C’est une historiette que j’ai rencontrée par hasard dans ce genre de livres en plusieurs tomes très répandus dans l’aire arabo-musulmane et qu’on appelle « Al Mawsou’ât », les Encyclopédies. Des livres qui regroupent un savoir très large, dans plusieurs disciplines qu’un « honnête homme » se devait d' assimiler pour briller dans les conversations des Salons.. Vérités historiques, créativité, rumeur, mensonges, sentences, blagues, et tout le reste. Un beau mélange ! C’est pourquoi je ne peux pas affirmer que c’est une menterie. Et je ne dispose d’aucun élément pour établir sa véracité. Ceci importe peu en réalité.
Cette anecdote aborde la problématique de la « queue », Tâbour, ou saf en arabe.
Il parait que c’est un phénomène très ancien et qu’il date d’Adam et Eve qui lors de leur descente du Paradis ont dû faire la queue. Certains Ulémas affirment que c’était Adam qui était en tête, parce que c’était l’Homme et Eve devait toujours suivre. D’autres fuqahas prétendent le contraire pour plusieurs raisons dont la galanterie, la jalousie, la protection, la surveillance, l’affirmation du sentiment de puissance. Plusieurs volumes ont été rédigés là- dessus mais la question n’est pas encore tranchée.
La queue ne concernait pas uniquement les humains mais également les animaux. C’est ce qui explique l’attitude moutonnière de certaines bêtes. Les animaux sauvages gardent encore en tête ce souvenir paradisiaque, et même les oiseaux migrateurs qui font la queue dans le ciel, et les bancs de poissons…Il parait que même les arbres dans la forêt font la queue, ainsi que les montagnes, les vagues..C’est un phénomène universel que les terriens doivent à notre chute originelle.
Des fois, au lieu de faire la queue en file indienne, on préfère faire plusieurs files, quand il y a plusieurs guichets, comme pour les arbres ou certains troupeaux.
Tout cela pour arriver à l’Arche de Noé.
Enfin l’Arche se posa sur la terre ferme, sur le sec, après son long périple humide. Joie et bonheur. On fit la fête, sorte de Mawazines avant l’heure, de rave Party, et on s’apprêtait à quitter les lieux, à se libérer en quelque sorte. Tous étaient pressés d’abandonner le bagne flottant. Trop de monde et trop diversifié : les grands, les petits, les lents les rapides, les faibles, les vigoureux. Une organisation s’imposa, pour canaliser la foule excitée et éviter toute bousculade. On décida alors de faire la queue pour sortir du navire en ordre. Une longue queue. Très, très longue queue qui souvent ralentissait lorsque c’était le tour d’un escargot, d’une tortue, d’une fourmi et de leurs milliers d’espèces.
Il y avait beaucoup de temps à passer. On sait que tous ces êtres vivants étaient en couple et qu’ils étaient privés de tout accouplement durant tout le séjour pour ne pas encombrer l’espace de leur progéniture et faire chavirer le bateau. Hommes et animaux se mirent alors à copuler en attendant leur tour de quitter l’embarcation.
Il s’est produit alors un phénomène bizarre. Plus on attendait, plus on copulait et plus on croissait et plus la queue devenait encore plus longue, à cause ou grâce aux nouveaux nés, et plus la queue s’allongeait et plus on avait le temps de se reproduire, et le phénomène s’amplifiait quand les enfants eux-mêmes arrivaient à l’âge de la procréation, ainsi que les petits enfants. Tout ce petit monde ralentissait la queue qui devenait interminable, certains même, la pensaient éternelle, car il y a encore des espèces qui continuent actuellement à faire la queue en se reproduisant.
Combien de temps faudrait-il pour vider l’arche de ses habitants. Certains statisticiens avancent des chiffres incroyables. Ils refont leurs calculs et leurs extrapolations et retombent toujours sur des chiffres faramineux ; car disaient-ils l’Arche était entrée dans un cercle vicieux, dans une sorte de tourbillon et s’entretenait d’elle-même à l’infini, de sa propre progéniture, d’autant plus qu’elle n’avait même plus de problème d’approvisionnement , étant sur une terre fertilisée par l’humus accumulé durant la période humide.
Moi, je ne croyais pas tellement ces racontars biscornus. Tout cela me paraissait un peu exagéré, jusqu’à ce que je tombe nez à nez sur une « tradition » arabe qui attribue à Noé un âge phénoménal. Il parait que notre patriarche a vécu pendant des milliers et des milliers d’années, l’âge nécessaire pour veiller à l’évacuation de sa précieuse barque.
Souvent, il m’arrive de me demander, dans un aéroport, dans un supermarché, devant un feu rouge, dans une banque, élément anonyme d’une queue interminable, si je ne me trouvais pas encore dans l’Arche du père Noé, attendant mon tour pour quitter les lieux !!!!
Naima Benabdelali
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