__ disons 7fois 24 = 168 heures.
__ Non, pas en heures, mais en temps ?
__ Quand tu étais plus petit, tu mesurais le temps en sommeils et réveils : on dort, on se réveille, puis on dort et on se réveille ,,,,,et l’événement arrive.
__ Et il arrivait ?
__ Le plus souvent, oui.
__Et les événements qui n’arrivaient pas ?
__ Ils restaient accrochés au temps, se perdaient dans le sommeil, dans les rêves,,,
__ Maman !!! Arrête de dire des bêtises !!!
__ Ce ne sont pas des bêtises. C’est juste pour te dire que le temps, on le ressent dans son corps..qui dort puis se réveille..fait des rêves. C’est des événements qui se réalisent ou pas. ..
__ C’est quand-même des bêtises.
__ Pourquoi ?
__ On tourne en rond.
__ Oui, on tourne en rond. Avec le temps, on ne peut que tourner en rond.
__ Moi, je ne tourne pas. Je reste sur place. Comme ça, je n’ai pas le vertige.
__ Oh que si !! Avec le temps on ne reste jamais sur place. Même dans le sommeil.
__ Le sommeil n’a pas de place.
__ Mais il a du temps.
__ C’est un temps qui s’efface, un temps fuyant. Il s’en va dès qu’on ouvre les yeux.
__ C’est toi qui me fais tourner en rond maintenant.
__ Dans le sommeil ?
__ ,,,et dans le temps. En plus tu as raison ; car le temps, c’est un cercle. Un cercle qui s’étale, s’étale, comme lorsqu’on jette un caillou dans un lac.
__ Le lac du temps.
__ Les anciens disaient : le fleuve du temps.
__ Et ça fait combien de semaines, ça, un fleuve ?
__ On dort, on se réveille, on dort, on se réveille…Et on est tout mouillé…dans le bain,,Et sans même le savoir…
__ Maman !! Maman !! Arrête !!!
__ Arrête !!! Arrête, toi !!! Arrête de rire comme ça !!!!!
En fait, tu as raison, mon garçon, le temps, ça doit d’abord nous faire rigoler,,,
N.B
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CE JOUR-LÀ
Il y a 4 ans
12 décembre 2016 
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il faut beaucoup d'imagination pour voir la réalité

 

mercredi 2 décembre 2020

le chant du rossignol

le chant du rossignol
Le Rossignol a entendu dire : « Chaque année le rossignol revêt des plumes neuves mais garde sa chanson » . Il décida alors que cela ne se passera plus comme ça . Il va changer également de voix .
Il partit en voyage pour rencontrer Dame la Huppe , réputée pour sa sagesse parmi les oiseaux et lui présenta son désir de métamorphose .
La Huppe le regarda , intensément , dans le fond des yeux et lui demanda de chanter.
Il s'exécuta simplement, naturellement , adroitement . Ce fut beau . Ce fut harmonieux .
La huppe : Tu es bien sûr de vouloir remplacer ta ritournelle par une autre ?
__ Oui , Dame Huppe, répondit-il d'un ton ferme .
__ Et pourquoi ?
__ Juste pour changer . Éprouver d'autres sensations, entendre une nouvelle mélodie, un autre son de cloche . J'ai l'impression que si je remplace mon chant , je vais par la même occasion transfigurer ma vie . Et puis tout se transforme de nos jours . Je verrais le monde autrement . Les prairies deviendront plus vertes, le soleil plus luisant, les fleurs plus épanouies , les rivières plus claires....Tout sera new et étincelant .
La Huppe réfléchit un peu, beaucoup, et encore et plus profondément et dit à la fin .
__ je te propose une solution : tu gardes ta mélodie et tu changes de branche fleuries chaque fois .A chaque chant un parfum , que transporteront airs et brises .
Rossignol s’entêta .
La Huppe essaya une autre solution :
__Tu peux changer de hauteur . D'abord arbres, balcons , murs très élevés puis tu descends jusqu'à la rose la plus basse, et la fenêtre la plus proche du sol . A chaque niveau les gazouillis seront différents .
Refus net encore .
La Huppe offrit une autre proposition :
__Tu peux essayer d'orienter tes rhapsodies en harmonie avec la direction des vents . Chaque vent qui les fera voyager les façonnera à sa guise et les enrichira de ses ondulations .
Nenni, nenni !
__tu peux également suivre le déplacement du soleil . Les rayons réchaufferont tes notes différemment et elles voltigeront avec les degrés de chaleurs et de rayonnement .
Après maintes autres tentatives, la Huppe finit par proclamer
__ C'est ton droit ! C'est ta liberté d'expression ! Je ne peux qu’acquiescer à ta requête , bien que je ne l'approuve point .
Elle lui montra d'autres chants et il s'en alla tout heureux , sifflant partout et sans fatigue ,du matin au soir . Il ne fit qu'entendre, voir, respirer la nouveauté .
Le lendemain arbres, fruits, feuilles, herbes folles, herbes raides, herbes rases, tous les fleuves, toutes les collines , toutes les fenêtres furent habillés de neuf . Le rossignol sentit l’arrêt du temps .
Au début ce fut la joie . Puis cela s'estompa . Rossignol sentit que le monde ne lui appartint plus . Il avait l'impression d’être incompris , qu'aucun être ne répondait à sa mélodie toute récente , toute in , dernier cri ,,,tendance ,, et surtout pas sa dame chérie avec qui il n'arrivait plus à communiquer . Il lui semblait qu'en perdant sa voix naturelle , il perdit en même temps ses mots d'amour , mots enfouis au cœur de sa sérénade depuis l'éternité et que perçait sa femelle entre les notes, les respirations , entre langue et bec,,,Il avait l'impression d'avoir égaré le secret de son chant, que sa chanson était sa demeure,, Et son bonheur fut mitigé .
La Huppe répondit au chardonneret qui s'étonnait du comportement bizarre de Rossignol :
__Notre rossignol a cru qu'il avait changé de voix et réagit en conséquence, mais chacun sait qu'il ne peut pas emprunter une autre voie !!
Naima Benabdelali
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البلبل و الهدهد
Dame Sagesse et

 

wa Asbahna

 

le 22 novembre à 19:13 
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« Je veux entendre ta voix »
Ils étaient de jeunes étudiants . Insouciants . Elle sérieuse. Un peu trop peut-être . Naive , certainement . Lui, le révolutionnaire à la Che Guevara d'arrière garde , mal recyclé par la mondialisation . Cheveux
en désordre , barbe de paresseux . Grands rires renversants . Sourire moqueur de celui qui détient le monde entre les mains et l'avenir sous les bras . Un laisser-aller ostentatoire dans la tenue , la démarche , le balancement de la tête . Regard séducteur faussement indifférent . Insolent . Ou qui voudrait le paraître .
Ils se sont aimés . Pas simultanément , mais successivement . Par bêtise, par jugement hâtif, par idées post-conçues, par excès de fausse fierté mal placée.
Pour elle, il était aussi charmeur que charmant. Aussi séducteur que séduisant .
Les mois passent et les projets d'avenir se précisent , et même quelques préparatifs .
Jusqu'au jour de la catastrophe . Du chamboulement . Le jour où il ne voulait plus la rencontrer, lui parler, ni même la regarder . Et ce fut le début d'une série de lettres tsunamiènnes .Un déluge , un volcan qui se déversait de toute sa hauteur . Aucune réponse . Aucune explication.
Puis une rencontre , une demande d'éclaircissement et du mépris , en deux ou trois mots . Elle n'insista pas , se retira , et près d'un mur à côté, elle s'est mise à vomir, vomir, vomir tout ce qu'elle avait dans le ventre, les entrailles , les veines, le cœur, le sommeil, les rêves et les utopies . Elle a tout rejeté même ses spectres et fantômes . Et ce fut la délivrance . Une porte de fermée, et de bien fermée .
Un beau jour, un mail . Nom et prénom puis une phrase laconique : « Je veux entendre ta voix » !
Toujours ces « je », ces « veux » . Secs, autoritaires. Sans préalable . Sans transitions , de mâle mal léché, de chat sauvage, de loup égaré dans la fausse dignité , dans l'arrogance séculaire, héritée des millénaires de patriarcat .
Elle a vu les choses comme ça . Elle voulait les lire ainsi .
Après des années de silence , des années plates, des années qui ont sauté le temps, sans ponts . Années puits, sans fonds, sans cordes , sans seaux, sans eaux . Après lui avoir fermé portes , fenêtres et moucharabieh . Plantée là , perdue, au milieu d'un cercle sans fin , sans début, sans circonférence . Et , là , revenir avec ses « je »et ses " veux » , à l'impératif .
Il lui semblait , après coup , que même la barbe était fausse , même le rire était artificiel ...Elle le voyait jouer un rôle , le jouer mal , comme un faux-vrai pantin . Et elle était tombée en extase devant sa mauvaise pièce de théâtre, sa comédie burlesque , sa marionnette de la commedia dell' arte .
Évidemment , le mail n'a rencontré qu'un formidable mépris . Il l'avait mise dans un état de refus total , refus du passé et de ce présent lacunaire , sans consistance . Ce présent matérialisé par un ordre, qui sema le désordre dans sa vie trop rangée , une vie sans turbulence, calme et désenchantée .
Elle s'était détournée comme triomphalement . Elle se mentait à elle-même, et ce mensonge était presque un abri , un autre oubli . Elle sourit à elle-même. A son tour d'arborer ce sourire moqueur , d'afficher de la désinvolture , de se vêtir d’indifférence . Une revanche amère et futile, sans jeu ,sans enjeu . Surtout ne pas répondre à ce blanc bec qui se croyait le cheikh de la tribu , le Antar du XXI ème siècle , dénudé , désarmé et sans monture . Elle voulais imaginer tout ça. . Cela convenait à son décor. Cela plaçait les pièces manquant à son puzzle torturé et trituré , à l'image de fond floue et cabossée .
Tout fut brisé peu de temps après par l'annonce de son décès et un nouveau couteau glacial pénétra son ancienne plaie , sans l'ouvrir ni la fermer .
Un cancer à la gorge . Il avait brûlé sa vie par les deux bouts .
Le « je veux entendre ta voix » ne pouvait être que laconique , brutal . Il venait de quelqu'un sans voix, sans voies respiratoires . Aussi l'avait-il réclamée de sa clinique, de son lit de mort .
Pendant les funérailles , un ami commun s'est mis à lui expliquer, expliquer, expliquer...Qu'il n'avait jamais renoncé, jamais cessé, jamais ,, jamais ,,Il avait cru,, des rumeurs,,des paroles rapportées,,, Explications qu'elle ne désirait ni entendre , ni comprendre, ni suivre . Elle était ailleurs pendant que l'autre débitait . Elle avait l'impression de visionner le film de sa vie à l'envers , décousu par un inconnu, un étranger qui ne se doutait nullement de ce qu'il remuait . Il voulait lui transmettre les regrets d'outre-tombe , des regrets caverneux . Elle ne voulait plus rien comprendre . Elle se sentait tel un fleuve qui ne se souciait plus de la digue qui a détourné le courant de sa vie , qui l'a éloigné de sa mer naturelle, légitime, pour le jeter vers d'autres rivages inconnus où il lui fallait creuser un nouveau lit incommode, provisoire, éternellement provisoire et toujours à la limite du débordement .
Ce n'est pas toujours facile de se mettre à saisir sa vie par la fin . Elle renonça à ces flash-back douloureux . Elle n'avait pas suffisamment d'énergie pour superposer les puzzles : l'ancien, celui avec lequel elle avait vécu en pensée et le nouveau qui se voudrait plus clair .
Ce n'était pas parce que c'était trop tard . Le temps ne pouvait plus prétendre à une succession logique habituelle . Il n'y avait que des morceaux de temps flottants .
Il y avait le temps qui nourrissait, celui qui sommeillait, celui qui se réveillait...et celui qui tuait . Et c'est le temps qui devenait un puzzle dispersé , jeté en l'air et qui retombait en aspergeant son être .
« je veux entendre ta voix », lui paraît maintenant venir de loin . De là où la communication était définitivement coupée . Pas en elle .Toute vie recèle une part de ses morts , qui restent tapis quelque part dans le corps, dans l’âme, dans le verbe, dans le souvenir d'un regard à moitié effacé . Comme un écho qui se promène parfois dans le ventre .
Il paraît que c'est ainsi que font les morts : ils retournent se lover dans un ventre . Chacun choisit le sien , le plus réceptif . C'est leur manière de narguer ce « définitivement « .
Dans chaque rebelle , ou faux rebelle sommeille un amoureux transi . Il y a toujours quelque part une femme en diaphane où se dilue la transparence d'une fausse arrogance .
.
Naima Benabdelali
45 commentaires

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merci cher ami !!
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J’adore ,et ça me rappelle des êtres, des visages ....et une époque .Quel talent chère Naima
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Fouzia Doukkali
bonjour, j'avais pensé à toi en l'écrivant 😍
Je te remercie de ton passage , chère amie
Fouzia
Une belle romance tragique, et un beau style
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  • 1 sem

Mhammed Mezzour
Ahlan,cher
Mhammed
, merci et belle journée !!
Magnifique et laisse bp a réfléchir ton amie d enfance
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  • 1 sem

Jawaher
; mon amie d’enfance et de toujours , merci d'apprécier ma chère !!
Du talent.
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Samia Lamine
merci, Samia,,,bonne journée !!
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Quelle plume...!
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  • 1 sem

Bravo. Art de la narration, des images. C'est simple, c'est la énième fois que je relis le texte. Bravo et merci pour le partage.
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  • 1 sem

Bonjour
Amal
ravie de ta présence !!!
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    • 1 sem
Ahlan Naima. J’ai pensé en te lisant à la coulée de lave d’un volcan.
Plume ciselée qui nous fait découvrir avec maestria les affres de l’amour et le tragique de l’incommunicabilité des êtres.
❤️❤️❤️❤️❤️
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Bonjour ma grande,,,un passage remarqué et remarquable, comme toujours !!!!! Merci chère amie de me lire si attentivement , en mettant le doigt sur le point nodal !!!!
Magnifique Naima. Je suis vraiment impressionnée !
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  • 1 sem

Najiba Sbihi
Alan, Ahlan,
Najiba
, une présence qui m’honore ,,,j’espère que tout le monde va bien !!!!!
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Très belle plume
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  • 1 sem

Graziella Tamraz Delacour
merci bien !!! très bonne journée Graziella , au nom plein de grâce !!!
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Regal chère madame et merci 😍
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Moncef Laghmani
merci, merci beaucoup !!!
Captivant. On dirait l'épilogue d'un roman en gestation. Allez-y, les lecteurs voudront "entendre ta voix"
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Larbi Wafi
merci , merci pour tes encouragements, cher ami !!
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Un beau récit d une déchirure et d un long déchirement. Poignant.
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Anas Tazi
Merci Anas, une présence réconfortante !!
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    • 1 sem
Sans voix...j’adore
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Quelle analyse subtile de toutes ces émotions si complexes qui dévorent le cœur et laissent la vie en lambeaux ... Amour, haine , indifférence, regret ... Chacun cherche sa voie, ou sa voix pour crier son espoir ou sa désespérance tant qu'il lui est encore possible de le faire.
Douce soirée à toi , chère
Naima
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  • 1 sem

Marie Bernadette
Merci de toujours me lire avec intérêt et attention,,C'est une joie pour moi de lire tes réactions si pertinentes !!
لا فظ فوك، ما أروع قلمك، دام فيضه و تألقه
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Naima, moi je suis de la vieille école...pour moi dire à quelqu'un لا
فض فوك
C'est un compliment.... et merci de la correction...
C'est un compliment , bien sûr ,,,je blague un peu sur le ministre 😉
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Quel beau récit d'une description époustouflante et chirurgicale !
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Nasser Moha
merci pour ton passage si encourageant
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Bravo, sublime et profond récit.
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Naima Berrada
Merci ma chère !!!
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