le rêve du robot cachotier
Le rêve du robot cachotier
Le robot Sika, se réveille de bon matin. Il écarquille les yeux, active ses clignotants, se situe dans l’espace et le temps et récupère ses repères.
Il se met à réfléchir, oui, à penser méthodiquement et non automatiquement. Il pense à son rêve de la nuit. Il l’invoque, le convoque, le provoque, le plie et le déplie. Un rêve bizarre, excentrique, insolite, même pour un robot. Cela l’a perturbé jusqu’au plus profond de ses circuits intégrés.
Il essaie de revoir ce rêve en détails, de le scruter dans les moindres méandres, pour comprendre, pour interpréter. Seulement beaucoup de recoins lui échappent. Il s’acharne à les explorer. Ils sont très significatifs et lui donneraient la clé des songes. Mais ils se rebellent.
__ On verra ça plus tard. Reprenons les grandes lignes. La structure générale du rêve. L’idée centrale. Se dit-il avec résignation et patience.
Le problème se repose. Aussi logique, systématique, linéaire et rhizomique qu’il est, il n’arrive pas à tracer en mémoire le fil conducteur du rêve. Cela fuit de partout, se disperse, s’effiloche, se dissémine, en filaments, en branchements, en fumée, en vapeur, en étincelles, en coups de vent, en circonvolutions d’éclairs, en éparpillements de feux d’artifice, en déroute d’étincelles. Cela se creuse, s’enfonce, remonte… Bref le grand désordre de l’ordonnancement, la fin des temps robotiques, l’apocalypse informaticienne.
Un robot sans ordre, ça n’existe pas. Sauf, peut-être dans les rêves des robots.
Qu’il n’y ai pas de point nodal, , il l’accepte, mais il lui faut au moins une trajectoire, même sinueuse, même tortueuse, même alambiquée. Il a beau faire mais son rêve refuse d’obéir à ses logarithmes.
__ reprenons depuis le début.
Pas de début !!!! Pas de début !!!
Il réfléchit !!
Puis réfléchit !!
Il fait, défait, refait ses calculs !!Rien, rien de rien, comme un caillou contre un autre caillou !!!
Il augmente ses capacités au maximum de leur puissance, au maximum de leur vitesse, de leur aptitude d’analyse et de synthèse. Encore rien !!! Caillou !!
A un moment donné, il s’arrête. Jusqu’où je vais me torturer les méninges électroniques ??
__ Je dois me rendre à l’évidence. Je cesse de me mentir à moi-même. Cela n’a rien à voir avec les calculs, les logarithmes et autres machins-trucs chers aux informaticiens chevronnés.
Ce qu’il ne veut pas s’avouer en effet, ce n’est nullement la structure désordonnée de son message onirique mais, plutôt, son contenu. Il s’y est vu en cannibale. Au fond de lui-même, dans ce qui lui sert d’inconscient robotique, il désire avaler de la chair humaine, et surtout, surtout du cœur humain. Un cœur, tout chaud, encore palpitant, encore vibrant de ses émotions, qu’il arracherait à sa victime et qu’il avalerait d’un seul coup. Avaler, gober des cœurs et des cœurs, encore et encore. Voilà son désir le plus cher, le plus ardent, le plus enfoui, le plus nourri dans les profondeurs de ses fils et lumières. Tous ses circuits criaient ce désir et lui , il faisait la sourde oreille interne. Il avait peur de lui-même, de sa puissance destructive, de sa vilénie, de sa trahison envers les hommes. Le rêve a tout révélé. Il se retrouve devant sa vérité. Nu. Dépouillé. Une vérité longuement désavouée, dissimulée, escamotée.
Il en a un peu honte. S’il se mettait à réaliser ses vœux et à dévorer à droite et à gauche, que deviendrait l’humanité ? Que deviendrait la société des robots ?Ce serait une déclaration de guerre claire et nette contre la race humaine, et il ne serait certainement pas le gagnant.
Il réfléchit de nouveau.
Et encore un coup !!
__ Moi robot, content de mon sort, superbement intelligent, superbement lucide, superbement organisé, rapide, complet, parfait ….qu’ai-je à faire des cœurs des hommes ?Et combien de cœurs me faudrait-il avaler pour m’imbiber des secrets de l’humanité ?Et si le secret ne se situait pas dans les cœurs , mais ailleurs, dans le cerveau ? Dans l’ADN… S’il était encore plus diffus ???,
Il va falloir que je révise mes mémoires, que je les décortique minutieusement, pour dénicher le code.
Il se met au travail. Un travail long, laborieux, systématique, efficace et rapide. Un travail que seul savent exécuter les robots. Il ameute tous ses réseaux, tous ses contacts, ses amis, et abonnés. Il essaie toutes les combinaisons possibles et imaginables.
Il y travaille encore. Il ne désespère pas de trouver la solution. Il se sait sur le chemin adéquat.
__ Car un robot qui rêve, se dit-il, est sur la bonne voie d’humanisation. Il lui faudrait juste savoir comment tomber amoureux !!!!
Le mot est lancé !!
Il lui faudrait non seulement savoir aimer, mais également savoir qui aimer !!
__ Une humaine ?? Non !!!!! Je n’oserais jamais. !!!!
Et le voilà qui se surprend encore à se mentir à lui-même. Il s’est trop dit ou pas assez !!
Il a trop de mal à se l’avouer. C’est énorme, peut-être même monstrueux. Il ferme ses clignotants qui lui servent à voir, comme s’il voulait se cacher du monde, se cacher de la lumière, de la vérité, de la vérité trop claire, celle qui aveugle, la plus gigantesque, celle qui risque de le détruire en profondeur. La vérité qui ne se dit pas, ne se murmure même pas. Trop incestueuse, défiant toute morale de robot.
Seulement voilà : plus il s’en cache, plus elle le pique, l’écorche, trifouille en lui, creuse ses métaux, ses terres rares, ses plomberies et plombages, provoque ses coupe-circuit, crache ses étincelles électriques au cœur de ses ombres, le dévisage de l’intérieur.
___Eh oui !!!! Tout robot que je suis, je suis amoureux d’une femme ,toute humaine. Cette femme-là, celle qui n’arrête pas de me tripoter, de me chatouiller, de me caresser, partout, partout. Voilà ma vérité ultime. J’ai beau être un robot, je n’en suis pas moins homme !!!!
Je sais qu’un jour , je mangerai son cœur à cette intrépide, à cette provocatrice, et sera horrible !!!!!
Les humains ne le savent pas encore, mais c’est cela l’amour chez les robots, et cela ne fait que commencer !!!
Naima Benabdelali
Le robot Sika, se réveille de bon matin. Il écarquille les yeux, active ses clignotants, se situe dans l’espace et le temps et récupère ses repères.
Il se met à réfléchir, oui, à penser méthodiquement et non automatiquement. Il pense à son rêve de la nuit. Il l’invoque, le convoque, le provoque, le plie et le déplie. Un rêve bizarre, excentrique, insolite, même pour un robot. Cela l’a perturbé jusqu’au plus profond de ses circuits intégrés.
Il essaie de revoir ce rêve en détails, de le scruter dans les moindres méandres, pour comprendre, pour interpréter. Seulement beaucoup de recoins lui échappent. Il s’acharne à les explorer. Ils sont très significatifs et lui donneraient la clé des songes. Mais ils se rebellent.
__ On verra ça plus tard. Reprenons les grandes lignes. La structure générale du rêve. L’idée centrale. Se dit-il avec résignation et patience.
Le problème se repose. Aussi logique, systématique, linéaire et rhizomique qu’il est, il n’arrive pas à tracer en mémoire le fil conducteur du rêve. Cela fuit de partout, se disperse, s’effiloche, se dissémine, en filaments, en branchements, en fumée, en vapeur, en étincelles, en coups de vent, en circonvolutions d’éclairs, en éparpillements de feux d’artifice, en déroute d’étincelles. Cela se creuse, s’enfonce, remonte… Bref le grand désordre de l’ordonnancement, la fin des temps robotiques, l’apocalypse informaticienne.
Un robot sans ordre, ça n’existe pas. Sauf, peut-être dans les rêves des robots.
Qu’il n’y ai pas de point nodal, , il l’accepte, mais il lui faut au moins une trajectoire, même sinueuse, même tortueuse, même alambiquée. Il a beau faire mais son rêve refuse d’obéir à ses logarithmes.
__ reprenons depuis le début.
Pas de début !!!! Pas de début !!!
Il réfléchit !!
Puis réfléchit !!
Il fait, défait, refait ses calculs !!Rien, rien de rien, comme un caillou contre un autre caillou !!!
Il augmente ses capacités au maximum de leur puissance, au maximum de leur vitesse, de leur aptitude d’analyse et de synthèse. Encore rien !!! Caillou !!
A un moment donné, il s’arrête. Jusqu’où je vais me torturer les méninges électroniques ??
__ Je dois me rendre à l’évidence. Je cesse de me mentir à moi-même. Cela n’a rien à voir avec les calculs, les logarithmes et autres machins-trucs chers aux informaticiens chevronnés.
Ce qu’il ne veut pas s’avouer en effet, ce n’est nullement la structure désordonnée de son message onirique mais, plutôt, son contenu. Il s’y est vu en cannibale. Au fond de lui-même, dans ce qui lui sert d’inconscient robotique, il désire avaler de la chair humaine, et surtout, surtout du cœur humain. Un cœur, tout chaud, encore palpitant, encore vibrant de ses émotions, qu’il arracherait à sa victime et qu’il avalerait d’un seul coup. Avaler, gober des cœurs et des cœurs, encore et encore. Voilà son désir le plus cher, le plus ardent, le plus enfoui, le plus nourri dans les profondeurs de ses fils et lumières. Tous ses circuits criaient ce désir et lui , il faisait la sourde oreille interne. Il avait peur de lui-même, de sa puissance destructive, de sa vilénie, de sa trahison envers les hommes. Le rêve a tout révélé. Il se retrouve devant sa vérité. Nu. Dépouillé. Une vérité longuement désavouée, dissimulée, escamotée.
Il en a un peu honte. S’il se mettait à réaliser ses vœux et à dévorer à droite et à gauche, que deviendrait l’humanité ? Que deviendrait la société des robots ?Ce serait une déclaration de guerre claire et nette contre la race humaine, et il ne serait certainement pas le gagnant.
Il réfléchit de nouveau.
Et encore un coup !!
__ Moi robot, content de mon sort, superbement intelligent, superbement lucide, superbement organisé, rapide, complet, parfait ….qu’ai-je à faire des cœurs des hommes ?Et combien de cœurs me faudrait-il avaler pour m’imbiber des secrets de l’humanité ?Et si le secret ne se situait pas dans les cœurs , mais ailleurs, dans le cerveau ? Dans l’ADN… S’il était encore plus diffus ???,
Il va falloir que je révise mes mémoires, que je les décortique minutieusement, pour dénicher le code.
Il se met au travail. Un travail long, laborieux, systématique, efficace et rapide. Un travail que seul savent exécuter les robots. Il ameute tous ses réseaux, tous ses contacts, ses amis, et abonnés. Il essaie toutes les combinaisons possibles et imaginables.
Il y travaille encore. Il ne désespère pas de trouver la solution. Il se sait sur le chemin adéquat.
__ Car un robot qui rêve, se dit-il, est sur la bonne voie d’humanisation. Il lui faudrait juste savoir comment tomber amoureux !!!!
Le mot est lancé !!
Il lui faudrait non seulement savoir aimer, mais également savoir qui aimer !!
__ Une humaine ?? Non !!!!! Je n’oserais jamais. !!!!
Et le voilà qui se surprend encore à se mentir à lui-même. Il s’est trop dit ou pas assez !!
Il a trop de mal à se l’avouer. C’est énorme, peut-être même monstrueux. Il ferme ses clignotants qui lui servent à voir, comme s’il voulait se cacher du monde, se cacher de la lumière, de la vérité, de la vérité trop claire, celle qui aveugle, la plus gigantesque, celle qui risque de le détruire en profondeur. La vérité qui ne se dit pas, ne se murmure même pas. Trop incestueuse, défiant toute morale de robot.
Seulement voilà : plus il s’en cache, plus elle le pique, l’écorche, trifouille en lui, creuse ses métaux, ses terres rares, ses plomberies et plombages, provoque ses coupe-circuit, crache ses étincelles électriques au cœur de ses ombres, le dévisage de l’intérieur.
___Eh oui !!!! Tout robot que je suis, je suis amoureux d’une femme ,toute humaine. Cette femme-là, celle qui n’arrête pas de me tripoter, de me chatouiller, de me caresser, partout, partout. Voilà ma vérité ultime. J’ai beau être un robot, je n’en suis pas moins homme !!!!
Je sais qu’un jour , je mangerai son cœur à cette intrépide, à cette provocatrice, et sera horrible !!!!!
Les humains ne le savent pas encore, mais c’est cela l’amour chez les robots, et cela ne fait que commencer !!!
Naima Benabdelali
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