La corde
Dans les temps les plus anciens, la paix et la prospérité régnaient
sur la terre. La nature était généreuse et clémente. Les Hommes, tous bénis, jouissaient d’un état
de justice, grâce à une corde. Une immense montagne trônait dans les environs, une
montagne sans début ni fin, trouée en son centre, en haut. Du trou descendait
une grosse corde, une corde tissée de mains de maitre, tissée de transparence
et d’opacité. Elle était sacrée et vénérée. Honorée de tous, car elle savait
dire le vrai et le faux. Elle ne connaissait que cela, mais elle le connaissait
bien et jamais elle ne se trompait.
On lui posait la
question dont on voulait vérifier la véracité et trois jours après on revenait.
Si le fait ou dire était vrai, la corde descendait jusqu’à un niveau bien précis, sinon la corde tombait
beaucoup plus bas. Ainsi, la corde pouvait-elle rendre des jugements, partager
des adversaires, résoudre les litiges entre commerçants, entre époux, entre
prêteurs et emprunteurs, et tout le monde se soumettait à son verdict sans
jamais le contester. Les chicanes furent abolies par la force des choses et par
la pertinence, la rectitude, l’équité et la loyauté de la corde. On considérait
son jugent infaillible et irrévocable.
Ce fut ainsi pendant des millénaires. Car, en matière de
représentations et de croyances, il faut toujours compter par millénaires.
Jusqu’à ce que des petits malins s’amusèrent à introduire un virus dans ce qui
servait de disque dur à la corde. Il y a plusieurs relations là-dessus :
certains prétendent que c’était les politiciens, des hommes de pouvoirs qui
avaient trafiqué le mécanisme interne de la corde, simplement en lui disant les
choses et leurs contraires, jusqu’à la perturber. Les autres pensent que c’était
les intellectuels qui lui posaient des questions si subtiles qu’elle ne savait
quoi répondre. Des questions qui exigeaient des réponses plus élaborées, , des
questions dont une partie était vraie et l’autre fausse, des questions à la
fois vraies et fausses selon les conditions. La corde qui ne savait que le vrai
et le faux, et ne savait pas couper les cheveux en quatre, fut complètement
détraquée.
D’autres affirmèrent
que c’était les spéculateurs qui désiraient fausser les jeux de leurs
adversaires et du marché. D’autres accusèrent les publicitaires ,d’autres les
fabricants de cigarettes.
Finalement, on mit tout sur le dos des journalistes, dont on
parlait toujours au pluriel pour brouiller les pistes. On invoqua même la
théorie du complot, et pourquoi pas. Plusieurs sigles furent prononcer :
comme la MMA, La SBR,,,,et bien d’autres. .
Et la corde n’en
faisait qu’à sa nouvelle tête. Elle s’allongeait, rétrécissait, puis se rallongeait, remontait
jusqu’au plafond, redescendait jusqu’à terre, sans signification ni motif. Elle
avait perdu son sens et bon sens.
On a tout essayé pour rendre sa bonne forme à la Corde :
des G7, des G10, des G20, des G100… On a même été jusqu’au G2. Aucune
communauté nationale ou internationale ne put résoudre le problème. On ne
savait peut-être pas. Les mauvaises langues disaient qu’on ne voulait pas, car
la corde était trop franche ou trop bête, ou trop simpliste,,,,
Toujours est-il que le mensonge trouva libre court parmi les
Hommes. Ils s’en accommodèrent très bien. Ils lui inventèrent même ses réseaux sociaux.
Naima Benabdelali
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