El Mehraz (suite)
La bonne femme qui a trouvé une souris dans son mehraz s'appelait Aicha . La petite bête détala de toutes ses forces et se dissimula quelque part ni vue ni connue . Seulement voilà, Aicha ne pouvait plus toucher à son mortier. Pour elle, il était souillé . Non pas que la souris ait été sale par définition puisqu'elle fréquentait les égouts . Pour Aicha c'était une saleté d'une autre nature, une saleté démoniaque . Une sorte de Najassa , de profanation .
Perturbée par cet incident, elle alla chez la voisine, lui conta l'événement et sa révulsion vis-à-vis de cet ustensile diabolique , qu'elle avait désormais en horreur et qui lui donnait la chair de poule et des craquements de dents de dégoût .
__ Rien qu'au fait d'y penser, je sens mes os me déchirer l'intérieur de la poitrine . Je ne peux plus le toucher . J'aurais l'impression d'écraser la souris avec le pilon , de voir ses entrailles déborder , s'éparpiller, m'éclabousser , m'envahir les yeux , les narines, la peau, les habits... Non !! Non !! C'est impossible !!
Voyant Aicha pâle, tressaillant , soupirant, elle essaya de la calmer .
__ Ce n'est pas la peine d'en faire des cauchemars . On va trouver une sortie .
Qui dit sortie, dit Ommi Hadda .
C'était la conseillère générale , attitrée et universelle des femmes du quartier, de leurs parentes et amies .Elle en faisait ses choux et vivait à l'aise grâce à l'échange de ses services divers et variés, qui pouvait aller de faire l'intermédiaire à toute occasion, à cacher chez elle certains objets qu'on dissimulait aux maris, à jouer aux espions pour une raison ou une autre...Toujours prête à déverser ses loyaux services dans le secret et la discrétion, ses armes les plus efficaces . Il suffit de savoir demander .
Bref, elle se débrouillait pour éviter les brouilles et les scandales et résoudre les problème avec une diplomatie délicate , intéressée et à toute épreuve , car elle était imbue des us et coutumes et des traditions souterraines des petites bourgeoises , de leurs cachotteries, de leurs combines , de leurs états d’âme , de leur saute d'humeur, leurs hantises . Ces petites dames qui s'accommodaient allégrement de certaines manipulations magiques pour affronter leurs difficultés quotidiennes et leurs frustrations structurelles .
Les deux femmes convoquèrent Ommi Hadda et lui exposèrent la situation .
__ Il faut procéder à la purification du Mehrez , déclara-t-elle solennellement !!!
__ Comment faire ?
__ On demandera à un Fkih !!
Derrière Ommi Hadda, il y avait toujours un fkih, et derrière le fkih, il y avait toujours un Saleh (un saint homme ) , avec ses couleurs, ses drapeaux ses cierges et ses aides . Elle en connaissait tellement, et des spécialistes pour chaque affaires , des experts .
__ Je connais un fkih qui te rendra ton ustensile « niquel » , pur , vierge , angélique , comme un nouveau né .
Lorsqu' Ommi Hadda revint le lendemain, elle avait en tête la recette magique , infaillible , et elle leur récita la démarche à suivre scrupuleusement .
__Il faut récurer l'objet malsain sept fois avec la terre du sanctuaire de Sidi Moumen, en récitant des prières et des incantations , et en brûlant des amulettes écrites de la main d'un autre Fkih, durant tout le nettoyage et ce pendant sept jours consécutifs , pendant la prière de midi, quand les hommes sont devant Dieu , à la mosquée .
__ Mais c'est loin Sidi Moumen !! Et comment y accéder ? Se lamenta la voisine , effrayée .
__ Je me charge de tout . J'ai déjà engagé deux hommes . Il suffit de quelques ftouh à distribuer pour la bénédiction .
Les deux voisines comprirent finalement qu'il fallait récompenser les responsables du sanctuaires, les gardiens, les femmes à tout faire, les surveillants et sous -surveillants, les surveillants des surveillants, des aides, des balayeurs, des poseurs de cierges, leurs cousins et tous ceux qui pivotaient , de près et de loin , autour du mausolée, et qui s 'adossaient à longueur de journée contre les quatre murs et les petites murailles alentour , mal blanchis à la chaux .
__ Où trouver tout cet argent ? Dit Aicha désemparée .
__ Pas de problème . Si tu as un petit bijou que tu ne portes pas souvent , je me charge de l' hypothéquer chez un bijoutier de ma connaissance.
Et Aicha a dû sacrifier , avec amertume, son petit Khalkhal , sorte de bracelet pour les chevilles , plein de grâce et de légèreté . Elle se sentait un peu piégée quelque part , mais elle ne pouvait plus reculer .Trop tard .
__Je reviendrai dans trois jours Dit l’entremetteuse satisfaite .
Entre-temps , Aicha se débrouilla pour se confectionner une meule avec quelques gros cailloux, bien lavés avec du savon noir, de la cendre, et du chanvre .
Pendant toute cette opération de nettoyage, et tout en frottant ses cailloux, une idée insistante lui traversait l'esprit sur laquelle elle refusa de s'arrêter et la laissa flotter dans son flou : Pourquoi n'a -t-elle pas purifié son mehraz juste comme ces cailloux ,avec du savon noir , de la cendre et de l’huile de coude , sans fkih,ni saint, ni baraka ; se disant : « C'est pas pareil, c'est pas pareil » , tout en pensant que c'était pareil , qu'on s'était toujours débarrassé des saletés avec cette simple recette, depuis ses arrières- arrières- grands parents, et même avant , et qu'elle a toujours vu faire ainsi par toute la famille, tout le quartier , toute la ville, tout le pays, tout le monde..Enfin, elle supposait!!Elle chassa cette idée . Pas pareil.. Pas pareil ..
Maintenant qu'elle s'est engagée , grâce à Ommi Hadda , dans ce processus, il fallait le terminer . Après tout , c'était la bonne femme qui savait . Elle a toujours fait pour le mieux et discrètement . Et elle connaissait les saleh et les tolba et toutes leurs hiérarchies ascendantes et descendantes, depuis le début des temps, oui, depuis bien longtemps...
Elle n'arrivait pas à se convaincre entièrement , malgré son insistance , en disant :
__ Pourtant, la baraka, elle est volatile, et on ne sait jamais où elle demeure .
Au bout de quatre jours, la terre bénie arriva dans un panier à légume tout neuf, recouverte d'un tissu noir pour la protéger du mauvais œil et pour ne pas disperser sa pureté par la lumière et l'évaporation . Ommi Hadda assura que toutes les précautions d'usage ont été prises pour bien déplacer la terre consacrée.
Elle fit venir cérémonieusement Aicha dans un coin sombre et glissa furtivement l'amulette, les herbes sèches sanctifiées à brûler pendant le nettoyage et balbutia dans son oreille l'incantation nécessaire , brève et facile à retenir et qu'il suffisait de répéter infiniment .
A suivre
Naima Benabdelali
La bonne femme qui a trouvé une souris dans son mehraz s'appelait Aicha . La petite bête détala de toutes ses forces et se dissimula quelque part ni vue ni connue . Seulement voilà, Aicha ne pouvait plus toucher à son mortier. Pour elle, il était souillé . Non pas que la souris ait été sale par définition puisqu'elle fréquentait les égouts . Pour Aicha c'était une saleté d'une autre nature, une saleté démoniaque . Une sorte de Najassa , de profanation .
Perturbée par cet incident, elle alla chez la voisine, lui conta l'événement et sa révulsion vis-à-vis de cet ustensile diabolique , qu'elle avait désormais en horreur et qui lui donnait la chair de poule et des craquements de dents de dégoût .
__ Rien qu'au fait d'y penser, je sens mes os me déchirer l'intérieur de la poitrine . Je ne peux plus le toucher . J'aurais l'impression d'écraser la souris avec le pilon , de voir ses entrailles déborder , s'éparpiller, m'éclabousser , m'envahir les yeux , les narines, la peau, les habits... Non !! Non !! C'est impossible !!
Voyant Aicha pâle, tressaillant , soupirant, elle essaya de la calmer .
__ Ce n'est pas la peine d'en faire des cauchemars . On va trouver une sortie .
Qui dit sortie, dit Ommi Hadda .
C'était la conseillère générale , attitrée et universelle des femmes du quartier, de leurs parentes et amies .Elle en faisait ses choux et vivait à l'aise grâce à l'échange de ses services divers et variés, qui pouvait aller de faire l'intermédiaire à toute occasion, à cacher chez elle certains objets qu'on dissimulait aux maris, à jouer aux espions pour une raison ou une autre...Toujours prête à déverser ses loyaux services dans le secret et la discrétion, ses armes les plus efficaces . Il suffit de savoir demander .
Bref, elle se débrouillait pour éviter les brouilles et les scandales et résoudre les problème avec une diplomatie délicate , intéressée et à toute épreuve , car elle était imbue des us et coutumes et des traditions souterraines des petites bourgeoises , de leurs cachotteries, de leurs combines , de leurs états d’âme , de leur saute d'humeur, leurs hantises . Ces petites dames qui s'accommodaient allégrement de certaines manipulations magiques pour affronter leurs difficultés quotidiennes et leurs frustrations structurelles .
Les deux femmes convoquèrent Ommi Hadda et lui exposèrent la situation .
__ Il faut procéder à la purification du Mehrez , déclara-t-elle solennellement !!!
__ Comment faire ?
__ On demandera à un Fkih !!
Derrière Ommi Hadda, il y avait toujours un fkih, et derrière le fkih, il y avait toujours un Saleh (un saint homme ) , avec ses couleurs, ses drapeaux ses cierges et ses aides . Elle en connaissait tellement, et des spécialistes pour chaque affaires , des experts .
__ Je connais un fkih qui te rendra ton ustensile « niquel » , pur , vierge , angélique , comme un nouveau né .
Lorsqu' Ommi Hadda revint le lendemain, elle avait en tête la recette magique , infaillible , et elle leur récita la démarche à suivre scrupuleusement .
__Il faut récurer l'objet malsain sept fois avec la terre du sanctuaire de Sidi Moumen, en récitant des prières et des incantations , et en brûlant des amulettes écrites de la main d'un autre Fkih, durant tout le nettoyage et ce pendant sept jours consécutifs , pendant la prière de midi, quand les hommes sont devant Dieu , à la mosquée .
__ Mais c'est loin Sidi Moumen !! Et comment y accéder ? Se lamenta la voisine , effrayée .
__ Je me charge de tout . J'ai déjà engagé deux hommes . Il suffit de quelques ftouh à distribuer pour la bénédiction .
Les deux voisines comprirent finalement qu'il fallait récompenser les responsables du sanctuaires, les gardiens, les femmes à tout faire, les surveillants et sous -surveillants, les surveillants des surveillants, des aides, des balayeurs, des poseurs de cierges, leurs cousins et tous ceux qui pivotaient , de près et de loin , autour du mausolée, et qui s 'adossaient à longueur de journée contre les quatre murs et les petites murailles alentour , mal blanchis à la chaux .
__ Où trouver tout cet argent ? Dit Aicha désemparée .
__ Pas de problème . Si tu as un petit bijou que tu ne portes pas souvent , je me charge de l' hypothéquer chez un bijoutier de ma connaissance.
Et Aicha a dû sacrifier , avec amertume, son petit Khalkhal , sorte de bracelet pour les chevilles , plein de grâce et de légèreté . Elle se sentait un peu piégée quelque part , mais elle ne pouvait plus reculer .Trop tard .
__Je reviendrai dans trois jours Dit l’entremetteuse satisfaite .
Entre-temps , Aicha se débrouilla pour se confectionner une meule avec quelques gros cailloux, bien lavés avec du savon noir, de la cendre, et du chanvre .
Pendant toute cette opération de nettoyage, et tout en frottant ses cailloux, une idée insistante lui traversait l'esprit sur laquelle elle refusa de s'arrêter et la laissa flotter dans son flou : Pourquoi n'a -t-elle pas purifié son mehraz juste comme ces cailloux ,avec du savon noir , de la cendre et de l’huile de coude , sans fkih,ni saint, ni baraka ; se disant : « C'est pas pareil, c'est pas pareil » , tout en pensant que c'était pareil , qu'on s'était toujours débarrassé des saletés avec cette simple recette, depuis ses arrières- arrières- grands parents, et même avant , et qu'elle a toujours vu faire ainsi par toute la famille, tout le quartier , toute la ville, tout le pays, tout le monde..Enfin, elle supposait!!Elle chassa cette idée . Pas pareil.. Pas pareil ..
Maintenant qu'elle s'est engagée , grâce à Ommi Hadda , dans ce processus, il fallait le terminer . Après tout , c'était la bonne femme qui savait . Elle a toujours fait pour le mieux et discrètement . Et elle connaissait les saleh et les tolba et toutes leurs hiérarchies ascendantes et descendantes, depuis le début des temps, oui, depuis bien longtemps...
Elle n'arrivait pas à se convaincre entièrement , malgré son insistance , en disant :
__ Pourtant, la baraka, elle est volatile, et on ne sait jamais où elle demeure .
Au bout de quatre jours, la terre bénie arriva dans un panier à légume tout neuf, recouverte d'un tissu noir pour la protéger du mauvais œil et pour ne pas disperser sa pureté par la lumière et l'évaporation . Ommi Hadda assura que toutes les précautions d'usage ont été prises pour bien déplacer la terre consacrée.
Elle fit venir cérémonieusement Aicha dans un coin sombre et glissa furtivement l'amulette, les herbes sèches sanctifiées à brûler pendant le nettoyage et balbutia dans son oreille l'incantation nécessaire , brève et facile à retenir et qu'il suffisait de répéter infiniment .
A suivre
Naima Benabdelali
Naïma Smili Hamad "EOUA OU MEN BA3D ???,,,,,
Naima Benabdelali Demain , les amis !!
Naima Benabdelali exactement !!
Marie Bernadette Jadot J'attends la suite avec impatience, et je me demande ce que la petite souris est devenue dans l'histoire... :-)
Jawaher El Fassi Ca se voit que les bonnes femmes n avait rien faire au lieu de le jeter et d acheter un autre ca aurait couter moins cher bisous cousine je t aime pour ton art infini
Jawaher El Fassi J adore ton imagination
Hajji Laila Toujours présente j adore









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