vendredi 13 décembre 2019

une ville en moi

Une ville en moi
les fantômes n'existent pas . Tout le monde le sait. Celui que j'ai rencontré hier était même très serviable. Il tenait la lampe qui m'a aidé à parcourir le dédale des ruelles de Salé, ma ville natale. La lampe, elle, elle existait bel et bien. Elle ressemblait un peu à celle d'Aladin . Normale, dans une cité immergée dans les traditions, meublée d'affabulations, parcourue de récits, et à moitié en ruines.
Parfois, il me suivait, d'autres fois, il me précédait . Grâce à sa lumière pale, je n'ai pas trébuché une seule fois dans ces vieilles ruelles accidentées, tourmentées par un nombre infini de pas, de belghats, qui déplaçaient le poids des vies successives, le poids du temps . Le temps ici est très palpable . Il sent la sueur et les demi-sourires des salutations .
Je ne savais pas encore qu'une ville de piétons pouvait s'allumer puis s'éteindre, s'allumer puis s'éteindre, encore et encore, indéfiniment, au rythme des semelles. C'est peut-être juste une douce harmonie du passé métamorphosé par un présent rendu nostalgique, par une douleur qui a du mal à se contenir.
Le va-et-vient de la lumière accentuait les nodosités des anciens murs à moitié échaulés, qui apparaissaient encore plus vivants que du temps de mon enfance. Ils se rapprochaient jusqu'à vouloir m'écraser, puis s'éloignaient, comme pour me narguer, comme pris eux-mêmes dans un tourbillonnement vertigineux. Comme hallucinés . J'ai compris , après coup, que ce trouble leur venait des coups en sourdine des heurtoirs en forme de mains . IL paraît que les heurtoirs des anciennes médinas gardent les empruntes sonores de ces coups qui se sont répété des dizaines et des dizaines d'années durant . Les portes n'en retiennent que les échos qu'elles enfouissent dans leurs innombrables gros clous décoratifs. Les murs aussi doivent garder quelques notes plus ou moins longues ça et là. Ce qui explique quelques gonflements, par endroits, quelques aspérités, que la lumière intermittente mettait en relief, tout comme mes souvenirs hésitants et qui avaient du mal à se retenir , comme on dit d'une larme....
Naima Benabdelali

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