Dada
(ma gouvernante), a touché la vieillesse de l’autre bout ; et les
vieillards l’appelaient Grand-Mère. Elle avait les yeux violets. Oui,
comme des papillons mais en moins agités. C’est pourquoi, elle n’a
jamais éprouvé le besoin de porter des lunettes. Moi, j’étais persuadée
qu’elle était née avec des cheveux blancs et une dent en moins. C’était
son secret, mais elle en avait plein de
secrets, ou plutôt d'énigmes.C'était une rêveuse au sens pratique. Le
plus drôle, c’est que je ne m’étais jamais aperçus qu’elle avait des
rides. Elles étaient invisibles pour moi. Et le sont encore !
Elle avait un rapport curieux à la terre, au sol qu'elle tapait très fort avec les plantes des pieds et refusait obstinément tout moyen de locomotion, mais elle marchait très vite, très vite, en plaçant les bras derrière le dos, comme pour mieux s'approcher de la terre, en calant ses souliers sous ses aisselles. J'avais une peur folle qu'elle ne prît ainsi son envol, et sans m'en rendre compte je tendais mes petits bras pour la retenir. Elle me tenait alors la main, et d'un geste furtif et assuré, m'installait confortablement sur son dos. J'étais fière, fière. Je sentais que le monde m'appartenait et je me laissais bercer par le rythme de sa marche ralentie. Je me réveillais quand mes petits pieds touchaient à nouveau terre.
La première chose que j’ai oubliée d’elle, c’était le son de sa voix. Il me semble ne l’avoir jamais entendue prononcer mot, pourtant ses dictons pertinents et ses remarques judicieuses me collent à la peau. Je la voyais toujours de loin car elle s'ingéniait à créer une distance entre nous deux. Son indifférence ne m'était pas pénible. Peut-être que nous évoluions dans deux mondes différents. Chacune vacant à ses préoccupations. Je lui suis encore reconnaissante de m'avoir vite appris à cultiver un désir ardent d'autonomie et d'autogestion. Elle ne me couvait pas. C'était son style à elle. Elle s’appelait Yasmine, mais ce prénom, à lui seul, est toute une histoire ! Je vous la raconterai un jour, si ça vous intéresse.
Naima Benabdelali
Elle avait un rapport curieux à la terre, au sol qu'elle tapait très fort avec les plantes des pieds et refusait obstinément tout moyen de locomotion, mais elle marchait très vite, très vite, en plaçant les bras derrière le dos, comme pour mieux s'approcher de la terre, en calant ses souliers sous ses aisselles. J'avais une peur folle qu'elle ne prît ainsi son envol, et sans m'en rendre compte je tendais mes petits bras pour la retenir. Elle me tenait alors la main, et d'un geste furtif et assuré, m'installait confortablement sur son dos. J'étais fière, fière. Je sentais que le monde m'appartenait et je me laissais bercer par le rythme de sa marche ralentie. Je me réveillais quand mes petits pieds touchaient à nouveau terre.
La première chose que j’ai oubliée d’elle, c’était le son de sa voix. Il me semble ne l’avoir jamais entendue prononcer mot, pourtant ses dictons pertinents et ses remarques judicieuses me collent à la peau. Je la voyais toujours de loin car elle s'ingéniait à créer une distance entre nous deux. Son indifférence ne m'était pas pénible. Peut-être que nous évoluions dans deux mondes différents. Chacune vacant à ses préoccupations. Je lui suis encore reconnaissante de m'avoir vite appris à cultiver un désir ardent d'autonomie et d'autogestion. Elle ne me couvait pas. C'était son style à elle. Elle s’appelait Yasmine, mais ce prénom, à lui seul, est toute une histoire ! Je vous la raconterai un jour, si ça vous intéresse.
Naima Benabdelali
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