Il était une fois, un air de paradis
Mes amis , je vais vous raconter des choses que vous n'allez certainement pas croire, mais ce n'est pas important, puisque c'est quand même la vérité. La vérité vraie , plus vraie que le réel.
C’était il y a longtemps, très longtemps . Dans mon ancienne vie, ma vie aux mille merveilles, comme celles qui débutent par « Il était une fois » . Ici, il n'y avait pas de prince, mais beaucoup de princesses, qui n'attendaient pas de baisers pour se réveiller. Il y en avait une qui ne voulait pas se réveiller du tout . Elle vivait dans un écrin, un petit bijou, un paradis de couleurs et de lumières.
Cet écrin était à moi, je le considérais à moi . Il m'appartenait effectivement parce que c'était mon école primaire . Mon seul paradis sur terre . Je n'en ai pas connu d'autres car, ici , les pommes n'étaient pas interdites . Elles poussaient sur les murs et dans mes livres et cahiers. On n'arrêtait pas de manger de l'arbre de la connaissance, aussi naïves que des anges .
Je ne vivais que pour mon école. Chez-moi ne comptait pas. C'était juste un point de passage, une fausse transition, un palier externe où poser un pied pour changer de monture, avant d'entrer dans la vraie vie, mon école.
Vous parcourez une ruelle étroite, et au bout , il y a la clarté : une grande cour externe aux pavés délicats, cernée de quelques bâtisses. Au fond, et bien en évidence, paradait la fontaine ou plutôt la triple fontaine , avec arcades, marbres, zéllige , fontaine d'or et d'eau bénie . La gloire du quartier. Je me demande encore, comment à partir des multiples carreaux de zelliges et de marbre, j'ai pu distinguer clairement des licornes, des dragons sur une montagne, des feux , des moulins,des norias et des arbres. C'était des vrais, parce que je me vois encore dessiner de mes doigts leurs contours . Sur les poteaux trônaient des lions sans tête, par manque d'espace. Il me semble que l'un d'eux s'appelait : Khdidish. Je n'en avais pas peur, du tout. C'était mes compagnons, mes créatures.
Du côté gauche de la fontaine, il y avait quatre petites échoppes surélevées. C'était des lieux de trésors et d' énigmes, car très sombres, et très exiguës. Le trésor, c'était les bonbons avec des noms propres. Le boutiquier venait des profondeurs de sa caverne pour nous servir . Je l'appelais en moi-même, Sindibad, le détenteur du magot, à cause de sa coiffe impressionnante qu'il caressait souvent par de petites tapes de sa paume gauche. Un tic ? Ou sa manière de charmer ses petites clientes enchantées qu'il appelait : ptites!! ptites!! comme des oiseaux.
Les autres petites échoppes, étaient autre chose. J'avais décidé qu'elles ne faisaient pas partie de mon univers, du coup, elles étaient hors espace-temps. J'ai toujours eu cette capacité magique de rayer de ma vie certaines choses, certaines personnes, certains événements, sans même m'en rendre compte. Cela laissait la place à autre chose .
A droite de la fontaine, l'amorce d'un labyrinthe où par solidarité , les artères se chevauchaient, s'entrelaçaient , avec des bras qui sortaient sur les côtés en s'entre-mêlant, comme une poulpe.C'était là où je situais « la ville d'airain », décrite dans un texte de mon livre de lecture. Je m'approchais de l'entrée de la ruelle, tout doucement, je jetais un coup d'oeil furtif et haletant, et j'entendais les gens qui se jetaient volontairement des hauts des murailles, les uns après les autres . Ils poussaient des cris et puis se faisaient happer par les bouches du mystères . Je voulais juste savoir pourquoi. Dans mon livre, il n 'était même pas question de sortilège. C'était flou. Je ne comprenais pas. Je me disais que leur douleur était vraiment intense.
A côté du passage,se situait le four. Je ne savais pas que s'était un four. Un trou noir, creusé dans la terre, peuplé de Afarits et de Djinns muets, très gentils, mais très affairés à reconstruire indéfiniment un palais, peut-être celui de Sidna Souleiman, peut-être aussi, que c’était des Sisyphes punis par le grand Djinn du feu, leur sultan, que j'appelais El khaîta'oun .Ils fabriquaient des galettes avec trop de sel que personne ne pouvait manger. Ils avaient pour caractéristique de changer de personnages, selon les textes qu'on était en train d'étudier . Ils jouissaient d'une capacité extraordinaire de mutation.
Il y avait, comme dissimulés dans les coins et les recoins de la grande cour qui préparait l'accès à l'école, quatre ou cinq autres passages où je ne me suis jamais aventurée. Quelle était cette barrière psychologique qui m’empêchait d'explorer les alentours de l'école. Pourquoi l'idée ne m'a jamais traversé l'esprit. Manque de curiosité , ou bien j'avais délimité mon monde, comme un espace de sécurité que je n'ai jamais dépassé.
Mon école avait quatre ou cinq entrées, dont deux étaient immenses, couleur pourpre, comme le voulait le temps. La porte des professeurs était enveloppée d'un certain halo, d'une solennité digne et respectable. Pour moi, elle arrivait jusqu'aux cieux où l'attendaient les cimes des arbres qui ornaient l'entrée et qui étendaient leurs ombres caressantes jusque dans les interstices des sculptures sur bois et sur pierres.
l'entrée des élèves était plus austère. Pas de fioritures. C'était là qu'on avait notre Djoha à nous. C'était la femme du gardien. Son mari était un certangle, et elle un carré, peut-être parce qu'elle mettait trop d'habits sur le corps et sur la tête.
une fois passée la porte, c'était l'Eden. Des couloirs, des patios, des fontaines, des jets d'eau, des piliers, des arcades,et des cours et des cours. Tout était magnifique et ruisselant de lumières . On a inventé le beau et on l'a installé dans cette école. Tout était étincelant et harmonieux, inondé de soleil et même de plusieurs soleils qui s'amusaient parmi les vitraux et les vitres en couleur et nous poursuivaient jusque dans les escaliers et les salles de classes.Ici les cieux venaient nous toucher, et nous palpions leurs racines .
Imaginez un endroit où il n'y avait pas de temps, où plutôt, tout était temps, sans coupures, sans intermèdes. Imaginez un endroit où il n'y a pas des petites filles , mais une troupe de danse, avec les tabliers comme tutus...
Imaginez, imaginez, mais vous ne pouvez pas imaginer. Je suis la seule à pouvoir le faire, parce que je ne cesse d'inventer cette école, de la réinventer, pour la restituer telle qu’elle était...ou n'était pas !!!
les yeux des enfants retiennent le beau et s'en empreignent toute leur vie.
Les lieux ne sont jamais neutres . Ils sont comme on les regarde, et quand les souvenirs s'en emparent , il se forme une synergie,une osmose, une communication implicite et intense qui les métamorphose ensemble en les entremêlant.
Certaines civilisations croient en la métempsychose . Notre métempsychose, nous la vivons en une seule et même vie, mais dans des lieux différents . Il y a un peu de l'âme des lieux en nous , et on ne peut décrire ces lieux sans farfouiller dans les âmes successives.
Naima Benabdelali
Mes amis , je vais vous raconter des choses que vous n'allez certainement pas croire, mais ce n'est pas important, puisque c'est quand même la vérité. La vérité vraie , plus vraie que le réel.
C’était il y a longtemps, très longtemps . Dans mon ancienne vie, ma vie aux mille merveilles, comme celles qui débutent par « Il était une fois » . Ici, il n'y avait pas de prince, mais beaucoup de princesses, qui n'attendaient pas de baisers pour se réveiller. Il y en avait une qui ne voulait pas se réveiller du tout . Elle vivait dans un écrin, un petit bijou, un paradis de couleurs et de lumières.
Cet écrin était à moi, je le considérais à moi . Il m'appartenait effectivement parce que c'était mon école primaire . Mon seul paradis sur terre . Je n'en ai pas connu d'autres car, ici , les pommes n'étaient pas interdites . Elles poussaient sur les murs et dans mes livres et cahiers. On n'arrêtait pas de manger de l'arbre de la connaissance, aussi naïves que des anges .
Je ne vivais que pour mon école. Chez-moi ne comptait pas. C'était juste un point de passage, une fausse transition, un palier externe où poser un pied pour changer de monture, avant d'entrer dans la vraie vie, mon école.
Vous parcourez une ruelle étroite, et au bout , il y a la clarté : une grande cour externe aux pavés délicats, cernée de quelques bâtisses. Au fond, et bien en évidence, paradait la fontaine ou plutôt la triple fontaine , avec arcades, marbres, zéllige , fontaine d'or et d'eau bénie . La gloire du quartier. Je me demande encore, comment à partir des multiples carreaux de zelliges et de marbre, j'ai pu distinguer clairement des licornes, des dragons sur une montagne, des feux , des moulins,des norias et des arbres. C'était des vrais, parce que je me vois encore dessiner de mes doigts leurs contours . Sur les poteaux trônaient des lions sans tête, par manque d'espace. Il me semble que l'un d'eux s'appelait : Khdidish. Je n'en avais pas peur, du tout. C'était mes compagnons, mes créatures.
Du côté gauche de la fontaine, il y avait quatre petites échoppes surélevées. C'était des lieux de trésors et d' énigmes, car très sombres, et très exiguës. Le trésor, c'était les bonbons avec des noms propres. Le boutiquier venait des profondeurs de sa caverne pour nous servir . Je l'appelais en moi-même, Sindibad, le détenteur du magot, à cause de sa coiffe impressionnante qu'il caressait souvent par de petites tapes de sa paume gauche. Un tic ? Ou sa manière de charmer ses petites clientes enchantées qu'il appelait : ptites!! ptites!! comme des oiseaux.
Les autres petites échoppes, étaient autre chose. J'avais décidé qu'elles ne faisaient pas partie de mon univers, du coup, elles étaient hors espace-temps. J'ai toujours eu cette capacité magique de rayer de ma vie certaines choses, certaines personnes, certains événements, sans même m'en rendre compte. Cela laissait la place à autre chose .
A droite de la fontaine, l'amorce d'un labyrinthe où par solidarité , les artères se chevauchaient, s'entrelaçaient , avec des bras qui sortaient sur les côtés en s'entre-mêlant, comme une poulpe.C'était là où je situais « la ville d'airain », décrite dans un texte de mon livre de lecture. Je m'approchais de l'entrée de la ruelle, tout doucement, je jetais un coup d'oeil furtif et haletant, et j'entendais les gens qui se jetaient volontairement des hauts des murailles, les uns après les autres . Ils poussaient des cris et puis se faisaient happer par les bouches du mystères . Je voulais juste savoir pourquoi. Dans mon livre, il n 'était même pas question de sortilège. C'était flou. Je ne comprenais pas. Je me disais que leur douleur était vraiment intense.
A côté du passage,se situait le four. Je ne savais pas que s'était un four. Un trou noir, creusé dans la terre, peuplé de Afarits et de Djinns muets, très gentils, mais très affairés à reconstruire indéfiniment un palais, peut-être celui de Sidna Souleiman, peut-être aussi, que c’était des Sisyphes punis par le grand Djinn du feu, leur sultan, que j'appelais El khaîta'oun .Ils fabriquaient des galettes avec trop de sel que personne ne pouvait manger. Ils avaient pour caractéristique de changer de personnages, selon les textes qu'on était en train d'étudier . Ils jouissaient d'une capacité extraordinaire de mutation.
Il y avait, comme dissimulés dans les coins et les recoins de la grande cour qui préparait l'accès à l'école, quatre ou cinq autres passages où je ne me suis jamais aventurée. Quelle était cette barrière psychologique qui m’empêchait d'explorer les alentours de l'école. Pourquoi l'idée ne m'a jamais traversé l'esprit. Manque de curiosité , ou bien j'avais délimité mon monde, comme un espace de sécurité que je n'ai jamais dépassé.
Mon école avait quatre ou cinq entrées, dont deux étaient immenses, couleur pourpre, comme le voulait le temps. La porte des professeurs était enveloppée d'un certain halo, d'une solennité digne et respectable. Pour moi, elle arrivait jusqu'aux cieux où l'attendaient les cimes des arbres qui ornaient l'entrée et qui étendaient leurs ombres caressantes jusque dans les interstices des sculptures sur bois et sur pierres.
l'entrée des élèves était plus austère. Pas de fioritures. C'était là qu'on avait notre Djoha à nous. C'était la femme du gardien. Son mari était un certangle, et elle un carré, peut-être parce qu'elle mettait trop d'habits sur le corps et sur la tête.
une fois passée la porte, c'était l'Eden. Des couloirs, des patios, des fontaines, des jets d'eau, des piliers, des arcades,et des cours et des cours. Tout était magnifique et ruisselant de lumières . On a inventé le beau et on l'a installé dans cette école. Tout était étincelant et harmonieux, inondé de soleil et même de plusieurs soleils qui s'amusaient parmi les vitraux et les vitres en couleur et nous poursuivaient jusque dans les escaliers et les salles de classes.Ici les cieux venaient nous toucher, et nous palpions leurs racines .
Imaginez un endroit où il n'y avait pas de temps, où plutôt, tout était temps, sans coupures, sans intermèdes. Imaginez un endroit où il n'y a pas des petites filles , mais une troupe de danse, avec les tabliers comme tutus...
Imaginez, imaginez, mais vous ne pouvez pas imaginer. Je suis la seule à pouvoir le faire, parce que je ne cesse d'inventer cette école, de la réinventer, pour la restituer telle qu’elle était...ou n'était pas !!!
les yeux des enfants retiennent le beau et s'en empreignent toute leur vie.
Les lieux ne sont jamais neutres . Ils sont comme on les regarde, et quand les souvenirs s'en emparent , il se forme une synergie,une osmose, une communication implicite et intense qui les métamorphose ensemble en les entremêlant.
Certaines civilisations croient en la métempsychose . Notre métempsychose, nous la vivons en une seule et même vie, mais dans des lieux différents . Il y a un peu de l'âme des lieux en nous , et on ne peut décrire ces lieux sans farfouiller dans les âmes successives.
Naima Benabdelali
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