vendredi 3 juillet 2020

vertige

Le vertige
Je n'arrive pas à trouver mes mots pour parler de notre situation actuelle .Comment me localiser sans le verbe, mon verbe ?
Un flou ?
Un brouillard ?
Tâtonnement ou égarement de l'esprit ?
Est-ce le gigantisme, la nouveauté, l'inconnu qui m’empêchent de faire une analyse lucide ?
Je me vois courir encore et encore, après une clairvoyance incertaine ?
Ce n'est pas que je n'arrive pas à concevoir le lendemain. Je sais que nos sociétés sont résilientes . Elles ne vont pas se bouleverser . Le changement véritable , dans un sens ou dans l'autre ne se fera pas comme par une baguette magique . Il y a trop de pesanteurs, trop d'intérêts en jeu , trop d'idéologies et de structures installées qui ne permettront pas de radicalités dans les changements , pour le meilleur et pour le pire .
Non , ce n'est pas l'après que j'ai du mal à imaginer , qui m'empêche de structurer mes pensées , mais le présent . Comment concevoir toutes ces sociétés caverneuses , solidifiées , arrêtées comme une séquence d'un vieux film ? Tout ce vide , ce néant, cette négation de l'activité ? Une vie qui respire collectivement et bouge individuellement , à l'étroit . Quel nom donner à cet handicape-là ?
Les vivants encagés , dans la peur et l'inquiétude, dans une angoisse obscure et intermittente, nourrie , à la fois, d'espoir et de désespoir. Des ventres qui se serrent, des cœurs qui bondissent et rebondissent puis se recroquevillent dans une paix forcée et éphémère,,
L'espace rétrécit , le temps se dilatent et le crâne s'éparpille dans une attente sans nom , fuyante , toujours décalée,,
Et surtout, surtout , tous ces morts que des journalistes consciencieux, fiers de leurs tableaux et de l'intelligence de leurs analyses, et comme dans une délectation morose , n'arrêtent pas d'en égrener les chiffres, d'en faire des graphes, des schémas , des comparaisons, exactement pareils à des cotations en bourse . Et la mort devient la vraie réalité .
Être submergée de chiffres, de leur abstraction implacable, saccadée, définitive, tranchante, indécente,impertinente, froide , ça a quelque chose d’hallucinant , de lancinant . Des gifles glaciales qui rodent, qui hantent , des couperets invisibles qui tombent, tombent, tombent ,,Les chiffres ont un aspect fondamentalement macabre .
Cette vague de vague qui m'engloutit sans m'englober et qui m'empêche de voir clair fait que je ne pourrais raconter que par bribes . Il me manque une vision d'ensemble, une sorte de synthèse, le bout des bouts, les différents coins qui la charpentent . Ce n’est pas l'image d'un labyrinthe. Je ne rencontre pas de murs, mais du vide . Est-ce que le néant a des repères ? Voltiger dans le non-endroit, le non-concept, la non-parole , ou plutôt la parole qui court d'une manière hallucinée derrière ses mots, mots fluides, sans consistance, des mots nus, incolores , ou inaccessibles . Comment tenir des fils d'ombre ? Comment décrire l'impossibilité de décrire ?
Parfois j'éprouve une folle envie de tenir le sol , comme pour m'y accrocher . J'éprouve un désir fou de réalité, de consistance, de résistance solide , pour me rappeler des certitudes , des évidences non branlantes . Revenir à mes rapports aux choses, aux êtres . Je voudrais pouvoir ne plus flotter entre une conscience aiguë, tourmentée et malheureuse et une inconscience malade de voir le monde lui échapper ...
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