nouvelles et contes à ma façon

mercredi 12 août 2020

Rêve N° 16 Le rêve de la Belle au Bois Dormant

Rêve N° 16
Le rêve de la Belle au Bois Dormant
Elle avait dormi très longtemps. Le grand sommeil. Peut-être le plus
grand de tous les temps réels et imaginaires. Paradoxalement, elle n'a
pas fait beaucoup de rêves. Non, non ! Un seul rêve capta tout son
grand sommeil et l’occupait pendant une éternité de temps.
Elle était assise dans le vaste jardin du palais paternel, à même la
pelouse. Dans cet infini, tout lui semblait sans bornes, même son
propre corps. Sa robe blanche formant comme une large fleur
contrastant délicatement avec l'intensité de la verdure du gazon.
Elle ne regardait rien et respirait tout .Contente d'être, d'être là.
Unique, singulière et ne faisant qu'un avec l’immensité ambiante. Et
voilà qu’elle vit près d’elle quelque chose d’étincelant. Une petite
chose, minuscule à se fondre dans l’herbe. Une aiguille. Une aiguille
sans fil. Et qui bougeait, s’acheminant vers l’ailleurs. Elle n’était
pas seule ; mais suivie par une autre, puis une autre…encore et
encore. Des dizaines, des centaines, des milliers d’aiguilles en queue
leu leu, debout sur le gazon, se dandinant. D’abord en ligne droite,
puis en ronds parallèles, puis se mettant à exécuter des figures, des
scènes, des performances magiques, en cadence , comme obéissant à une
musique interne, inaudible. Le spectacle était fascinant, digne des
plus grandioses comédies musicales.
Une danse pétillante, , alerte, légère, amusante, cocasse, en harmonie
avec les reflets du soleil sur les corps agiles des petites aiguilles
qui leur conféraient des jeux d’ombre et de lumière ,de l’ordre du
vertige.
Danses lancinante, douces et languissantes . Et pleines d’énergie et
de mouvements à la fois. Se couchant sur l’herbe puis surgissant comme
des jets d’eau confondant verticalité et horizontalité, courbes et
lignes brisées.
Les scènes incarnaient les vents errant vers les cieux, les vagues
grimpant en concours, les houles en réserve de lumière, des îles
innocentes et endormies, des ouragans moqueurs, des volcans rieurs,
des soleils en majesté, des lunes en nudité. Tout cela s’éparpillait,
éclatait et se regroupait, en ordre- désordre aspirant à une
fraternité avec les étoiles.
La Belle ne pouvait en détacher les yeux. Elle s’était même oubliée .
Il lui semblait devenir une aiguille elle aussi. Intégrée. Absorbée.
Complètement bue. Avalée par ces tourbillons de scintillements aux
cadences paradisiaques et infernales. Par cette danse de séduction .
Hallucinée, illuminée, entrainée, elle tendit la main , prit une
aiguille, la déposa dans le creux de sa paume et la contempla en
disant : Quelle innocence de fourmi solitaire. L’aiguille sauta sur
son doigt et le piqua.
Ce fut comme un signal à toutes les autres. Et chacune y alla de sa
petite piqure. Une piqûre des bouts des lèvres, comme un baiser
furtif, comme une révérence. La révérence d’une épine.
Quelques gouttes de sang sur la blancheur immaculée de la robe.
La Belle resta ahurie. Comme pétrifiée. Ne cria pas, n’appela pas, et
se laissa enchainée par cette immense orgie de petits viols.
Les aiguilles s’affairaient machinalement, comme obéissant à un ordre
interne, puis tombèrent épuisées, l’une après l’autre, formant comme
un tapis ivre aux pieds de la princesse. Sorte de cadavres
scintillants, abattus, comme vidés de leurs substance, comme si elles
avaient donné jusqu'à leur essence.
La Belle déchira alors un large pan de sa robe, l’étendit sur la
pelouse et se mit en devoir de ramasser ces petits corps inertes,
totalement soumis à sa volonté. Elle ramassa, entassa, regroupa,
déposa sur la soie tendue….et elle ramasse encore. Cela dura
longtemps, longtemps. Un long rêve pour un long sommeil…à tel point
qu’il lui semblait que plus elle en ramassait, plus il y en avait,
plus elles surgissaient, d’ici, de là, de là-bas, d’ailleurs et de
nulle part …
Et dire qu’on voulait justement la préserver des piqures d’aiguilles !!!
Naima Benabdelali
16 commentaires





 

Publié par Naima Benabdelali à 01:45
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