le 28 mars à 21:01
Vos amis
Comment j'ai appris à tartousser
Une amie à moi, une amie de longue date me raconta l’anecdote suivante :
« Lorsque ma mère et ma grand-mère, les éternelles complices, désiraient parler de quelque chose de particulier en notre présence, elles prenaient un malin plaisir à brouiller leur conversation en utilisant un code secret. Ce code consistait à insérer deux mots étranges dans des phrases banales. Ces mots étaient « Trissa » et « Tartouss ». Ces mots ne signifiaient rien du tout mais leur répétition et leur sonorité rendaient leurs phrases incompréhensibles pour nous autres, non-initiés.
Par exemple lorsque ma mère voulait dire à ma grand-mère : « je suis allée au bain », elle truffait ses paroles de Trissa et ça donnait : « je Trissa suis Tartouss allée trissa au bain tartouss ». Nous n’entendions que des sons en K R S qui se succédaient rapidement. Elles parlaient vite sans accros, sans hésitation et on avait l’impression qu’elles s’exprimaient en une langue autre. On trouvait cela drôle, étrange, agaçant, curieux et même merveilleux selon les circonstances. Cela nous faisait parfois rêver à d’autres mondes plus ou moins réels, plus ou moins tortueux, à des tribus amazoniennes, à des animaux baroques émettant des bruits bizarres.
Au début, cela nous intriguait, mais à la longue, nous ne prêtions plus attention à ces cocasseries, tant que cela ne nous concernait pas.
Petit-à-petit nous apercevions que grand-mère utilisait cette excentricité de langage de plus en plus souvent et avec tout le monde, pas seulement avec sa fille. Ce fut alors que personne ne comprit plus rien. Ma mère essayait de saisir le sens de ces paroles, puisque ‘elle détenait la clé du code secret, mais avec de plus en plus de difficultés. La nouvelle jacasserie de grand-mère brouillait tous les codes et signaux, comme si elle ne conversait qu’avec elle-même. Ma mère, championne des détournements et des demi-mots, se trouvait dépassée et cela l’inquiétait. Elle ne disait rien mais le désarroi se lisait dans ses traits et dans les regards prolongés qui gratifiaient grand-mère, regards appuyés, interrogatifs et comme disant parfois : « Ne joue pas ce petit jeu avec moi ! ».
Le trouble de ma mère éclata au grand jour lorsque ma grand-mère bannit de son langage tous les termes de notre chère Darija pour ne plus utiliser que des « Trissa » et des "Tartouss »et tout chez elle se nommait ainsi. Ce qui était encore plus surprenant, c’était qu’elle gardait le même ton quelque soient les circonstances, toujours le même rythme chantonnant, ronronnant, et on ne pouvait deviner si elle était contente , en colère, contrariée ou satisfaite qu’à l’expression de son visage et à l’éclat de ses yeux ; et on ne savait jamais si elle s’amusait ou bien si elle était sérieuse, mais on s’est habitué à ces mots creux, comme on s’habitue aux miaulements d’un chat , et un nouveau style de communication s’établit dans la famille. Les mots en TRS abondaient et envahissaient nos conversations et nos bavardages, parfois sur le ton de l’amusement, si on voulait suppléer à un mot manquant, rectifier un lapsus, ou lorsqu’on était pressé ou pour n’importe quelle nécessité de langage, et on entendait souvent des Trissa par- ci des Tartouss par-là. Grand-mère Trissait à n’en plus finir, mon frère Tartoussait et moi aussi je Trissais, Tartoussais. Un Trissa j’ai Tartoussais en Tartoussant… »
Et mon amie continuait ainsi son récit. Je la regardais, bouche bée, les yeux écarquillés, les oreilles en pointe, et elle continuait sur sa lancée en Trissant, Tartoussant sur le ton de la confidence : Trissa, Tartouss ..etc
Je ne vous dis pas, Trissa, waaw, Tartoussa…J’ai mis un temps pour comprendre que c’était Trissa contagieux Tartouss. Je me sauvai Trissa, à toute Tartouss allure laissant mon amie courir derrière moi voulant à tout prix Trissa terminer Tartouss l’histoire de sa grand-mère Trissa…
J’ai sauté dans ma voiture qui au premier coup d’accélérateur s’est mise à Trisser . le klaxon lui aussi Tartoussa. Je freinai et les pneus se mirent à Trisser …j’ai dû prendre le train et le voilà qui Trissa lui aussi Trissa..Trissa..Trissa..Trissa et .....
Naima Benabdelali
9 commentaires
Commentaires
J'ai connu cela aussi chez les miens les mots ajoutés étaient différents ,,, c'est incroyable ,,,,bonsoir Naima !!
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