- Intérieur / extérieurEntre les deux termes, ce n'est pas un jeu de complémentarité ou d'exclusion . Mais un enjeu de définition mutuelle , de révélation réciproque , de corrélation significative .Un pique-nique dans la forêt, au bord de l'eau ou en montagne , c'est lorsqu'on transporte son intérieur à l'extérieur et quand il n’y a pas suffisamment de monde sur les lieux , on est déçu . Un pique- nique est une osmose récréative entre l'intérieur et l'extérieur .Les courses, c'est lorsqu'on ramène l'extérieur vers l'intérieur . Jeu de vases communicants . Être à l’extérieur , c'est déjà être aussi à l'intérieur , parce que l'intérieur nous habite et on le promène avec soi , en pensée, en habits , en maquillage , en sacoches, en valises, en couffins, en poches , dans la voiture .Avec les perturbations climatiques, les tonnes d'insecticides divers et variés qu'on déverse partout et à tout bout de champ , certains insectes disparaissent . D'autres au contraire s'acclimatent , mutent et deviennent plus forts, plus résistants et s'adaptent à leur nouveau milieu pourri par les produits tueurs .Entre autres moyens de défense, ils s'amusent à proliférer d'une manière folle et envahissante . Ils se multiplient par millions et milliards .Les insectes dont je parle sont des mutants entre mites , charançons.. Toutes ces petites bêtes qui aiment loger dans nos maisons , se cacher , et que le plein air dérange . Des ombres fantomatiques , des mini vampires qui rôdent et grouillent à l'abri de la lumière . Ils se nourrissent de tout , bois, tissus, peinture, ciment, verre, plastique...ce qui leur permet de se multiplier encore davantage .Que font ces petites bêtes sans ailes ? Ils envahissent nos logements et font des ravages tsunamiques . Ils s'attaquent même à l'être humain , creusent des sillons dans sa peau, s'introduisent dans ces orifices et s'activent à le dévorer de l'intérieur , et peuvent même déposer leurs larves dans ses coins et recoins et affectent ainsi ses organes internes .Dans l'impossibilité de lutter contre ces hôtes indésirables, les humains ne peuvent que fuir et abandonner leurs foyers à ses nouveaux squatters redoutables .Les autorités décrètent qu'il est impératif de se confiner dehors pendant une période indéterminée .On vivra dehors .Comme dehors il y a plus d'espace , ça ne pourrait être qu'agréable . On pourra s'isoler à un, à deux, à plus et on commence à reconstituer en plein air, l'espace intérieur qu'on a transporté avec soi . On vivra comme sur une plage .Instinctivement les gens se mettent à recréer des lieux d'isolement , des cabanes, des cabanons, des murs de sables étayés , des parasols à panneaux,,des coins de rochers , des barques aménagées..En forêt pareil . On s'entoure d'arbres, d'arbustes , de branchages, de troncs, de feuillages ..A la montagnes pareil : les trous, les cavernes .. On se met à creuser , creuser ..sculpter..L’humanité a tout fait pour que l'intérieur , les intérieurs reprennent le dessus , persuadée que l'intérieur triomphera comme il a toujours triomphé depuis les débuts de l'Histoire .C'était sans compter avec les nouveaux envahisseurs et leur nombre gigantesque qui recherchent eux aussi des abris .Et chaque fois les autorités s'amènent et vident les lieux , sans même les détruire . Les petites bêtes s'en chargent laborieusement . Les lois se succèdent et se ressemblent : pas de confinement, pas de confinement , pas de confinement . Tout le monde dehors ..ou alors il faudrait un laisser-rester chez soi pour une raison impérative . Il y a des trafics de tout genre, de la triche , des jeux de cache-cache avec les responsables de l' application des règles du non isolement . S'isoler, d'accord , mais dehors car toute tanière peut être investie de ces êtres malveillants . En plus les constructions rongées en profondeur , peuvent s'effondrer à tout moment .Dehors c'est dehors . Entièrement dehors . Tout à fait dehors . Pas d'intimité, pas de cachotteries,,tout se fait devant tous .. . Celui qui triche est considéré comme un traître, parfois même , un criminel . Et les punitions pleuvent . Punitions corporelles, pécuniaires, mais pas de prison .Si quelqu'un entre dans sa demeure, il devient comme un pestiféré . Il est stigmatisé, évité , car les petites bêtes vont se coller à lui, envahir ses aisselles, ses plis, creuser ses sillons , de plus en plus profondément et il va les transmettre aux autres ,,Les autorités, à plusieurs niveaux s'occupent de l'approvisionnement . Ils prévoient des lits jetables, des couvertures jetables. Du moins au début .Les gens ne se résignent pas . Certains disent :__ Ha !! les beaux temps du corona où on pouvait rester chez nous , en famille , avec des toilettes, des douches, une vie privée !!!__ Le délice d'ouvrir les fenêtres ou de les fermer , le plaisir des balcons, des portes .__ la joie de regarder les murs, de s'y adosser , de les décorer !!__ le bien-être d'avoir un toit sur sa tête !!__Le bonheur de s'abriter du soleil !!__ de la pluie__ Ha !! les beaux jours !! On était chez nous avec nos appareils ménagers, nos ustensiles, nos divans, nos chaises, nos lits ,__Nos livres,__nos CD__nos télévisions,,__nos radios ….__ Et tout ! Et tout ..Ils n'arrêtaient pas d' implorer ,,tristes et malheureux,,Impuissants .. Désemparés.. Nus malgré leurs vêtements .__Les armoires étaient pleins,__les cuisines étaient pleines,les couloirs.. les salons..Et maintenant tout ce vide brute, insensé , absurde ,,Toute cette étendue désarmante , sans goût, sans désordre , monotone,,aberrante ,,__ Ha !! si on pouvait retrouver les temps du corona où la sécurité se logeait à l'intérieur , dans nos foyers ,,On ne peut , peut-être , pas imaginer à quel point c'est angoissant d'être enfermé dehors . On perd ses repères . Tout sens social est perverti !! le nomadismes finit par atteindre les cœurs et les âmes .Il y a des manifestations, sans conviction . Juste pour se prouver à soi-même que c'est intenable .__ Des murs . . des murs....des cris, des pancartes, des slogans . Tous réclament des murs, des toits , des séparations.. des enclos.. des hangars.. des abris....Les autres, la majorité silencieuse désapprouvent et essaient de convaincre par tous les moyens de rester dehors. Dehors, le seul salut !!On les laissent chahuter, se lamenter, désespérer, prier ..Au début les chefs d’États haranguaient derrière des tribunes en plein air :__ C'est pour votre bien à tous . C'est la meilleure façon de lutter contre ce malheur qui nous tombe dessus . Faites-nous confiance !!Patientez et on s'en sortira tous !!A ce mot les cris redoublèrent :__ Sortir, sortir !! On ne veut pas sortir. On en a marre de sortir . On veut rentrer !!__ Rentrer ! Rentrer ..Rentrer !! devient le nouveau slogan de l'humanité . Rentrer quelque part ..mais où ?Être enfermé dehors , c'est avoir tout l'espace mais pas de place . De place à soi .L'idée même de « soi » commence à se diluer. De même que l’idée de groupe, homogène, la notion de famille . Il n'y a plus que dispersion, ni limites, ni bornes , ni lieu de passage .Petit-à-petit les cités commencent à perdre leur nom, leur identité . Les régions s’interpénètrent . L'espace se confond avec lui-même . Le paysage cède la place à la profusion amalgamée de la nature . La géographie n'est plus de mise , elle ne structure plus les étendues . Le concept de frontière s'altère de même que la notion de propriété. L'errance règne en maître . Le temps social et culturel se fluidifie . Et la nature , ou ce qui en reste , règle les nouvelles saisons .Certains se rappellent , par moments, dans un souvenir vague et incertain, la raison pour laquelle l'humanité vit dehors . Mais, dehors par rapport à quoi ? On ne sait pas . On ne peut plus deviner . Les termes ne se définissent qu'en s'opposant .. Le concept de dehors, corollaire de celui de dedans perd toute signification ..Naima Benabdelali10 commentaires1 partage
Commentaires
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- 11 sem
Le marchand de sable est confiné 
Madria
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