Rêve N°17
Le rêve de la marâtre de Blanche-Neige
Comme à son habitude, chaque matin, la belle reine se dirige vers son miroir fidèle et lui demande :
_ Quelle est la plus belle femme au monde ?
Le miroir ne répond pas cette fois. Elle se penche vers lui, et encore plus près, plus attentivement, n’en croyant pas ses yeux. Qu’est-ce qu’elle y voit ? Non, non pas son reflet à elle, non, non !
Elle y voit un prince charmant, ensorcelant, tout en blanc, sur un cheval blanc, les rênes dorées flottant négligemment entre ses mains.
Quelle beauté, quelle fierté, quelle dignité souveraine, quelle distinction !!!!
Il ne faisait qu’un avec son cheval, dans l’élégance, la noblesse, la majesté et la puissance. Un vrai prince, se dit-elle, venu d’une contrée lointaine pour la ravir, l’enlever sur son destrier. Elle se sent déjà, à ses côtés sur la belle monture qui remue les pattes comme pour l’inviter au plus beau rapt de sa vie.
Elle regarde le prince attentivement, le fixant encore et encore, comme par peur qu’il se détourne ou regarde autre chose. Elle est subjuguée, fascinée. Le prince descend lentement de son cheval, avance, avance vers elle comme en dansant, en flottant, toutes ailes dehors. Il sort du miroir et lui tend une main tendre, pleine de sollicitude et de prières.
Elle comprend d’un coup, comme par révélation soudaine, que ce n’est pas Blanche-Neige qui la préoccupe , mais le blanc prince. Finie la rivalité. Finie la jalousie. Finis les enfantillages, Finis les concours fallacieux de beauté. Son prince est là, à sa portée , et le voilà qui s’agenouille à ses pieds et qui délicatement dépose un baiser sur les bouts de ses doigts si effilés. C’était donc pour lui qu’elle voulait être la plus belle !!
Quel enchantement, quelle extase, quel vertige, quelles voltiges. La reine est déjà au septième ciel, enveloppée du sourire tendre de son bien-aimé. Ses prunelles, écarquillées restant collées à sa personne, comme le dévorant, l’avalant. Elle voudrait bien se fondre en lui, être lui. Ses yeux étincellent, ses lèvres palpitent, se joues se chauffent,. Elle ressent son bonheur jusque dans les battements de ses cils, aux fourmillements imperceptibles de ses bouts de doigts. Son cœur est là,, bien dans sa poitrine. Elle n’en avait jamais senti la présence,,,Et c’est alors que le prince la prend par la taille, comme la sentant défaillir, un fétu de paille dans ses bras. Il la maintient, la soutient, toute légère, aérienne.
Elle s’abandonne à son pouvoir, à sa magie ensorceleuse. Elle n’est plus que sensations et harmonie. Cette excitation interne lui est très agréable.
Elle oublie le monde, son monde banal, quotidien, ordinaire. Elle oublie ses fuites matinales vers le miroir et sa Blanche-Neige. Elle est comblée. Elle rejoint l’envol du prince et pénètre dans le miroir en sa compagnie. Il l’installe devant lui et elle savoure son rapt et sa manière de laisser flotter derrière elle sa vaporeuse robe rouge et sa chevelure qui lui sert d’ailes.
Le cheval s’agite, se rebiffe, tape le sol, en avant, en arrière, puis se lance dans un saut vertigineux emportant sa proie vers l’inconnu du mystère, vers une mort à ce monde, de l’autre côté,, là où on n’arrive point.
Ce voyage dans le vide dure, dure , peut-être une éternité et un peu plus,,,,la reine caresse les anges.
Elle ouvre les yeux, étend les bras, s’étire, puis s’étire. Elle revient, et de loin. A ses côtés, elle entend son vieux roi qui ronfle, à bouche ouverte, le ventre en accordéon, joufflu , moustachu , sourcillé à gogo, carré sur tous les plans, abruti de satisfaction animale. Elle lui jette un coup d’œil voleur, se détourne, se lève et se dirige vers son miroir. Elle ne désire plus savoir si elle est belle . Elle l'est redevenue . Elle le sait .
Naima Benabdelali
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