L’enchanteresse ivre
Il y a quelques années j'ai fait la connaissance sur Facebook d'une Libanaise. Joli brin de fille .Elle aime se prendre en photo, et sait le faire admirablement . Chaque jour elle nous gratifie d'un portrait. Elle a l'art de se mettre en valeur par des maquillages, des coiffures, des accessoires appropriés . Elle joue de son rouge à lèvres comme de ses cheveux de façon aguichante , séduisante, rehaussée d'un sourire à plein dents, à vous fendre l'écran . Elle a de grands yeux , sans douceur . Des yeux qui essaient de pénétrer en vous par un regard insistant, dévorant, vorace , sauvage et hallucinant , qui voudrait engloutir ses alentours . Elle est belle, belle, vraiment belle, comme seule une sorcière pourrait l'être.
Ce que j'apprécie en elle , ce n'est pas l’esthétisme de ses photos, mais celui de ses mots . C'est une poétesse . Une vraie . Elle fait danser la langue arabe . Des danses variées, opposées, antagonistes . Cela va du Gnawa au tango en passant par la valse , une valse à l'orientale . Elle avoisine des mots sans aucun cousinage . Elle leur fait subir des acrobaties vertigineuses . Elle les entortille, les fait soumettre à des accolades et des rejets entre eux , les jette vers le ciel et les rattrape en tombant , en les brusquant, les brisant par des enjambées glissantes, pour les remettre debout fiers et hautains , dans une extase digne d'un Rûmî . Elle vous surprend par la place qu'elle réserve aux métaphores, aux allitérations , aux consonances, à la répétition , grâce auxquelles elle s 'amuse à troubler toute harmonie. Elle a conscience que c'est un certain désordre qui fait la force de ses écrits . Elle happe par un délicieux cahots oscillant . J'avoue qu'il m'est difficile de faire palper l’envoûtement de ces poèmes .
Poèmes courts . Des petites histoires tronquées, sans début ni fin , allusives , aux bords déchiquetés comme en proie aux feux .
Vous vous en doutez bien, avec ses atouts physiques et intellectuels, cette jeune dame, provoque chaque jour , un tollé d'admirations . Sa liste de fans n'en finit pas de finir . Des commentaires élogieux débordent de sa page et atteignent les pages des voisins . Des bravo, des cœurs, des applaudissements, et des mots qui dans leur élan dithyrambique confondent corps et âme : portrait et poème , avec bravoure et délicatesse . Le déchaînement quotidien épuise toute la panoplie des symboles et des couleurs que fb met à disposition .
Et elle, elle trône majestueuse au milieu de la foule virtuelle comme une fée qui traîne sa magie savoureuse derrière elle , avec des pas de velours, de velours carmin , car le carmin , c'est sa couleur de feu , des lèvres aux cheveux , et aux robes , aux sangs des martyrs qui irriguent ses mots en filigrane .
Elle répond à tout le monde. Quelques mots. Les banalités les plus navrantes , mais elle se fait un honneur de répondre , malgré la très longue liste des commentaires . Elle doit passer une bonne part de sa matinée à exécuter ce devoir .
Elle est encore sur fb. J'aime passer la saluer pour me ressourcer de son grand sourire, de sa photo du jour, et surtout, surtout de ses petits bijoux de poèmes . Je l'appelle ma reine cramoisie et elle me répond par des mots sans importance .
Sur Fb, les gens sont souvent discrets sur leur vie privée . Ils ne veulent montrer qu'une part d'eux-mêmes, et c'est déjà beaucoup . Il me semble qu'elle ne se reconnaîtra pas dans ce portrait que je dessine, moi . Elle doit se voir autrement . On perd l'image qu'on donne de soi, chacun en prend un bout . Le bout qui correspond à son humeur .
Un jour je vous raconterai la suite .
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